Mercredi 17 février 2010 3 17 /02 /2010 07:00
"C'est (...) devenu une loi dans nos sociétés : plus un pouvoir se veut efficace, moins il se manifeste comme un pouvoir. Non seulement il a renoncé depuis un siècle aux contraintes physiques, mais il évite désormais toute espèce d'injonction, d'ordre impératif ou d'interdiction formelle. Les pouvoirs modernes, je vous l'ai assez répété, se déploient dans l'intangible, l'invisible et l'interstitiel."

Alain Damasio, la Zone du Dehors, Editions la Volte, 2007

Par Solal Aronowicz - Publié dans : citations - Communauté : Utopia
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Lundi 15 février 2010 1 15 /02 /2010 07:00
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Urbaine 10 (inscriptions sur un mur écaillé)
Berlin 18


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Vendredi 12 février 2010 5 12 /02 /2010 07:00
Solal regardait le grand personnage moustachu avec circonspection tandis qu'il pliait son long trench-coat burberry avec soin et le posait, après un instant d'hésitation, sur le dossier du fauteuil en cuir dans lequel il s'assit avec un plaisir évident.
Solal, qui lui même avait pris place en face de lui, décontracté, mais, il fallait bien le reconnaître, assez intrigué, lui désigna une vieille boîte à cigares en cèdre posée sur une petite table en acajou tout en posant dans un cendrier en bois de rose le churchill de Roméo et Juliette qu'il venait de terminer.
Francis Blake refusa avec politesse tout en sortant lui-même sa fameuse pipe de la poche interne de son veston en tweed et une blague à tabac marquée par un sceau à la forme étrange et inhabituelle : un cercle traversé par une ligne verticale légèrement ondulée avec deux points, l'un intérieur, l'autre extérieur au rond, qui la bordaient.

les deux hommes sacrifièrent alors à leurs rituels de préparation dans un silence recueilli que seul le son assourdi qui montait du dancefloor venait nimber d'une sorte de transe méditative qui ne faisait que souligner, voire renforcer l'atmosphère sacrée qui se dégageait de leurs gestes précis et méthodiques.
Rouler entre les doigts, sentir, couper, tasser, mettre en bouche, goûer à froid, allumer lentement sans brûler.
Rapidement, un épais nuage de fumée monta dans la pièce, cachant peu à peu la vue qui donnait sur la Spree. Les volutes denses et crémeuses du D4 de Partagas, un superbe cigare à bague rouge, se mariaient harmonieusement avec celles plus légères, légèrement bleutées, de latakia, un excellent tabac chypriote aux feuilles plus noires que de coutume.
De concert, comme si quelque chose avait été programmé ou prévu de longue date, ils s'enfoncèrent plus profondément encore dans leurs fauteuils, croisèrent les jambes et se regardèrent enfin.

- Intéressant ce tabac, une couleur assez étonnante, remarqua Solal à mi-voix.
- Oui, merci, old fellow, je le fais venir par valise diplomatique de Kyrenia, c'est plus sûr, il est d'ailleurs de plus en plus rare, fit Francis Blake en lissant délicatement sa fine moustache.
Il eut soudain un geste désolé et laissa retomber sa main mollement sur l'accoudoir de son fauteuil.
- La grandissante hégémonie américaine s'étend même jusqu'à l'univers du tabac, que voulez-vous old chap...
- C'est inévitable, comme bien des choses d'ailleurs, comme peut-être ce qui vous amène  ici, de manière assez inattendue à dire vrai... La fin du monde, dites-vous finit Solal en tirant une longue bouffée sur son D4.
- Oui, plus ou moins. Nos informations viennent de sources diverses, pas toujours fiables, hélas. Ceci dit, sans vouloir peindre le diable sur la muraille, l'image d'ensemble, tout en étant  étrangement déconcertante, demeure assez inquiétante. Bref, nous nous devions de vous contacter. Votre traitement de l'affaire Pénélope a été assez exemplaire et puis, pour être tout à fait clair,  on vous a recommandé.
- Je vois, fit Solal dans un sourire. Je ne sais pas si je mérite  de tels lauriers, pour le cas que vous mentionnez, je n'y suis pour rien, ou pour peu de choses. Elle a juste définitivement disparu de mon horizon. Elle n'est simplement plus, ce qui d'ailleurs est bien agréable.
- Non, je ne vois pas vraiment, mais j'apprécie, by Jove, j'apprécie. "Elle a juste disparu !" Très bien, problème réglé ! Si tout pouvait se résoudre de la sorte en politique internationale, mon métier serait une vraie sinécure, croyez-moi. Et puis vous avez le don de vous entourer de personnages, disons, étonnants, mais souvent assez efficaces.
- Vous me prêtez bien des talents, sourit Solal. Vous savez, moi, Tania, et puis mes cigares, les chaussures, enfin vous voyez. Bref, de quoi s'agit-il ? Qu'est ce qui peut amener le chef du MI6 jusqu'au Watergate à Berlin en janvier 2010 ?
- Ecoutez bon, à première vue, old chap, ça peut sembler difficile à croire, mais on ne risque rien à vérifier, n'est-ce pas : au pire, on voyage, on se cultive, on se change les idées, non?  Bref : Agamemnon, vous qui avez fait des études classiques, ça vous dit quelque chose, je présume ?

