Vendredi 26 décembre 2008 5 26 /12 /2008 08:00
- Tu vois, j'avais l'impression qu'il ne m'aimait pas vraiment et...

- Mais de quoi tu parles, d'amour, c'est ça ?
- Oui, Solal, c'est ça, tu sais bien que...

- Non, je ne sais pas, je ne vois pas de quoi tu parles et, pour te dire les choses franchement, je ne sais pas ce que c'est, cette merde qui semble te faire défaut, l'amour. Je crois même pourvoir te dire en toute honnêteté que je n'ai jamais entendu parler de ça, l'amour.
- Tu vois, quand tu es comme ça, Solal, dédaigneux, puant, on ne peut même plus parler avec toi. Tu es sur ton île, tu te drapes dans ton rôle de seigneur blessé par la vie, ce que tu n'es pas et...
- Je me drape, moi, je me drape ?
- Oui, tu te drapes et tu fais chier et tu es trop con, voilà tout.
- Mais ma belle, mon sucre, mon ange, mais oui, je suis con. Je le revendique haut et fort, je suis con, avec une amertume dorée et magnifique, je suis con. Je ne connais pas l'amour, je n'ai ni coeur ni âme, juste un portefeuille bien rempli et du temps libre en quantités plus que suffisantes. C'est beaucoup à offrir, pour une femme je veux dire, j'aimerais que tu en sois consciente, car, et ne le prends pas mal, hein, je ne dis pas ça pour toi,  mais en général, vous ne méritez pas mieux, il faut dire les choses telles qu'elles sont. En fait, je pense que la plupart des bons petits maris n'offrent même pas ça à leurs tendres épouses.
- Pas mieux que quoi, espèce de crétin suffisant ?
- Mais pas mieux qu'une soirée à 300 ou 400 balles et une baise décente entre sept et onze, voilà tout. Tu sais, passé trente ans, il faut cesser de se bercer d'illusions, tu as raté le coche, manqué le dernier wagon, alors tu cours, tu compares avec tes copines, qui pour la plupart sont sans doute des connes frustrées, et un funeste sentiment d'échec, voire d'injustice te prend à la gorge, alors que tu es la seule coupable de ce que tu considères comme de la solitude. Tiens, regarde tes chaussures, non mais franchement... Après, ne viens pas me dire que tu fais des efforts.
- Quoi, elles ne sont pas bien ? Elles ne me vont pas ?
- Mais non, mon amour, elles ne te vont pas ! Elles ne te mettent pas en valeur ! Le talon est beaucoup trop bas, il rase tellement le sol que ça en devient mesquin ! Une chaussure de femme est une chaussure de femme à partir de six centimètres de talon, sinon c'est une espadrille pour faire le ménage. Le coup du pied doit impérativement être découvert. Une chaussure de femme, tu vois, ma belle, mon sucre, c'est un écrin pour le pied, un trône pour la cheville, les tiennes sont d'ailleurs un peu épaisses, je te montrerai des exercices, pour les affiner et surtout, l'essence de toute sa grâce et de son pouvoir de séduction. Ce sont les raisons pour lesquelles il faut les choisir avec le plus grand soin. Tu comprends mon sucre ? C'est un aspect à ne surtout pas négliger.
- Oui, je comprends, je comprends surtout que les hommes n'imaginent pas un instant qu'on doit aussi pouvoir marcher, dans ce que tu viens de décrire avec un plaisir trop manifeste, monsieur le fétichiste. Et puis je n'ai plus vingt ans.
- Mais non, tu n'as plus vingt ans, et c'est tant mieux ! Les filles de vingt ans sont ridicules, incultes, hautaines et d'un inintérêt abyssal. Tu n'as plus vingt ans et tu es belle, tu es belle, mais tu pourrais être magnifique, mon sucre. Écoute, je connais un petit magasin de chaussures pour femme en vieille-ville, un ami à moi. Faisons un saut après le travail, on prend un petit apéritif tous les deux et on va jeter un oeil ?...
-...
-...
- Solal ?
- Oui mon sucre ?
- Tu veux me baiser ?
- Là, je te trouve un peu raide, ma belle.
- Tu veux me baiser, tu tends tes filets de prédateur, tu vas me faire ton numéro, me jeter dans ton lit et me filer cinquante balles pour le taxi après, c'est ça ?
- Tu schématises, mon sucre. Moi, tout ce que je propose, c'est de descendre prendre un petit apéritif en ville après le travail, d'aller voir pour de jolies chaussures dignes de toi et ensuite, on verra. La soirée dépend de nous, de notre humeur, d'une certaine ambiance. Ne nous fixons pas d'objectifs impérieux et contraignants... Ceci dit, mon sucre, si tu t'appliques, je te promets de te garder un moment chez moi, voire de te faire un câlin et de ne pas appeler tout de suite un taxi.
- Si je m'applique ?
- Oui, il est bien ce verbe, non ? Scolaire, un tantinet méprisant, juste ce qu'il faut, motivant peut-être. Non ? Bref, oui, si tu t'appliques.
- Solal ?
- Oui mon sucre.
- Tu n'es qu'un connard méprisant.
- ... Écoute, ma belle...Tu ne prends pas les choses du bon côté, tu te braques. Si je te propose ça, c'est surtout pour toi. Moi, tu sais quelle est ma position.
- Laisse tomber... c'est d'accord, mais je te préviens, ton portefeuille va prendre une sacrée gifle.
- Il ne demande que ça mon sucre, il ne demande que ça. C'est tout ce qu'il me reste.

