Mercredi 29 juillet 2009 3 29 /07 /2009 11:00

Une nouvelle lueur
Berlin 1


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : Reg' Arts Photos
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Jeudi 23 juillet 2009 4 23 /07 /2009 10:39
Je me réveille soudain, brutalement, comme si une immense quantité d'air rentrait d'un seul coup dans ma poitrine, gonflant, ouvrant, dilatant des recoins de mes poumons jusqu'alors écrasés par ma poitrine trop creuse.
Il me semble étouffer puis revivre dans la même respiration. 
J'écarte les bras largement et j'étire ma poitrine lentement.
Pour la première fois depuis longtemps, mes yeux s'ouvrent nettement sur le monde qui m'entoure, débarrassés des filaments onctueux et trop collants du sommeil et tout me semble plus clair et plus évident.

Je me redresse dans une lumière rasante qui illumine une petite clairière cerclée d'arbres de formes et de taille diverses, visiblement en partie taillés. Je fais quelques pas en m'étirant. L'herbe est un peu mouillée et de la rosée perle sur mes chaussures, une belle paire, fine et élancée, d'Hugo Boss que je porte souvent.
Elles sont d'ailleurs en petite forme, ces Hugo Boss. Il faudrait que je les brosse et que je les cire. Alors que je les détaille d'un regard critique, mon regard remonte le long de mes jambes pour m'examiner bientôt tout entier, là, dans ce beau soleil matinal, là, au milieu ou presque de cette jolie petite clairière, un cadre assez inhabituel pour moi, il faut le reconnaître. Alors que je les détaille donc, mes chaussures, je fais soudain une constatation, disons, contrastée, voire dérangeante.

D'un côté je me vois fort bien vêtu d'un costume Alexander Mc Queen noir de belle coupe, près du corps, élégant, mais d'un autre côté, il me semble que, c'est encore flou, mais ça se précise, il me semble que je sens la merde. 
Me tenant soudain, bras, jambes et fesses écartées, comme si je voulais m'éloigner de moi-même dans toutes les directions à la fois, je respire un bon coup, profondément, la narine analytique pour évaluer l'étendue des dégâts.
Les choses sont très vite claires dans mon esprit, je me suis copieusement chié dessus. Une quantité énorme de merde imprègne mes vêtements, comme si je m'étais vidé en une seule fois de tout ce qui n'était pas sorti depuis des années.
Sans hésiter, je me déshabille, ne gardant que mes chaussures, et je jette mon costume sans regret au milieu de la clairière.

Nu, en souliers de cuir noirs (Boss), les bras ornés de mon Omega et d'un bracelet en argent que je ne me connaissais pas, je sors du cercle d'herbe pour me glisser dans la forêt.
Quelques minutes de marche, d'un pas moins claudiquant que dans mon souvenir, me conduisent le long d'un grand étang visiblement aménagé, je franchis un pont, fend un groupe de canards à l'air affairé, puis je longe un sentier de terre battue qui se transforme en petite route goudronnée. Je marche sur les bords, comme si j'étais moins nu sur les côtés, plus discret sur les bords, mais je ne croise personne.
A chacun de mes pas, je goûte le plaisir d'une respiration ample, profonde, dégagée d'un poids dont je n'avais peut-être pas clairement conscience. De manière plus confuse, je sens une impression trouble, mais agréable, de libération au niveau de mes intestins et plus nettement, juste au-dessus de mon trou du cul.
Comme quoi, dormir en plein air, retrouver le contact avec la nature... Un citadin, je n'ose pas dire indécrottable, comme moi, devrait y penser plus souvent.

