Mardi 25 août 2009 2 25 /08 /Août /2009 07:00


Arrière-cour
friche berlinoise 2
Berlin 5


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : Reg' Arts Photos
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Jeudi 20 août 2009 4 20 /08 /Août /2009 07:00
D'un geste sûr et précis, je bloque la hache tournoyante de la main gauche. Le bois dur claque sèchement dans ma paume. Prenant appui fermement sur la racine du cèdre, j'effectue un rétablissement et je me redresse sur le sol de l'arrière-cour tout en rayant mes Hugo Boss de façon définitive.
L'apparition, si c'en est une, s'est maintenant quasiment évanouie. Mon fils est en train de disparaître tout à fait et je ne sais pas comment le retenir à mes côtés. Il devient peu à peu transparent, je passe la main au travers de son petit corps, quinze, seize kilos au maximum, et bientôt il ne reste de lui que son regard qui ressemble tant au mien.

Le crépuscule tombe complètement, je jette la hache d'un geste négligent dans la fissure et je me frotte les paumes l'une contre l'autre de plus en plus vite jusqu'à qu'elles deviennent rouges et brûlantes et que des particules de peau se détachent.
Une poigne solide se ferme sur mon épaule et la serre paternellement.
- Tu en chies, fils ?
- Ouais, c'est le moins qu'on puisse dire, une de ces périodes difficiles...
Il met sa main aux deux phalanges manquantes sur les miennes, calmement.
- Arrête ça, fils, arrête. Te fais pas du mal pour rien. Viens boire un coup, allez.
Sa barbe blanche oscille avec sérénité.
- Boire un coup, encore, la solution à tous les problèmes, hein ?
- ... Franchement, tu en vois une autre ?
- ...
- ... Alors, tu vois. Allez, viens.

Derrière nous, là où se tenait l'image de mon fils et de sa mère, le sol est resté trouble, flou, comme s'il était en partie ailleurs ou comme si un passage était resté ouvert. Je m'accroupis au bord de cette ouverture qui émet une sorte grésillement électrique et dont une odeur froide et dure de métal se dégage. Soudain pris d'une impulsion, je pose l'étrange petite statue du vieux juif à la surface de ce trou dans lequel elle s'enfonce lentement, comme dans des sables mouvants. Au moment où elle disparaît entièrement, un coup sourd se fait entendre et une petite carte rectangulaire, toute blanche, tombe à mes pieds. Je la prends et je la glisse dans mon porte feuilles (Bally, restons suisse, restons...)

- Allez, viens fils, viens boire un coup, on discutera.
- Ouais, j'arrive.
Nous franchissons la fissure, passons sous les branches lourdes et épaisses du cèdre et nous nous dirigeons d'un pas lent, écartant les grandes herbes coupantes d'une main lasse, vers l'immense séquoia qui pousse près de l'entrée. Nous le contournons pour découvrir une longue table sur laquelle un homme très grand, massif et puissant, vêtu de bleu et de rouge, est allongé, les paumes tournées vers le ciel. Notre arrivée le surprend un peu et il se redresse vivement faisant craquer la table de façon inquiétante.

- Oui, je... eh bien je faisais un peu de relaxation, histoire de me réunir un peu, de me retrouver. Je dors tellement peu. Un truc que je viens d'apprendre auprès d'un yogi indien.
- Des vacances dans le Rajasthan ?
Il me regarde comme si j'étais le dernier de ces connards d'occidentaux bourrés de pognon et d'anxiolytiques convaincus que leurs problèmes sont les plus importants du monde.
Alors que je me dis que ce n'est pas rien, de faire tenir tout ça dans un regard, même pour un super-héros de cette envergure, il me lâche d'un ton las :
- Non, inondation et famine dans le Kerala, au Sud.
- Ah ?... Tu as pu faire quelque chose ?
- Construit cinq digues, dévié un fleuve plus large que le Danube, évacué trente-cinq villages, distribué plusieurs tonnes de vivres. 150 000 morts. J'ose croire que le pire a été évité.
- ... Ah ? Bon. Eh bien..., j'imagine que c'est sans doute déjà ça.
C'est parfois difficile de ne vraiment rien dire quand il ne faudrait sans doute surtout rien dire, vraiment.
Il est tellement désabusé qu'il relève à peine.
- Ouais, c'est sans doute déjà ça, je pense.