Rester con et entraîner des malheureuses dans sa longue chute.

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Agora
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Jeudi 25 décembre 2008 4 25 /12 /2008 08:00


Désarroi autour d'un point fixe difficile à déterminer



Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : Reg' Arts Photos
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Mercredi 24 décembre 2008 3 24 /12 /2008 10:00

rire fort

se tenir droit, les jambes un peu écartées, les pectoraux bien bombés

frapper les collègues fort dans le dos


boire son café d'un geste sec et rapide


rire fort


être franc dans ses propos, éviter toute nuance


scuter longuement le corps des femmes, le regard lourd


avoir un avis tranché en toutes circonstances


rire fort


boire un deuxième café d'un geste plus mesuré alors que les autres ont déjà rejoint leurs classes, hésiter un instant



Rester con, rester seul.


Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con
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Mardi 11 novembre 2008 2 11 /11 /2008 11:00


Zone étrange 14

Trois espaces presque clairement définis. Des frontières nettes. Une menace tenue à distance, mais pourtant présente, car cette aire noire est un noeud d'insomnie, une mare de  non-sommeil dans laquelle flottent un gommier à l'appétit vorace, un masque fang inquiétant, des pilules, des bouteilles vides, des éclats de verre brisé et bien des secrets inavouables. Il serait temps de mettre au point un nouveau cocktail somnifère, car je dors de moins en moins, j'erre de plus en plus le long d'espaces immenses, vides et gris. En fin de compte, les zones étranges deviennent des lieux dans lesquels je me retrouve.


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Samedi 8 novembre 2008 6 08 /11 /2008 09:00
Tout semble correspondre, même si cela peut sembler inhabituel, voire étrange. Je dois pourtant reconnaître que je m'en étais toujours un peu douté : ma plante d'appartement, mon gommier, l'emblème de ma circoncision, cadeau de mon grand-père, l'ancien maître d'armes à la cour du Négus, ou de cet oncle du mossad devenu réalisateur de cinéma, je ne sais plus, est carnivore.
Elle mange des gens, pas entièrement visiblement, lorsqu'elle n'a pas assez à boire. Je suis donc sans doute en partie responsable de ce carnage, je ne l'arrose pas souvent, mais bon,  à ma décharche, il faut reconnaître que tout cela est difficile à admettre et puis au fond, je crois honnêtement que je m'en fous un peu. Il y a de toute façon trop de clochards, de mendiants, de romanichels dans cette ville qui croule sous cette crasse nouvelle et après tout, je ne connaissais pas ce type, ce gars là ne va sans doute manquer à personne et puis ma plante semble si revigorée, tellement pleine d'énergie qu'elle fait franchement plaisir à voir.