Au loin, un grondement sourd, intermittent, m'indique la direction de la route la plus proche. 
J'émerge du parc pour déboucher sur un boulevard très large encore peu fréquenté. Le soleil levant dore le goudron, rendant son éclat difficile à supporter. Un bras levé devant mon visage, je me risque sur la route d'un pas hésitant pour me mettre au milieu des voies, sur un long refuge étroit.
Alors que la lumière matinale réchauffe lentement ma peau, j'étire doucement ma poitrine et je tends la cicatrice, toujours aussi épaisse et blanchâtre, qui tranche mon torse sur plus de quarante centimètres, comme si je voulais y faire pénétrer l'énergie du soleil. Ce faisant, donc, plusieurs constatations, deux en tout cas, prennent forme clairement en moi.
La première d'entre elles est que, globalement, il me semble que mon corps va beaucoup mieux, plus précisément, je conjugue désormais mes yeux au pluriel, je vois de nouveau en relief, la notion de profondeur n'est plus seulement un concept pour moi, ce qui signifie un retour assez rapide sur les courts de tennis. J'en profite pour essayer de comprendre où je me trouve.
D'un côté, au loin, se dresse une immense colonne dorée, scintillante dans ce matin de renaissance, surmontée d'une femme ailée que je vois de dos, de l'autre, tout aussi loin, un grand portique avec un quadrige à son sommet, me tournant le dos également.

J'écarquille les yeux, je me tapote les joues et je tente de réfléchir un peu, tandis que les voitures encore rares ralentissent à ma hauteur. Il me semble saisir au vol une remarque ayant trait à la couleur de mon sexe, comme quoi il serait noirâtre. Une constatation d'ailleurs faite en allemand, ce qui ne laisse donc plus aucun doute sur ma localisation actuelle.
Alors que mon dernier souvenir remonte à une sorte de conversation foireuse sur mon état de santé général avec une collègue, je me retrouve à présent, disons le franchement, à poil, ou presque, au milieu de la 17 juni strasse, entre la colonne de la victoire et la porte de Brandebourg, c'est-à-dire en plein coeur de Berlin, après ce qui me semble être une nuit difficile, mais ô combien libératrice à bien des niveaux dans le Tiergarten.

Rester con, rester nu et héler un taxi? 
 
Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : trop dure la vie....
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Jeudi 12 février 2009 4 12 /02 /2009 07:00


Un feu mal éteint
Des braises sous une chape de silence
L'angoisse et l'envie du retour


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : Reg' Arts Photos
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Jeudi 22 janvier 2009 4 22 /01 /2009 06:00


zone étrange 18

Passage lumineux entre deux zones visiblement paisibles.



Par Solal Aronowicz - Publié dans : zones étranges
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Dimanche 18 janvier 2009 7 18 /01 /2009 08:00


zone étrange 17

Une lisière clairement définie.



Par Solal Aronowicz - Publié dans : zones étranges
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Vendredi 16 janvier 2009 5 16 /01 /2009 07:00
- Tu as vraiment une sale gueule, Solal...
- Merci, c'est agréable, je débarque à peine, pas le temps de faire mes premières photocopies que tu balances du salé. Tu sais, des collègues comme toi...
- Non, tu m'as mal comprise. Je veux dire que tu n'as pas l'air d'aller bien.
- Non, je ne vais pas bien, effet, c'est le moins qu'on puisse dire, je vais même très mal, voilà.
- Tu vois que je suis gentille avec toi, je me sens concernée par ce qui t'arrive, ou ce qui ne t'arrive pas.
- Oui, enfin, d'un autre côté, tu refuses systématiquement d'aller boire un verre avec moi.
- C'est parce que tu es un chacal, mon beau Solal, et puis nous ne sommes pas toutes sensibles à ta brutale virilité comme cette chère Irène. Enfin bref, je voulais te dire, par rapport à ton état de santé, disons, précaire, eh bien tu sais, tu devrais vraiment aller voir le docteur N., il paraît qu'il fait des miracles.
- Littéralement ?
- Littéralement.
- J'en suis à ce point là ?
- Non, c'est sans doute bien plus grave que ça, mais bon, je ne vois personne d'autre pour t'aider.
- ...
- ...
- ... Brutale virilité, hein ?
- Oui, mon beau chacal, brutale virilité, c'est particulièrement pathétique.



Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con
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Mercredi 14 janvier 2009 3 14 /01 /2009 07:00


explosion de lumière



Par Solal Aronowicz - Publié dans : images
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Dimanche 11 janvier 2009 7 11 /01 /2009 08:00
Je glissai un regard en biais à Carver qui s'affaissait de plus en plus sur son clavier.