Il s'étire péniblement, gonflant son énorme poitrine barrée de ce fameux "S" qui a pris une teinte jaunâtre avec le temps, se prend un instant la tête entre les mains, laissant sa respiration siffler comme une locomotive qui arrive en gare, puis détache sa cape, la secoue et se met à la plier avec minutie.
Ce qui se révèle plus compliqué qu'il n'y paraît puisqu'en fait la dite cape n'est pas rectangulaire, mais légèrement triangulaire et terminée par deux espèces de lambeaux qui permettent de la fixer sous le costume. Une vraie merde, un cauchemar de femme de chambre.
Soudain passablement énervé, il me tend un pan d'un geste sec et, dans le crépuscule berlinois, tandis que le vieux personnage à la barbe blanche et aux doigts tronqués prépare un curry mouton épinards, je plie avec précautions la cape de Superman alors qu'il garde le regard fixé sur ses chaussons rouges tachés de boue indienne, l'air absent, le visage marqué, paraissant soudain presque son âge.

- Au fait, me glisse-t-il soudain d'un ton plus serein, d'un air de confidence, tu n'aurais pas des billets pour cette soirée spéciale Sex-Göttin au Berghain ? Je crois qu'un peu d'insouciance me ferait du bien, un peu de légèreté, tu vois... même à mon âge... et puis tu sais, la solitude...peut-être que Diana sera là....enfin, bon, merci pour la cape.

Soyons désinvoltes, restons légers ! Quelqu'un voit une autre solution ?

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con
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Mardi 18 août 2009 2 18 /08 /Août /2009 11:00

Un passage si évident
Berlin 4


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : photo passion
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Vendredi 14 août 2009 5 14 /08 /Août /2009 07:00
J'avais assez vite pris l'habitude de traîner le long de l'August Strasse, une jolie rue semée de petites galeries et de cafés. Souvent seul, parfois accompagné d'Herman, rarement de Carver, trop occupé qu'il était à tatouer le lion nu de Gir, un spécimen quasi unique de félin dépourvu de pilosité, je déambulais sans but précis, pour finir la plupart du temps, au bout de la rue, à moitié saoul et heureux propriétaire d'une sorte d'oeuvre d'art plus ou moins improbable, tableau cherchant à briser la frontière entre l'abstrait et le figuratif ou photo niant la notion de représentation.

Ce jour là, alors que je tenais d'un air circonspect une petite sculpture de métal poli que je venais d'acheter à un vieux juif à la mine étrange, je remarquai pour la première fois, entre un café et une librairie de livres anciens, un petit passage étroit qui semblait mener à une arrière-cour comme il y en tant dans cette rue.
Irrésistiblement attiré, je m'engouffrai aussitôt dans l'ouverture peu éclairée. Le couloir, couvert de graffitis inquiétants, était plus long, bien plus long que je m'y attendais.
Il me fallut plus d'une minute de marche pour parvenir de l'autre côté.

Je débouchai sur une arrière-cour étonnement vaste dans une lumière de fin d'après-midi très douce, reposante, orangée, presque tendre. Le sol était fait de gros pavés de pierre et de bois largement disjoints entre lesquels poussaient de hautes herbes sauvages, coupantes et de grosses fleurs rouges.
Adossé à un arbre au tronc puissant, visiblement un séquoia déjà âgé de plusieurs centaines d'années, un vieux bonhomme hochait la tête en silence, calmement, sur le rythme d'une musique intérieur. Sa longue barbe blanche qui oscillait en cadence sur son t-shirt sale et troué, dissimulant en partie un ancien logo difficile à déchiffrer, me fascina pendant un long moment.