Cigare, pipe, volutes. La densité de la fumée s'accroît encore dans le bureau de Solal, elle prend des formes étranges, la lumière filtrant depuis l'autre rive de la Spree, rouge, bleue, dessine d'étonnantes arabesques corinthiennes sur le contour insaisissable des volutes grises.
Les deux hommes, le chef du fameux service de contre-espionnage britannique, le capitaine Francis Blake et Solal Aronowicz, dilettante et écrivain malheureusement velléitaire, candidat au démembrement mais à l'amour fou aussi, enfin, Européen convaincu, Suisse sans remords cependant, les deux hommes donc semblent se recueillir et goûter soit la saveur de leurs objets sources de fumée onctueuse, baume à leurs esprits, hélas, loins d'être aussi sereins qu'on aurait pu le croire, soit, et c'est à dire vrai sans doute bien plus probable, soit ils goûtent une autre saveur, plus surprenante et plus inattendue celle-la, la saveur de ce nom au goût de sang et d'ambition, terrible et ne présageant rien de bon : Agamemnon.

Agamemnon, l'immuable, l'obstiné, fils d'Atrée et de Merope, frère de Ménélas.
Agamemnon, roi de Mycènes et chef de l'armada grecque contre Troie au cours de la légendaire guerre pour Hélène, plus belle femme du monde d'alors.
Agamemnon, enfin, mort, piteusement assassiné dans son bain par Clytemnestre sa tendre épouse, ivre de vengeance pour la mort d'une enfant chérie...

Rester con, c'est affronter des ennemis improbables et puissants et puis allumer un autre cigare...encore et encore...

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Agora
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Mercredi 10 février 2010 3 10 /02 /2010 07:00
"(...) il ne faut pas être dupe : le corps de l'homme est déchéant. Il s'est affaibli au cours des siècles. L'espérance de vie est passée de 40 à 95 ans. N'est-ce pas la preuve que l'on vit à moindre régime, pour durer, qu'il n'y a plus de débauche d'énergie ni d'excès de force, tout simplement parce qu'on a plus cette force des excès ? "

Alain Damasio, la Zone de Dehors, Editions la Volte, 2007

Par Solal Aronowicz - Publié dans : citations - Communauté : Agora
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Lundi 8 février 2010 1 08 /02 /2010 07:00
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Urbaine 9, un escalier au Tacheles
Berlin 17


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Vendredi 5 février 2010 5 05 /02 /2010 07:00
Solal posa délicatement son cigare, un churchill de Roméo et Juliette à la bague dorée, comme toujours un délice de crème et de velours, au creux du cendrier métallique qui était juché, en équilibre précaire, sur la pile branlante de GQ qui se trouvait dans les chiottes de son bureau et, à la faveur d'une dernière poussée ferme et décidée, le front crispé par l'effort, il se mit à réfléchir calmement.
Le chili con carne de l'Ancien, c'était désormais évident, ne passait pas. Trop d'oignons, trop de tabasco, trop d'haricots rouges. Il fallait maintenant agir avec la plus grande circonspection. Choisir avec précaution le matériel adéquat.