- Alors, ça avance ?

- Tais-toi, t'es con ou quoi ? Quand elle est là, je peux rien faire, je peux pas réfléchir, mes doigts sont gourds d'amour et d'angoisse.

- Ooooh, "gourds d'amour et d'angoisse"... c'est joliment trouvé. En tout cas, la présence de notre charmante collègue élève ton niveau de langage.

Carver me coula un oeil lourd et moite de reproches.

- Ouais, ça compense le fait que je sois trop vieux, trop gros et trop marié.

- Sois po-si-tif : tu es un homme d'expérience à la carrure puissante qui sait faire preuve d'engagement.

- ... Tu te fous de ma gueule ?


- ... Non, je t'encourage pour que tu ailles au bout de tes résolutions. Tu te souviens : une confiance énorme etc.

- ...

- ... Bon, tu veux un café ?


- Volontiers.

- Alors file-moi ton passe, le mien est vide.

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Agora
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Mardi 6 janvier 2009 2 06 /01 /2009 07:00


horizon lumineux

Une image peut-être plus chaleureuse que les précédentes, mais qui recèle toutefois une quantité d'énergie presque menaçante, dont certains devraient en tout cas se méfier. Et puis il y a ces lignes obliques dont la nature n'est pas clairement expliquées. A considérer à une distance relative.

Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : Reg' Arts Photos
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Dimanche 4 janvier 2009 7 04 /01 /2009 08:00
A l'hôpital, une vieille femme est alitée.

Les hommes déambulent lentement dans les couloirs, leur pas est pesant, leurs bras sont croisés sur la poitrine.

Ils échangent des propos brefs d'un air concerné,

ils cherchent à parler au médecin.

Parfois, ils se rejoignent au bord du lit de la patiente, sans l'approcher vraiment.

Les plus jeunes sont encore capable de la regarder avec une certaine tendresse.

Ils semblent presque étonnés d'éprouver une forme d'émotion.

Les autres, les plus âgés, leur regard est froid et baissé sur leur souliers, des mocassins à glands pour la plupart.

Les femmes, quant à elles, sont regroupées autour de la malade,

elles tiennent des conciliabules à voix basse,

elles tapotent la main tavelée de taches brunes,

elles arrangent la disposition d'une serviette,

elles préparent un verre d'eau

pour la  vieille femme qui est morte depuis plusieurs heures à présent.



Rester con, c'est aussi ne pas s'occuper des siens parce qu'ils toussent un peu trop fort.


Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : trop dure la vie....
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Vendredi 2 janvier 2009 5 02 /01 /2009 08:00


Une lumière pleine d'espoir

Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : photo passion
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Jeudi 1 janvier 2009 4 01 /01 /2009 08:00
Je marchais d'un pas lent et concentré, déchiffrant avec peine une liste griffonnée en toute hâte au sortir d'une nuit lourde et entrecoupée des éclairs cassants de l'insomnie.
Mon cocktail habituel avait finalement produit son effet sous le coup des cinq heures du matin, mais ses granulés gris et bleus circulaient encore dans mon sang rendu épais et dense.
Je marchais d'un pas lent dans un magasin du centre-ville et mon chemin croisait celui de personnes aux visages livides, aux gestes raides et mécaniques.
Nous nous bousculions avec une hargne semblait qui monter d'une façon inexorable.
Du champagne
Du chocolat
Des anxiolytiques, n'importe lesquels, pourvu qu'il y en ait assez jusqu'au 31 décembre 2009.
Je marchais.

Le magasin se remplissait de plus en plus. Les clients, les yeux injectés de sang, tenaient des listes longues de plusieurs mètres entre leurs doigts maigres et durs.
Ils titubaient, pressés, inquiets, tournant la tête avec des mouvements rapides et vifs.