Semblant soudain revenir à une certaine réalité, il me considéra gravement de son regard gris et dur, puis, d'un doigt raccourci de deux phalanges, me fit signe de me diriger vers le fond de la cour.
Intrigué, je me mis en route vers une paroi lointaine ornée de tags et de graffitis aux couleurs violentes, écartant les hautes herbes d'une main prudente et plus vraiment sûr des raisons qui m'avaient conduit dans cette étrange arrière-cour. La petite statue de métal du vieux juif palpitait contre ma paume. Une angoisse pronfonde montait en moi.

Ployant la nuque sous les branches basses et lourdes d'un cèdre du Liban dont les frondaisons dépassaient de haut le toit des immeubles encadrant la cour, je parvins au bord d'un espace vierge de végétation.
C'est là que dans cette lumière douce et calme de fin d'après-midi, un souvenir, une évocation,  avec cette longue paroi couverte de couleurs brutales et d'inscriptions difficilement déchiffrables pour toile de fond, prit forme peu à peu.

Une statue de sel au traits froids et coupants, très grande, représentant Pénélope, ou plutôt ce qui en restait, tenait dans sa main cette fameuse hache toujours sanguinolente, instrument de ma mort et de ma renaissance.
A ses pieds, un petit garçon de cinq ans à peu près, au regard doux et gentil, au visage ouvert et rieur, à la peau blanche, trop blanche, classait des cartes marquées de chiffres tracés d'une écriture spasmodique, la mienne.
Mon fils. Sa mère.

Je dus rester immobile un long moment devant ce spectacle inattendu qui me serrait le coeur. Je revins à la réalité au crépuscule, alors que la fraîcheur du soir commençait à picoter ma peau. De cette image surgie de mon passé genevois, ne restaient que quelques reflets moirés qui pâlissaient peu à peu, sur le point de disparaître.
Je fis alors franchement un pas en avant vers d'Alexandre pour le prendre avec moi, dans mes bras un instant, et jouer avec lui, ne serait-ce que trois minutes dans cette étrange arrière-cour.

Au moment où je m'avançais, dans un craquement sinistre, le sol se déroba soudain largement sous mes pieds et je m'enfonçai brutalement dans une faille profonde, me rattrapant in extremis à une des racines du cèdre qui reliait encore les deux bords de la crevasse.
Alors que je tentais, rayant de façon irrémédiable mes Hugo Boss, de me hisser sur le sol, Pénélope eut un geste unique.
D'un mouvement très vif du bras, elle me jeta au visage la hache qu'elle tenait depuis ce fameux anniversaire. Le glissement du métal froid et sanglant le long de l'air du crépuscule émit un cri strident...

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con
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Mardi 11 août 2009 2 11 /08 /Août /2009 11:00


Un dieu ancien, mais tellement indispensable

Berlin 3


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : Reg' Arts Photos
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Vendredi 7 août 2009 5 07 /08 /Août /2009 11:00
- Écoutez, bon, c'est assez complexe. Il est clair que vous êtes loin d'être en forme et je bon...comment dire ? Par où commencer ?... Un whisky peut-être, un rhum ? Non ? Allons, c'est à peine dix heures.