Solal avait en effet un mystérieux rendez-vous dans quelques minutes. "Une affaire d'état de la plus haute importance" lui avait-on écrit en anglais dans un étrange télégramme dont le papier semblait dater des années cinquante. "Vous êtes le plus qualifié pour cette mission dont le sort du monde dépend".
Très clairement, il ne pouvait pas recevoir son rendez-vous la merde aux doigts.

Son regard se porta alors naturellement sur le dernier Amélie Nothomb qui traînait, oublié, sur la même pile de GQ. Voilà qui conviendrait parfaitement, Albin Michel, un éditeur au demeurant de grande qualité, utilisant un papier qui absorbait bien.
Solal tira donc une longue bouffée sur son cigare, déchira une généreuse poignée de pages de l'immondice littéraire qu'il avait abandonné aux lieux d'aisance et se torcha avec application, attentif à bien racler, sans irriter toutefois, le long des bords de l'anus, une zone à la fois délicate et cruciale.

Ayant réglé son affaire au mieux et jeté le reste du misérable opuscule à la poubelle, le cigare au coin de la bouche, il se lava les mains méticuleusement quatre ou cinq fois au savon d'Alep, ce qui, il fallait bien le reconnaître, était aux limites du toc, et enfin, se regarda dans la glace. Il n'était pas encore habitué à se voir avec deux yeux, même si l'un d'entre eux, celui qu'il avait récupéré à la faveur de l'étrange retournement de situation de l'épisode 54, était beaucoup moins mobile que son voisin.
Il tapota d'un geste tendre sa poitrine habillée d'un magnifique costume prince de galles gris clair de chez Gieves and Hawkes, sans doute un des meilleurs tailleurs de la place londonienne, lissa sa cravate noire (reflets bleutés) et secoua, par habitude, son poignet gauche pour faire tourner le mouvement de son omega speedmaster broken arrow. Il était prêt à sauver le monde, du moins dans la mesure de ses modestes moyens.

Une fois la porte des toilettes fermée, il se rapprocha aussitôt de l'immense baie vitrée de son bureau qui donnait sur la Spree.
Il souriait calmement. Depuis une petite semaine, il était le nouveau propriétaire du Watergate à Kreuzberg, un des meilleurs clubs de Berlin. Une étrange transaction avait en effet eu lieu dans l'arrière-salle d'un café de Prenzlauer berg au cours d'une partie de poker fermé qui avait duré trois jours entiers. Un marathon à l'issue duquel Solal s'était retrouvé épuisé, sans doute cuit, comme jamais il ne l'avait été auparavant, mais heureux et inattendu propriétaire de cette boîte réputée dans toute la ville et bien au delà.
Les yeux dans le vague, il rêvassait encore à cet étonnant coup du sort tout en tirant de lentes bouffées de son Roméo et Juliette. C'est alors que la porte s'ouvrit pour laisser à la fois passer une vague puissante de cette musique électro sobre et minimaliste dont les Allemands ont le secret et un nouveau personnage de haute taille à la fine moustache blonde sanglé dans un trench-coat burberry
à la coupe un peu datée.

- Monsieur Aronowicz, Solal Aronowicz ?
- Oui, c'est bien moi.
- Ah, je suis heureux de faire votre connaissance, sport, mon nom est Blake, Francis Blake.
- Eh bien le moins qu'on puisse dire, c'est que l'un chasse l'autre.
- ...Oui, comme vous dites, old chap, comme vous dites, fit Blake avec un sourire fin. Je suis l'auteur de ce télégramme qui vous a peut-être interloqué et j'aimerais m'entretenir avec vous de la fin du monde, si vous n'y voyez pas d'inconvénient.

 
Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Sagitairesfousdudeuxièmedécan
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Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /2010 07:00
"- Ils ne peuvent rien contre nous, de toute façon. Ce qu'on fait n'est pas illégal.
 - Illégal, non. Simplement anormal, ce qui est bien pire."