C'est donc en sifflotant que j'enfile un vieux training gris, que j'empoigne serpillières, scie et seaux pour faire un peu d'ordre dans mon entrée.
En me penchant sur le corps, dispersé en quatorze morceaux, comme il se doit pour un gommier qui a sans doute lu Ezra Pound, je me rends compte qu'assez étrangement, ce cadavre disséminé aux quatre coins de mon hall carré respire toujours. Un souffle rauque émerge de cette tête aux yeux arrachés, sorte de remugle fétide et âcre, sifflant et râpeux, tandis que plus loin, une poitrine meurtrie soulève ses côtes nues et blanches dans ce qui semble un fragile simulacre de vie.
Malgré une relative surprise, je me demande assez vite comment mettre fin à ce long râle qui n'en finit pas. J'hésite un instant à aller chercher ma plante et à lui demander de finir son plat, mais je me rends compte aussitôt que je ne saurais pas comment comment communiquer avec elle. Par l'intermédiaire du masque peut-être ? Mais en quelle langue ? Assez rapidement, je me dis que ce serait plus simple si je me débrouillais moi-même. Alors : étrangler ce cou sans chef ou étouffer cette bouche à la mâchoire fracturée ? Tandis que je tergiverse, une main  terminant un bras définitivement tordu agite soudain compulsivement un petit livre à couverture blanche, En attendant Godot. Un murmure rauque se fait entendre:
- Prouhèze...
- Comment dites-vous, quelle prouesse ?
- ... Prouesse.
- Ah, Prouhèze, oui, eh bien écoutez, je ne vois franchement pas où vous voulez en venir. J'aimerais régler ça rapidement, si vous voulez bien, et dans l'état où vous êtes, franchement, ce n'est pas le moment de parler de Claudel, et puis honnêtement, je ne connais pas bien son oeuvre.
- ...
Cette conversation ne menant à rien, j'écrase cette tête qui n'en finit pas d'agoniser en trois ou quatre coups de batte bien placés tout en me promettant d'aller jeter un oeil chez Mauntz qui parle sûrement de Prouhèze d'une manière ou d'une autre.

Après avoir fini de débiter le type, je lui fais les poches et je mets la main sur  trente-cinq mille francs en grosses coupures et sur une magnifique Jaeger le Coultre, un superbe chronographe Master Compressor monté avec un bracelet de cuir brun foncé de toute beauté. Cette agréable découverte me donne un coup de fouet salutaire qui achève de me réveiller. La crise financière qui jette des banquiers désespérés au pied de mon immeuble a finalement bien des aspects positifs.
Je nettoie à grande eau mon hall avant le retour de Superman qui ne s'absente jamais très longtemps, je ne sais pas s'il apprécierait mon initiative de nettoyage radical et je descends les restes de mon bonhomme aux cuisines du restaurant à la cuisine indéfinissable qui sévit en bas de chez moi.
Hermann, un ancien comparse de collège, par ailleurs comédien et  infotronicien méticuleux, me reçoit, comme toujours, avec la plus grande discrétion en habitué aux livraisons étranges que lui amènent tous les recouvreurs de dettes de la ville, la cité des banques étant forcément aussi celle des arriérés de facture et d'impôts, et se met aussitôt à mijoter un ragoût à la saveur sans doute rance et à la texture durcie par une frayeur bien compréhensible.
Tout bien réfléchi, quelle fin tragique que celle de cet homme isolé et sans doute meurtri par la vie. Nous vivons vraiment une époque difficile.
Cigare (Ashton, corona).

Au moment où je traverse la place, deux policiers en uniforme prennent, avec l'air borné et concentré qui leur sied si bien, la déposition d'un vieux poivrot qui assure avoir vu de ses propres yeux une plante géante dévorer son ami qui avait une si belle situation dans la finance et qui lui promettait une place de portier, avec des perspectives intéressantes, chez Pictet ou Lombard-Odier.
En ce qui me concerne, comme cela m'a été recommandé par un pouvoir supérieur, je vais aller investir une partie de mon modeste pécule fraîchement gagné dans l'achat de quelques actions Novartis et laisser en route, d'une rotation du poignet dont j'ai le secret et moyennant un coup d'oeil soumis aux hommes en bleu, le portefeuille du défunt dans la poche du vieil ivrogne, histoire de lui donner un endroit où dormir ce soir et sans doute les nuits prochaines.