Le docteur qui me recevait pour m'aider à faire le clair sur mon arrivée à Berlin, un psychanalyste réputé pour son approche à la fois radicale et décalée, carrément iconoclaste selon certains, surtout selon Carver en fait, quitta son large fauteuil de cuir brun avec difficultés, et se dirigea lentement vers une haute armoire de bois visiblement précieux, sans doute une essence rare africaine. Il ouvrit cérémonieusement les deux battants et d'un geste bref de la main, m'invita à me laisser tenter par son contenu.
Le soleil, traversant l'immense baie vitrée, le quatrième mur du cabinet, qui s'ouvrait sur la Spree, rebondissait sur les quelques deux cents à trois cents bouteilles qui se trouvaient là, en désordre total, rhums,  liqueurs, whisky, bourbons, etc., sur les quatre étagères de ce que, dans mon for intérieur, je baptisais aussitôt le reliquaire des alcools.
Le docteur se servit généreusement un rhum martiniquais, en toussotant "un délice, du sucre, idéal pour préparer l'apéritif en douceur..." et me tendit avec autorité un verre rempli d'un liquide brun, presque bordeaux, d'aspect lourd, presque huileux, "vous verrez, c'est assez exceptionnel, encore un peu tôt, mais exceptionnel, vraiment, si vous deviez n'en goûter qu'un..."


- Bon, concernant votre cas, hein, c'est un cas, d'école, de congrès même ! Je n'hésiterai pas à être direct et, ...mais où avais-je donc la tête ? ! Un cigare peut-être ? J'ai des petits macanudo tout à fait délicieux, idéaux pour cette magnifique fin de matinée, vraiment...

Quant à moi, après deux gorgées de cet alcool étonnant, je me calai confortablement au fond de mon fauteuil et, au travers de la baie vitrée, je laissai mon regard partir le long de la Spree tout en tirant de tendres petites bouffées sur ce délicat corona que le bon docteur m'avait offert avec tant de professionnalisme.
A dire vrai, les raisons de mon arrivée à Berlin, désormais, je m'en foutais.
Genève était devenue nauséabonde depuis longtemps déjà et l'enseignement ne m'intéressait plus.
Je me trouvais bien dans cette ville immense et tranquille et j'avais l'intention d'y rester.
Une sorte de remugle de souvenir émergea soudain à la surface de ma mémoire le temps d'une respiration: je m'étais fait renvoyer, assez sèchement, après avoir refusé de mettre à mort un élève comme les nouvelles priorités du Département de l'Instruction Publique l'exigeaient à présent. Renvoyé pour faute grave, manque de réalisme, refus d'appliquer mon cahier des charges ou quelque chose de cet acabit.

Mon regard glissait au fil de l'eau. Le monde tel que je le connaissais était devenu flottant, sur des eaux qui étaient loin d'être calmes.
Il me sembla soudain, alors que le docteur, d'un geste compétent, "je pense que l'hypnose, dans votre cas, étant donné la situation qui est la vôtre...étonnant ce rhum, non ? " me servait pour la troisième ou la quatrième fois, il me sembla soudain que j'avais brûlé tout le contenu de mon appartement, peut-être même l'immeuble tout entier.
Je me revoyais, je croyais me revoir debout dans le bassin entre les deux bâtiments tandis que la place même était en flamme et que l'air du soir hurlait dans la chaleur.
Saoul, une fois de plus, passé à tabac, une fois de plus, seul, égaré, une fois de plus.

Des pensées confuses se croisaient sans forcément se saluer dans ma tête, mon fils, Alexandre, qui avait mis ses petits mains autour de son cou blanc et fait mine de serrer, un grand chien noir qui transporte mon coeur dans son estomac, Pénélope, dont la peau prend de plus en plus l'aspect de la pierre, sa hache encore maculée de mon sang à la main, figée.
Un autre geste, flou, mais toujours compétent, un autre verre, je ne les comptais plus, un autre cigare aussi, "santa damiana, très inattendu, vous verrez, un sur-moi écrasant, prendre place, se défaire des idoles que vous même avez mises sur pied..."
La Spree, la sensation de la voir entière, toute, surplomber le courant et être extirpé de moi, enfin.
Dernières pensées, Siddhartha, quel con, mais quel con, et Tania, la Sex-Göttin... Un surnom un peu léger pour celle que je sais être un nouvel avatar de Shiva.
La lumière, comme si je n'avais pas vraiment vu la lumière jusqu'à présent.
La lumière.

Rester con et fréquenter un médecin compétent.