Un groupe de femmes vêtues de couleurs criardes, maquillées d'épaisses couches de fond de teint qui tombaient en croûtes abondantes, s'agglutinaient autour d'un stand plutôt bien présenté qui offrait différents types de gâteaux qu'elles examinaient de près, soupesaient de l'oeil et de la main, goûtaient d'un doigt crochu terminé par un ongle rouge et tranchant, s'arrachaient avec des sourires tendus, puis des rictus irrités, rageurs enfin.
L'une d'entre elles, plus âgée que les autres, ou moins aguerrie, glissa soudain sur le sol trempé. Aussitôt, avec un geste à la fois bref, très décidé et discret, une jolie brune dans un manteau de fourrure près du corps, une pièce magnifique, lui planta la pointe de son parapluie dans l'oeil gauche qui explosa avec un bruit mou et aqueux que, malgré la clameur sourde qui semblait émaner du magasin tout entier, j'entendis très distinctement. Un talon (au moins huit centimètres, et je m'y connais) se ficha dans sa gorge, provoquant un long jet de sang d'une belle teinte rubis, et mit fin à sa brève agonie.
Des mains échangèrent rapidement des gâteaux, une tourte au fraise et un mille-feuilles au marron, du moins à première vue, alors qu'un employé s'approchait avec un seau, une serpillière et une scie égoïne visiblement usagée.

Secoué, percuté, heurté à chaque instant par de grands corps qui semblaient à la fois malades et remplis d'un énergie moite et malsaine, je fus projeté devant un long présentoir sur lequel s'étalaient de nombreuses bouteilles dont le prix était assez élevé, représentant parfois plusieurs mois de salaire.
Tandis que j'hésitais entre différents champagnes, la voix dure et pressée d'un homme très grand vêtu d'un costume trois boutons de couleur minérale s'éleva au-dessus de la lente clameur qui rythmait le mouvement des clients dans le magasin.
Il réclamait un champagne rare qui visiblement n'était plus en stock. La vendeuse, sans doute une auxiliaire, reconnaissable à son air affairé et timide à la fois, tentait d'orienter l'homme dont la colère s'aggravait, vers une autre marque, moins connue, certes, mais tout aussi intéressante, selon elle du moins, ou selon ce qu'on lui avait dit d'expliquer.
De manière très étonnante, car il se tenait très droit, et, malgré son énervement croissant, les bras le long du corps, l'homme gifla soudain la jeune femme à toute volée. Sa tête partit sur le côté pour donner contre le bord d'un étagère en bois foncé, sans doute du chêne patiné à la main, un très beau travail. A moitié assommée, l'arcade sourcilière visiblement brisée, la vendeuse essaya de se reprendre tout en s'efforçant de poursuivre son explication qui arrivait sur les détails de la production du champagne dont elle vantait la qualité.
Son interlocuteur ne lui laissa pas le temps de finir. Il l'insulta à plusieurs reprises d'une voix très sèche remplie d'une colère difficile à rendre avec des mots, la traitant de salope et de sale petite pute de vendeuse de merde.
Comme elle était visiblement d'origine africaine, il en arriva assez vite à des qualificatifs d'ordre raciste.
D'autres clients, des hommes pour la plupart, ralentissaient, approuvaient d'un air concerné, certains, peu nombreux à dire vrai, s'éloignaient d'un pas discret, alors qu'un garçon d'une quinzaine d'années, chaussé de baskets dorées et vêtu d'un sweat marqué de puta madre, sans doute le fils de l'homme vêtu du costume gris à trois boutons, quelque chose de similaire dans le regard, ou ce rictus du coin des lèvres, je ne sais pas, tenait les jambes de la fille que son père s'apprêtait maintenant à violer.

En ce qui me concerne, ma foi en ce qui me concerne, j'hésitais entre du Moët et Chandon et une bouteille de Veuve-Cliquot, du rosé, et j'aime autant préciser que le choix n'était pas facilité par la constante bousculade dont j'étais l'objet et par les cris, qui résonnèrent très clairement et qu'on entendit dans tout le magasin, que la vendeuse commençait à pousser.

Je dois reconnaître que nos regards se sont croisés alors que l'homme en gris s'agitait sur son  jeune corps tordu, mais mon choix était fait : un magnum de Moët. Il me fallait donc continuer mes courses et aller plus loin, le magasin n'allait pas tarder à fermer et je voulais terminer à temps.


Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con
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