Rester con, c'est s'approprier de façon irréfléchie une montre destinée à marquer le temps pour un autre que soi.


Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Agora
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Vendredi 7 novembre 2008 5 07 /11 /2008 06:00


Zone étrange 13

un trop plein de lumière une lisière sans définition


Par Solal Aronowicz - Publié dans : zones étranges - Communauté : photo passion
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Jeudi 6 novembre 2008 4 06 /11 /2008 06:00
Suite à cette trop courte nuit, je me réveille comateux, la peau cartonnée, pesant, empesé et tout autant, si ce n'est plus, fatigué, voire épuisé que la veille.
Une journée, comme bien d'autres auparavant, qui commence dans le poids des heures passées les yeux ouverts, tels deux plaies aux bords rongés.
Assis sur le bord de mon lit, une fesse sur Suite à l'hôtel Crystal d'Oliver Rolin, un livre impossible à finir, prétentieux et ennuyeux, torché par un auteur sans doute remarquablement con, et l'autre sur le deuxième volume de Persepolis, un excellent roman graphique écrit par une jeune iranienne, les pieds bien à plat sur le parquet glacial, je constate assez vite que si une chose est rentrée dans l'ordre : mon gommier, visiblement en pleine forme, le tronc épais et les feuilles plus grasses que jamais, trône bien à sa place dans son pot de plus en plus étroit pour lui, une autre chose n'est pas du tout, mais alors absolument pas du tout, en ordre.
Mêlée à la désormais habituelle coulée de terre que ma plante d'appartement m'a habitué à voir derrière elle, luit une longue traînée de sang encore humide, brillante et vermillon.
C'est donc encore une de ces journées...

Je m'ébouriffe les cheveux, j'écarquille le regard, je me tapote les joues, je ferme les yeux quelques secondes, mais cette vision étrange, tout de même un peu brutale pour un matin d'insomnie, ne disparaît pas : le gommier de retour dans son pot, immense, ses branches se courbant contre le plafond, de la terre et du sang épais par terre.
Je secoue ma montre, je vérifie si j'ai reçu des messages. Rien.
La terre, le sang, cette plante qui me domine.
Résignation.

Je me lève avec prudence, écartant des feuilles qui me caressent le visage, leur contact est  chaud, poisseux, suintant. J'ouvre la fenêtre pour laisser sortir un trop plein d'air comme vicié par une respiration lourde et malaisée, je sors de ma chambre, suivant la traînée laissée par mon gommier, un coup d'oeil vers le frigo m'apprend que Superman n'est toujours pas revenu, un autre, au bout du couloir,  m'apprend que les restes d'un corps gisent éparpillés dans l'entrée...


Je ne suis pas du genre à paniquer. Etant donné que rien ne bouge, étant donné que, malgré ce spectacle inhabituel, tout semble calme, je ne vois pas de raison de me dépêcher. Sur la pointe des pieds, pour éviter de marcher dans la chair et le sang, je ne suis pas du matin, je vais fermer la porte de l'entrée qui bloque sur un pied droit déchaussé.
Une sorte de réflexe stupide qui révèle le coupable qui sommeille en moi me pousse à vérifier si personne n'est sur le palier en train d'attendre mon réveil, l'air déterminé et fermé, les pieds chaussés des incontournables ribouis au cuir cartonneux officiels qui confèrent une sorte d'autorité de mauvais aloi à celui qui les porte sans honte.
Rien, pas un chat, pas un chien devrais-je écrire, mon seuil est vierge de tout importun impétrant. Soyons donc désinvolte et n'ayons l'air de rien, je vais pouvoir régler ça en famille, c'est-à-dire entre moi et mes dieux Lares, porte fermée.