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con
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Mardi 4 août 2009 2 04 /08 /Août /2009 12:00


friche berlinoise
Berlin 2

Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : photo passion
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Jeudi 30 juillet 2009 4 30 /07 /Juil /2009 11:00
- Vous pourriez cesser de tous parler en même temps ? ! Franchement, c'est insupportable. Déjà que vous tenez tous les deux des propos à la limite du cohérent, ou de l'incohérent, c'est à voir, hein, c'est selon, ok. Alors, je vous le dis tout net, vous êtes carrément difficiles à suivre, voilà. Merde.
Je touille mon cinquième kaffee normal d'un mouvement qui se voudrait mesuré, mais qui laisse sans doute transpirer une quantité notable d'exaspération.
- Merde ? Merde, ça, mon vieux, c'est le moins qu'on puisse dire...

Une vague de rire gras couche mes deux interlocuteurs de bâbord à tribord le long du banc qui me fait face.
C'est vraiment très énervant, mais en ce qui me concerne, je reste calme et serein, un vrai bodhisattva, du moins, j'aime à le penser.
Je remue d'un air distant mon café qui refroidit, je chasse une abeille qui s'intéresse d'un peu trop près aux reliquats de mon petit-déjeuner et je braque enfin un regard dur (et surtout bi-oculaire) sur ces deux cons qui se gondolent sans vergogne alors que je suis dans une précarité à laquelle mon train de vie ne m'avait pas habitué.

- Bon, écoutez moi bien, si vous êtes capables un, de vous taire et deux, de vous concentrer, ce dont je suis loin d'être sûr, autant vous le dire tout de suite.
- Ouais, hé ho hein, fais pas ton prof avec nous, hein. Si on avait pas été là, tu serais encore à poil dans le
 Tiergarten.
-
Oui, je remercie en effet le hasard de vous avoir mis sur ma route, c'est inespéré, voilà, merci aussi pour le petit-déjeuner et les cafés, je vais d'ailleurs en prendre un sixième avec un petit rhum, histoire d'aborder la suite des événements en toute détente. Ceci étant dit, chers amis, silence, écoute, voici la suite de mon programme...
- Ouais, on se tait, plus un mot, attention totale, respect le plus profond. Un homme qui a passé la nuit à chier dans son froc, faut l'écouter avec la déférence qu'il mérite, pas vrai Herman ?
- C'est pas faux Carver, c'est pas faux. On t'écoute Solal, on est attentifs et tout et tout.

Les deux se calent sur leur banc, repoussent leurs tasses et joignent les mains avec onctuosité tout en posant un regard concentré et passablement crétin sur moi.
Je ne peux m'empêcher de rendre un sourire à ces deux personnages jusque là un peu secondaires, il est vrai, mais qui n'ont pas hésité à sacrifier leur quotidien, l'un était enseignant, collègue pour être plus précis, l'autre comédien, pour me précéder à Berlin.
Au fond, avaient-ils vraiment le choix ? Ce n'est pas si sûr. Quoi qu'il en soit, ils ont tous les deux, après avoir rapidement fait connaissance dans le train Genève-Berlin, trouvé assez vite leur place dans la capitale allemande et travaillent désormais pour le
zoologischer garten en tant que gardiens de fauves. Herman s'occupe des tigres, Carver des lions.
- Bien, donc voilà le programme : me trouver des vêtements qui me vont, ne te fâche pas Carver, mais là, j'ai l'air d'un sac et,...
- Non, eh bien moi, ça me vexe, ça me froisse, je te prête ma veste, une des plus belles, et tu fais le difficile. Franchement, tu n'as aucun tact. Et puis je te rappelle qu'à poil, tu ne ressembles pas à grand chose, avec ta cicatrice et ton torse tout étriqué. Moi, je dis, un joli tatouage et quelques pompes ne te feraient pas de mal, mon vieux.
- Et puis écoute, rajoute Herman, moi je trouve qu'elle te va bien, la veste de Carver. Elle te donne un petit côté Batman, tu vois...
- Bref, merci les gars, merci. Je continue, je continue. Des vêtements donc, une UBS pour essayer d'expliquer mon cas et retirer de l'argent...
- Un exercice intéressant, sans aucun doute, coupe Herman.
- Je sais, on verra. De l'argent donc et, et un médecin spécialiste des pertes de mémoire pour m'aider à me souvenir comment, voire pourquoi j'ai atterri ici. Je n'ai rien contre Berlin, mais je ne vois pas le lien avec ce qui précède. Moi, j'étais dans la salle des maîtres, en train de parler à une collègue qui était limite désagréable avec moi.
- Un autre exercice intéressant, coupe Carver, mais tu ne dis pas tout, mon cher Solal, tu ne dis pas tout. Dans la voiture, tu nous as soulevé un point qu'il faut, du moins à mon avis, hein, mettre en tête de liste sur ton petit programme berlinois. Pas vrai, Herman ?
- Tout à fait mon cher Carver, tout à fait : Tania, la Sex-Göttin...
- Eh oui mon cher Herman, Tania la Sex-Göttin me semble être un piste indispensable à suivre pour, si je puis dire, mettre en lumière les tenants et aboutissants de tout ce bordel.

