Mercredi 10 février 2010 3 10 /02 /2010 07:00
"(...) il ne faut pas être dupe : le corps de l'homme est déchéant. Il s'est affaibli au cours des siècles. L'espérance de vie est passée de 40 à 95 ans. N'est-ce pas la preuve que l'on vit à moindre régime, pour durer, qu'il n'y a plus de débauche d'énergie ni d'excès de force, tout simplement parce qu'on a plus cette force des excès ? "

Alain Damasio, la Zone de Dehors, Editions la Volte, 2007

Par Solal Aronowicz - Publié dans : citations - Communauté : Agora
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Lundi 8 février 2010 1 08 /02 /2010 07:00
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Urbaine 9, un escalier au Tacheles
Berlin 17


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Vendredi 5 février 2010 5 05 /02 /2010 07:00
Solal posa délicatement son cigare, un churchill de Roméo et Juliette à la bague dorée, comme toujours un délice de crème et de velours, au creux du cendrier métallique qui était juché, en équilibre précaire, sur la pile branlante de GQ qui se trouvait dans les chiottes de son bureau et, à la faveur d'une dernière poussée ferme et décidée, le front crispé par l'effort, il se mit à réfléchir calmement.
Le chili con carne de l'Ancien, c'était désormais évident, ne passait pas. Trop d'oignons, trop de tabasco, trop d'haricots rouges. Il fallait maintenant agir avec la plus grande circonspection. Choisir avec précaution le matériel adéquat.

Solal avait en effet un mystérieux rendez-vous dans quelques minutes. "Une affaire d'état de la plus haute importance" lui avait-on écrit en anglais dans un étrange télégramme dont le papier semblait dater des années cinquante. "Vous êtes le plus qualifié pour cette mission dont le sort du monde dépend".
Très clairement, il ne pouvait pas recevoir son rendez-vous la merde aux doigts.

Son regard se porta alors naturellement sur le dernier Amélie Nothomb qui traînait, oublié, sur la même pile de GQ. Voilà qui conviendrait parfaitement, Albin Michel, un éditeur au demeurant de grande qualité, utilisant un papier qui absorbait bien.
Solal tira donc une longue bouffée sur son cigare, déchira une généreuse poignée de pages de l'immondice littéraire qu'il avait abandonné aux lieux d'aisance et se torcha avec application, attentif à bien racler, sans irriter toutefois, le long des bords de l'anus, une zone à la fois délicate et cruciale.

Ayant réglé son affaire au mieux et jeté le reste du misérable opuscule à la poubelle, le cigare au coin de la bouche, il se lava les mains méticuleusement quatre ou cinq fois au savon d'Alep, ce qui, il fallait bien le reconnaître, était aux limites du toc, et enfin, se regarda dans la glace. Il n'était pas encore habitué à se voir avec deux yeux, même si l'un d'entre eux, celui qu'il avait récupéré à la faveur de l'étrange retournement de situation de l'épisode 54, était beaucoup moins mobile que son voisin.
Il tapota d'un geste tendre sa poitrine habillée d'un magnifique costume prince de galles gris clair de chez Gieves and Hawkes, sans doute un des meilleurs tailleurs de la place londonienne, lissa sa cravate noire (reflets bleutés) et secoua, par habitude, son poignet gauche pour faire tourner le mouvement de son omega speedmaster broken arrow. Il était prêt à sauver le monde, du moins dans la mesure de ses modestes moyens.

Une fois la porte des toilettes fermée, il se rapprocha aussitôt de l'immense baie vitrée de son bureau qui donnait sur la Spree.
Il souriait calmement. Depuis une petite semaine, il était le nouveau propriétaire du Watergate à Kreuzberg, un des meilleurs clubs de Berlin. Une étrange transaction avait en effet eu lieu dans l'arrière-salle d'un café de Prenzlauer berg au cours d'une partie de poker fermé qui avait duré trois jours entiers. Un marathon à l'issue duquel Solal s'était retrouvé épuisé, sans doute cuit, comme jamais il ne l'avait été auparavant, mais heureux et inattendu propriétaire de cette boîte réputée dans toute la ville et bien au delà.
Les yeux dans le vague, il rêvassait encore à cet étonnant coup du sort tout en tirant de lentes bouffées de son Roméo et Juliette. C'est alors que la porte s'ouvrit pour laisser à la fois passer une vague puissante de cette musique électro sobre et minimaliste dont les Allemands ont le secret et un nouveau personnage de haute taille à la fine moustache blonde sanglé dans un trench-coat burberry
à la coupe un peu datée.