Alain Damasio, la Zone du Dehors, éditions la Volte, 2007

Par Solal Aronowicz - Publié dans : citations - Communauté : Agora
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Lundi 1 février 2010 1 01 /02 /2010 07:00
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Urbaine 8 (hôtel du dieu des voyages, du commerce, des voleurs et d'une certaine forme de magie)
Berlin 16


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : Reg' Arts Photos
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Vendredi 29 janvier 2010 5 29 /01 /2010 07:00
La silhouette grise et inepte de Lionel Buyer quitta le cercle net de la cible de son petit pas pressé, nerveux et fort mal chaussé, se hâtant sans doute vers un grand local vide à la vocation peu définie où une longue journée de gestes incertains et creux l'attendait.
Solal garda son canon désormais inutile pointé dans le vide pendant une longue minute, puis, d'un geste lent et calme, déchargea sereinement sa carabine et la posa doucement sur le sol, devant ses pieds, chaussés, quant à eux, de superbes derby deux oeillets à la patine violette de chez Corthay, de très, très beaux souliers, soyons clairs. Smoking lui servit un café brûlant en posant un regard à la fois curieux et étonné sur lui.


- Plus envie ? La vengeance est un plat qui se mange froid, glissa-t-il dans un sourire terne. Tu préfères attendre encore ou tu envisages une solution de proximité ? C'est toujours intéressant, la proximité, le message passe mieux, c'est plus clair, on se comprend d'homme à homme.
- Je ne suis pas ma vengeance, fit doucement Solal d'un ton apaisé, paisible, d'un ton, à vrai dire, qu'on ne lui avait encore jamais entendu. Et puis franchement, il n'en vaut pas le coup, si je puis dire. C'est à peine s'il existe, ce pauvre homme, il n'est qu'une vague silhouette à la consistance douteuse, autant se garder pour une véritable occasion, si elle se présente une fois.

Ils restaient tous deux immobiles comme des images en attente d'un marionnettiste, comme suspendus au bout d'un fil qui serait noué plus haut que le ciel au-dessus de leurs têtes. Même la clameur de la ville semblait, l'espace d'un étrange instant, très long à dire vrai, étouffée, mise à distance.

- Je ne suis pas ma vengeance, reprit Solal à voix légèrement plus haute, fermement, je ne suis pas ma vengeance, je n'ai donc pas besoin de me venger. Je ne suis pas mes émotions. Je suis simplement ici, je suis simplement maintenant dans ce matin froid et rose, en train de boire un café brûlant.
- Bien, ça a le mérite d'être clair. Je te félicite pour cette nouvelle manière de voir les choses. qui, ma foi, nous simplifie la vie. Je te prends donc la remington, si tu n'y vois pas d'inconvénient, tu n'en auras plus besoin, je m'occupe de la rendre à son propriétaire et je te laisse, ici et maintenant donc. Tout le monde n'a pas ce luxe, je me permets de te le faire remarquer, ici et maintenant, faisait-il en hochant la tête, dubitatif.

Smoking emballa rapidement, avec les gestes consommés et précis du professionnel aguerri, la carabine dans une couverture de chasse à motif burlington, se redressa, et tout en rectifiant  insctinctivement l'alignement de sa pochette, posa trois dernières questions à Solal, notre héros miséricordieux.
- Et ton fils, Alexandre ?
- ... Bonne question... Je n'attends plus rien. Je prendrai ce qui viendra. Je ne me battrai plus, car au fond, se battre, c'est prêter le flanc à la blessure et, étant donné la situation actuelle, c'est faire plus de mal que de bien. Je l'aime tout entier tel qu'il est et je suis là pour lui le soutenir, l'aider.
- Et Pénélope ?
- Réflexion faite, il semble de plus en plus clairement que ce personnage n'existe pas et ne fait pas partie de cette histoire, de mon histoire. On ne la verra plus.

- Dommage, un homme accompli comme toi a besoin d'ennemis dignes de ce nom, elle va manquer, enfin, c'est toi qui voit. Et Tania ?
- ... Elle est tout. Elle est la première, elle est la dernière, les autres n'ont jamais existé. Je suis tout simplement à ma juste place dans ses bras. Et puis, c'est une magicienne, tu le sais, elle dispose de puissants pouvoirs, elle a défait Circé elle-même il y a quelques années. Son ventre va bientôt commencer à s'arrondir doucement. Nous sommes prêts. Nous avons d'ailleurs pensé à toi comme parrain.
- Bien, toutes mes félicitations et salutations au bodddisattva en bleu et rouge, il fera  d'ailleurs sans doute un meilleur parrain que moi, il donne un exemple plus recommandable. Allez, ciao, j'ai du boulot en Iran.
- Ciao.