En effet, Tania la Sex-Göttin va jouer désormais un rôle central dans cette histoire et il faut reconnaître qu'il était plus que temps qu'un personnage féminin s'installe dans ce monde peut-être un peu trop masculin.

Faire une liste et s'y tenir pour ne plus rester con.

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : bons à rien mauvais en tout
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Mercredi 29 juillet 2009 3 29 /07 /Juil /2009 11:00

Une nouvelle lueur
Berlin 1


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : Reg' Arts Photos
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Jeudi 23 juillet 2009 4 23 /07 /Juil /2009 10:39
Je me réveille soudain, brutalement, comme si une immense quantité d'air rentrait d'un seul coup dans ma poitrine, gonflant, ouvrant, dilatant des recoins de mes poumons jusqu'alors écrasés par ma poitrine trop creuse.
Il me semble étouffer puis revivre dans la même respiration. 
J'écarte les bras largement et j'étire ma poitrine lentement.
Pour la première fois depuis longtemps, mes yeux s'ouvrent nettement sur le monde qui m'entoure, débarrassés des filaments onctueux et trop collants du sommeil et tout me semble plus clair et plus évident.

Je me redresse dans une lumière rasante qui illumine une petite clairière cerclée d'arbres de formes et de taille diverses, visiblement en partie taillés. Je fais quelques pas en m'étirant. L'herbe est un peu mouillée et de la rosée perle sur mes chaussures, une belle paire, fine et élancée, d'Hugo Boss que je porte souvent.
Elles sont d'ailleurs en petite forme, ces Hugo Boss. Il faudrait que je les brosse et que je les cire. Alors que je les détaille d'un regard critique, mon regard remonte le long de mes jambes pour m'examiner bientôt tout entier, là, dans ce beau soleil matinal, là, au milieu ou presque de cette jolie petite clairière, un cadre assez inhabituel pour moi, il faut le reconnaître. Alors que je les détaille donc, mes chaussures, je fais soudain une constatation, disons, contrastée, voire dérangeante.

D'un côté je me vois fort bien vêtu d'un costume Alexander Mc Queen noir de belle coupe, près du corps, élégant, mais d'un autre côté, il me semble que, c'est encore flou, mais ça se précise, il me semble que je sens la merde. 
Me tenant soudain, bras, jambes et fesses écartées, comme si je voulais m'éloigner de moi-même dans toutes les directions à la fois, je respire un bon coup, profondément, la narine analytique pour évaluer l'étendue des dégâts.
Les choses sont très vite claires dans mon esprit, je me suis copieusement chié dessus. Une quantité énorme de merde imprègne mes vêtements, comme si je m'étais vidé en une seule fois de tout ce qui n'était pas sorti depuis des années.
Sans hésiter, je me déshabille, ne gardant que mes chaussures, et je jette mon costume sans regret au milieu de la clairière.