- Monsieur Aronowicz, Solal Aronowicz ?
- Oui, c'est bien moi.
- Ah, je suis heureux de faire votre connaissance, sport, mon nom est Blake, Francis Blake.
- Eh bien le moins qu'on puisse dire, c'est que l'un chasse l'autre.
- ...Oui, comme vous dites, old chap, comme vous dites, fit Blake avec un sourire fin. Je suis l'auteur de ce télégramme qui vous a peut-être interloqué et j'aimerais m'entretenir avec vous de la fin du monde, si vous n'y voyez pas d'inconvénient.

 
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Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /2010 07:00
"- Ils ne peuvent rien contre nous, de toute façon. Ce qu'on fait n'est pas illégal.
 - Illégal, non. Simplement anormal, ce qui est bien pire."

Alain Damasio, la Zone du Dehors, éditions la Volte, 2007

Par Solal Aronowicz - Publié dans : citations - Communauté : Agora
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Lundi 1 février 2010 1 01 /02 /2010 07:00
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Urbaine 8 (hôtel du dieu des voyages, du commerce, des voleurs et d'une certaine forme de magie)
Berlin 16


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Vendredi 29 janvier 2010 5 29 /01 /2010 07:00
La silhouette grise et inepte de Lionel Buyer quitta le cercle net de la cible de son petit pas pressé, nerveux et fort mal chaussé, se hâtant sans doute vers un grand local vide à la vocation peu définie où une longue journée de gestes incertains et creux l'attendait.
Solal garda son canon désormais inutile pointé dans le vide pendant une longue minute, puis, d'un geste lent et calme, déchargea sereinement sa carabine et la posa doucement sur le sol, devant ses pieds, chaussés, quant à eux, de superbes derby deux oeillets à la patine violette de chez Corthay, de très, très beaux souliers, soyons clairs. Smoking lui servit un café brûlant en posant un regard à la fois curieux et étonné sur lui.


- Plus envie ? La vengeance est un plat qui se mange froid, glissa-t-il dans un sourire terne. Tu préfères attendre encore ou tu envisages une solution de proximité ? C'est toujours intéressant, la proximité, le message passe mieux, c'est plus clair, on se comprend d'homme à homme.
- Je ne suis pas ma vengeance, fit doucement Solal d'un ton apaisé, paisible, d'un ton, à vrai dire, qu'on ne lui avait encore jamais entendu. Et puis franchement, il n'en vaut pas le coup, si je puis dire. C'est à peine s'il existe, ce pauvre homme, il n'est qu'une vague silhouette à la consistance douteuse, autant se garder pour une véritable occasion, si elle se présente une fois.

Ils restaient tous deux immobiles comme des images en attente d'un marionnettiste, comme suspendus au bout d'un fil qui serait noué plus haut que le ciel au-dessus de leurs têtes. Même la clameur de la ville semblait, l'espace d'un étrange instant, très long à dire vrai, étouffée, mise à distance.

- Je ne suis pas ma vengeance, reprit Solal à voix légèrement plus haute, fermement, je ne suis pas ma vengeance, je n'ai donc pas besoin de me venger. Je ne suis pas mes émotions. Je suis simplement ici, je suis simplement maintenant dans ce matin froid et rose, en train de boire un café brûlant.
- Bien, ça a le mérite d'être clair. Je te félicite pour cette nouvelle manière de voir les choses. qui, ma foi, nous simplifie la vie. Je te prends donc la remington, si tu n'y vois pas d'inconvénient, tu n'en auras plus besoin, je m'occupe de la rendre à son propriétaire et je te laisse, ici et maintenant donc. Tout le monde n'a pas ce luxe, je me permets de te le faire remarquer, ici et maintenant, faisait-il en hochant la tête, dubitatif.