Deux tours de verrou et je vais prendre une longue douche bien chaude, puis, après avoir  nettoyé mon corps avec un lait à base de rhum, de feuilles de tabac fermentées et de poudre de grès, je m'installe à la cuisine pour mon café et mon siglo 1 habituels.
Alors que je m'assieds, je sens mon coeur, paisible et puissant qui bat sourdement dans ma poitrine dont les cicatrices sont toujours élégamment boursouflées, et dures comme de la pierre. Bien que je les touche environ toutes les dix minutes, ce qu'il faudrait d'ailleurs éviter, leur contact me semble toujours étranger et me ramène immanquablement à ce qui s'est passé ou à ce qui a suivi.

- Tu verras, tu vas avoir une belle chéloïde, bien épaisse, un peu comme une guirlande de Noël. Toi qui aimes les décorations à même la peau, tu vas être joli. Tes élèves vont bien rire quand tu les emmèneras à la piscine pour la sortie d'automne.
Dr. D., un style inimitable, la compassion à l'état brut, du baume au coeur.
- Ecoute, merci, vraiment, tu vois, j'avais justement besoin qu'on me remonte le moral.
- Je sais, sous tes dehors de dur, de tatoué, de borgne, hein, il faut le dire, t'es un écorché vif, un sensible. Allez va dormir, t'as encore une plus sale gueule qu'un mort de six jours.
C'est important d'avoir des amis médecins, ils savent systématiquement comparer votre état de santé au degré de pourrissement d'un cadavre. C'est une échelle de valeurs assez définitive. En ce qui me concerne, six jours, je trouve que c'est vraiment mauvais signe.

Puisque ma santé ne me permet toujours pas de revenir au travail, je dois maintenant avoir l'aspect d'un macchabée de deux ou trois jours, ce qui représente un net progrès, je profite de ces petits matins tranquilles pour savourer mes rituels qui m'emmènent de Cuba au Brésil ou à l'Afrique en toute quiétude. Ce sont les traditions qui nous structurent et qui nous permettent de nous réunir avec nous-mêmes, préalable indispensable pour aller vers l'autre,  et surtout pour éviter qu'il soit systématiquement un enfer, surtout si cet autre est un corps coupé en morceaux et éparpillé sans ordre apparent sur un parquet fraîchement ciré.

Tout semble calme, normal, l'atmosphère est placide, sereine, rien ne bouge, la fumée monte en corolles rondes et grises, je me réveille doucement. Le soleil sec et froid de cette matinée de novembre trace une limite claire et nette le long de la table de la cuisine, mon cigare est complexe et puissant, mon café corsé.
Je suis assis un corps démembré sur une chaise de bois patiné gît ensanglanté je fume lentement et je jette un dans mon entrée coup d'oeil distrait sur les statistiques de mon blog rictus horrifié dix-sept lecteurs orbites vides cinq commentaires dont trois de ma lectrice Véro attentive une quantité incroyable de sang je suis content de entrailles dispersées mon référencement.

Alors que mon regard glisse sur l'écran, je finis par constater que mon masque fang n'est, lui non plus, pas à sa place. Il est fixé contre le mur qui me fait face à un endroit où rien ne semble le soutenir. Il tient par lui-même, posé contre la paroi ou alors fixé par des milliers de petits crochets invisibles et acérés. Son visage blanc, barré de scarifications verticales bleues, paraît impassible mais repus.
La petite figurine qui le surmonte arbore un très léger sourire à la tonalité indéfinissable, sous un certain angle, presque menaçante. Son petit ventre de bois est plus rebondi qu'à l'
ordinaire. Tous deux, le visage et la figurine, semblent me regarder avec une fixité hiératique et inquiétante. C'est assez dérangeant, mais l'impression qu'on me voit vraiment me taraude.  Je recule un peu. Le bois dont le masque est fait suinte une sorte de poix épaisse qui forme une mare noirâtre sur le carrelage douteux de la cuisine. Je la prends entre le pouce et l'index, elle est chaude, très collante et se détache difficilement de ma peau qui prend une teinture noirâtre.
Je cendre mon cigare avec une vigueur inutile et je finis mon café qui a très vite refroidi. Je résume : ce masque n'est pas à sa place, il devrait être dans le couloir, suspendu au petit clou de cuivre ad hoc. Je rallume mon siglo 1. Ma plante est sortie se promener cette nuit après avoir été surprise en train de feuilleter un magazine, GQ, si mes souvenirs sont bons, dans cette même cuisine en compagnie du masque incriminé plus haut. Superman est une  autre histoire et n'entre donc pas en ligne de compte dans ce résumé. Et puis, j'aime autant qu'il ne soit pas de ce coup là, après tout, je ne sais pas dans quelle mesure il m'est vraiment attaché, il pourrait mal prendre toute cette affaire.
Je me sers une petite mesure de rhum (il est huit heures passées, j'ai la conscience tranquille), un matusalem gran reserva fait en République dominicaine, l'alcool qui achève de convaincre les filles de rester encore un peu, voire de renoncer au dernier train, ce qui n'est pas arrivé depuis fort longtemps, mais qui est tout aussi bien pour terminer le petit déjeuner sur une note douce et euphorisante.
Je bois quelques lampées et je réfléchis un peu, le vrai luxe des gens qui n'ont rien à faire.
Je réfléchis un peu, car je me demande ce qui se passe dans cet appartement. Je dors de moins en moins ces derniers temps et j'assiste, je participe même, à de plus en plus de péripéties étranges et brutales qui finissent dans le sang, pas toujours le mien, certes, mais relativement souvent quand même.