Nu, en souliers de cuir noirs (Boss), les bras ornés de mon Omega et d'un bracelet en argent que je ne me connaissais pas, je sors du cercle d'herbe pour me glisser dans la forêt.
Quelques minutes de marche, d'un pas moins claudiquant que dans mon souvenir, me conduisent le long d'un grand étang visiblement aménagé, je franchis un pont, fend un groupe de canards à l'air affairé, puis je longe un sentier de terre battue qui se transforme en petite route goudronnée. Je marche sur les bords, comme si j'étais moins nu sur les côtés, plus discret sur les bords, mais je ne croise personne.
A chacun de mes pas, je goûte le plaisir d'une respiration ample, profonde, dégagée d'un poids dont je n'avais peut-être pas clairement conscience. De manière plus confuse, je sens une impression trouble, mais agréable, de libération au niveau de mes intestins et plus nettement, juste au-dessus de mon trou du cul.
Comme quoi, dormir en plein air, retrouver le contact avec la nature... Un citadin, je n'ose pas dire indécrottable, comme moi, devrait y penser plus souvent.

Au loin, un grondement sourd, intermittent, m'indique la direction de la route la plus proche. 
J'émerge du parc pour déboucher sur un boulevard très large encore peu fréquenté. Le soleil levant dore le goudron, rendant son éclat difficile à supporter. Un bras levé devant mon visage, je me risque sur la route d'un pas hésitant pour me mettre au milieu des voies, sur un long refuge étroit.
Alors que la lumière matinale réchauffe lentement ma peau, j'étire doucement ma poitrine et je tends la cicatrice, toujours aussi épaisse et blanchâtre, qui tranche mon torse sur plus de quarante centimètres, comme si je voulais y faire pénétrer l'énergie du soleil. Ce faisant, donc, plusieurs constatations, deux en tout cas, prennent forme clairement en moi.
La première d'entre elles est que, globalement, il me semble que mon corps va beaucoup mieux, plus précisément, je conjugue désormais mes yeux au pluriel, je vois de nouveau en relief, la notion de profondeur n'est plus seulement un concept pour moi, ce qui signifie un retour assez rapide sur les courts de tennis. J'en profite pour essayer de comprendre où je me trouve.
D'un côté, au loin, se dresse une immense colonne dorée, scintillante dans ce matin de renaissance, surmontée d'une femme ailée que je vois de dos, de l'autre, tout aussi loin, un grand portique avec un quadrige à son sommet, me tournant le dos également.

J'écarquille les yeux, je me tapote les joues et je tente de réfléchir un peu, tandis que les voitures encore rares ralentissent à ma hauteur. Il me semble saisir au vol une remarque ayant trait à la couleur de mon sexe, comme quoi il serait noirâtre. Une constatation d'ailleurs faite en allemand, ce qui ne laisse donc plus aucun doute sur ma localisation actuelle.
Alors que mon dernier souvenir remonte à une sorte de conversation foireuse sur mon état de santé général avec une collègue, je me retrouve à présent, disons le franchement, à poil, ou presque, au milieu de la 17 juni strasse, entre la colonne de la victoire et la porte de Brandebourg, c'est-à-dire en plein coeur de Berlin, après ce qui me semble être une nuit difficile, mais ô combien libératrice à bien des niveaux dans le Tiergarten.

Rester con, rester nu et héler un taxi? 
 
Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con
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Jeudi 12 février 2009 4 12 /02 /Fév /2009 07:00


Un feu mal éteint
Des braises sous une chape de silence
L'angoisse et l'envie du retour


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Jeudi 22 janvier 2009 4 22 /01 /Jan /2009 06:00


zone étrange 18

Passage lumineux entre deux zones visiblement paisibles.



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