Smoking, tout en saisissant une échelle de corde tombée d'un hélicoptère en vol stationnaire au-dessus de l'hôtel, cria une dernière recommandation :
- Eh, Solal !
- Ouais.
- Je suis vraiment content pour toi, mais tout cela à l'air terriblement sérieux, alors, n'oublie pas d'être con de temps en temps !


Solal fit quelques pas lents le long de la terrasse de l'hôtel Forum. Il sirotait son café à la cardamone et au Kirsch tranquillement alors que l'hélicoptère s'éloignait comme une grosse libellule noire dans le jour définitivement levé. Il tendit son visage au soleil qui commençait à réchauffer l'air autour de lui le temps le dix respirations profondes.
Il se sentait bien, entièrement bien, à la fois plus complet et délesté d'un énorme fardeau, comme si une présence lourde, étrangère et néfaste avait été extirpée de son corps et de son esprit. Son énergie intérieure, pure, forte, dense connectait chacun de ses chakras de son flot doux, mais puissant.
Il posa sa tasse vide sur la rambarde métallique de la terrasse qui culminait à cent vingt-trois mètres au dessus de l'Alexander platz, laissa un peu son regard planer sur la large étendue qui commençait à grouiller de la foule des laborieux et prononça les mots suivants d'une voix qu'on ne lui avait encore jamais entendue jusque-là :

Je prends refuge dans le Dharma
Je prends refuge dans le Sangha
Je prends refuge dans le Bouddha


Pour lui, c'était comme une renaissance : une bonne partie des personnages avaient disparu et il se sentait désormais parfaitement libre, car conscient des attachements dont il souffrait, il savait à présent comment s'en défaire. Rien de tout cela ne lui manquerait désormais. Une nouvelle vie, la sienne, pouvait commencer.
Il était neuf, nouveau, re-né.
Avec Tania à ses côtés, il était enfin prêt à s'installer dans une  existence qui ne serait qu'à lui, une vie débarrassée des scories du passé, une vie tournée vers le présent.
Quant à son corps, son pauvre corps si souvent ouvert et refermé, son corps démembré et sacrifié, tordu et corrompu, eh bien, même si Solal n'était pas son corps, il le redécouvrait enfin régénéré, reconstruit (même si un saut chez l'un ou l'autre de ses nombreux médecins attitrés resterait sans doute indispensable) car débarrassé du poids écrasant et inutile du devoir, libéré de la contrainte du sur-moi, car tout bien considéré, il ne devait rien à qui que ce soit, peut-être même pas à lui-même.

Rester con, c'est savoir prendre de la hauteur

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Sagitairesfousdudeuxièmedécan
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Mercredi 27 janvier 2010 3 27 /01 /2010 07:00
"C'est parce que l'homme est seul qu'il a si terriblement besoin de symboles. D'un crâne, d'amulettes, d'objets de conjuration. La conscience vertigineuse de la fin de l'être dans la mort. A chaque instant, la ruine. Peut-être faudrait-il regarder la passion d'un crâne, et singulièrement d'un crâne hanté, comme une manifestation désespérée d'amour de soi, et du monde déjà perdu."

Jacques Chessex, le dernier crâne de M. de Sade, éditions Grasset et Fasquelle, Paris, 2009

Par Solal Aronowicz - Publié dans : citations - Communauté : Utopia
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Lundi 25 janvier 2010 1 25 /01 /2010 07:00
DSC_0365.JPG
Souvenir de la place, sans doute une nuit d'insomnie...
la Place 2


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : photo passion
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Vendredi 22 janvier 2010 5 22 /01 /2010 07:00
Photo-006.jpg

la carpe à la peau de brocart, d'un dernier bond courageux, chatoyante,
remonte la cascade, franchit enfin le col de haute montagne

de l'autre côté

un immense étang vert aux eaux profondes et calmes
dans un très ancien lac de cratère
aux roches autrefois
disloquées par
le feu


dix ans de patience, il était temps de revenir...


Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Agora
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