Je me dis donc que je devrais vraiment faire mon possible pour dormir plus et je me fais un deuxième café.

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Agora
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Mercredi 5 novembre 2008 3 05 /11 /2008 06:00


Zone étrange 12

Un certain équilibre, malgré une franche poussée de l'ombre, est visiblement possible. La plus grande prudence est toutefois de mise, la plupart des rapports restant alarmants, il suffirait en effet d'un geste déplacé, trop rapide, voire hâtif, pour créer un trouble aux conséquences les plus graves, sans doute même définitives. Konrad Mauntz en personne, dans son traité le plus controversé, la douzième zone ou traité contre les oligarques de la lisière, s'inscrit en faux contre ce qu'il appelle "la confiance vaniteuse" de Michel Ardan et d'autres cartographes-pélerins, pourtant tous des explorateurs de premier ordre, confirmés, respectés.

Par Solal Aronowicz - Publié dans : zones étranges
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Mardi 4 novembre 2008 2 04 /11 /2008 06:00


C'est l'image originelle, une photo de Solal, assez réussie, il faut le reconnaître, prise, toujours au cours de ce funeste mariage, peu avant celle de la bannière, par cette charmante jeune fille de dix-sept ans, la rencontre tendre et voluptueuse qui a marqué le début de la chute de ce héros complexe et tourmenté, mais ô combien magnifique et brutal.

Par Solal Aronowicz - Publié dans : images
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Dimanche 2 novembre 2008 7 02 /11 /2008 08:00


Solal dans un motel de la banlieue de Los Angeles
Peu après le mariage d'Alexandra
Mauvaise passe

Le check out était à onze heures le lendemain, sacrée facture, bientôt huit ans d'hôtel...

Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : bons à rien mauvais en tout
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Samedi 1 novembre 2008 6 01 /11 /2008 22:13


Solal, trente ans après...

Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : trop dure la vie....
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Mercredi 29 octobre 2008 3 29 /10 /2008 06:00


Zone étrange 11

Cette zone étrange semble assez tourmentée. C'est en effet le cas, Solal l'a en effet vue de près au moment où le garde du corps d'un type qui se sentait agressé pour d'injustes raisons, selon lui du moins, lui coinçait la tête de manière grossière avec l'aide de la portière d'une porsche cayenne devant un restaurant japonais, le zuma, 5 raphael street, Knigthsbridge, Londres, dans lequel, au demeurant, ils avaient tous fort bien mangé. Mais ceci est peut-être une autre histoire...


Par Solal Aronowicz - Publié dans : zones étranges - Communauté : Reg' Arts Photos
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  • Trente ans brutalement passés, malgré les nombreux serments passés avec soi-même et l'ombre de soi-même, pas la trace d'un texte publié, errance sur tous les plans depuis la fin de l'université, bref, un dilettante qui ne s'assume pas.

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