Smoking emballa rapidement, avec les gestes consommés et précis du professionnel aguerri, la carabine dans une couverture de chasse à motif burlington, se redressa, et tout en rectifiant  insctinctivement l'alignement de sa pochette, posa trois dernières questions à Solal, notre héros miséricordieux.
- Et ton fils, Alexandre ?
- ... Bonne question... Je n'attends plus rien. Je prendrai ce qui viendra. Je ne me battrai plus, car au fond, se battre, c'est prêter le flanc à la blessure et, étant donné la situation actuelle, c'est faire plus de mal que de bien. Je l'aime tout entier tel qu'il est et je suis là pour lui le soutenir, l'aider.
- Et Pénélope ?
- Réflexion faite, il semble de plus en plus clairement que ce personnage n'existe pas et ne fait pas partie de cette histoire, de mon histoire. On ne la verra plus.

- Dommage, un homme accompli comme toi a besoin d'ennemis dignes de ce nom, elle va manquer, enfin, c'est toi qui voit. Et Tania ?
- ... Elle est tout. Elle est la première, elle est la dernière, les autres n'ont jamais existé. Je suis tout simplement à ma juste place dans ses bras. Et puis, c'est une magicienne, tu le sais, elle dispose de puissants pouvoirs, elle a défait Circé elle-même il y a quelques années. Son ventre va bientôt commencer à s'arrondir doucement. Nous sommes prêts. Nous avons d'ailleurs pensé à toi comme parrain.
- Bien, toutes mes félicitations et salutations au bodddisattva en bleu et rouge, il fera  d'ailleurs sans doute un meilleur parrain que moi, il donne un exemple plus recommandable. Allez, ciao, j'ai du boulot en Iran.
- Ciao.

Smoking, tout en saisissant une échelle de corde tombée d'un hélicoptère en vol stationnaire au-dessus de l'hôtel, cria une dernière recommandation :
- Eh, Solal !
- Ouais.
- Je suis vraiment content pour toi, mais tout cela à l'air terriblement sérieux, alors, n'oublie pas d'être con de temps en temps !


Solal fit quelques pas lents le long de la terrasse de l'hôtel Forum. Il sirotait son café à la cardamone et au Kirsch tranquillement alors que l'hélicoptère s'éloignait comme une grosse libellule noire dans le jour définitivement levé. Il tendit son visage au soleil qui commençait à réchauffer l'air autour de lui le temps le dix respirations profondes.
Il se sentait bien, entièrement bien, à la fois plus complet et délesté d'un énorme fardeau, comme si une présence lourde, étrangère et néfaste avait été extirpée de son corps et de son esprit. Son énergie intérieure, pure, forte, dense connectait chacun de ses chakras de son flot doux, mais puissant.
Il posa sa tasse vide sur la rambarde métallique de la terrasse qui culminait à cent vingt-trois mètres au dessus de l'Alexander platz, laissa un peu son regard planer sur la large étendue qui commençait à grouiller de la foule des laborieux et prononça les mots suivants d'une voix qu'on ne lui avait encore jamais entendue jusque-là :

Je prends refuge dans le Dharma
Je prends refuge dans le Sangha
Je prends refuge dans le Bouddha


Pour lui, c'était comme une renaissance : une bonne partie des personnages avaient disparu et il se sentait désormais parfaitement libre, car conscient des attachements dont il souffrait, il savait à présent comment s'en défaire. Rien de tout cela ne lui manquerait désormais. Une nouvelle vie, la sienne, pouvait commencer.
Il était neuf, nouveau, re-né.
Avec Tania à ses côtés, il était enfin prêt à s'installer dans une  existence qui ne serait qu'à lui, une vie débarrassée des scories du passé, une vie tournée vers le présent.
Quant à son corps, son pauvre corps si souvent ouvert et refermé, son corps démembré et sacrifié, tordu et corrompu, eh bien, même si Solal n'était pas son corps, il le redécouvrait enfin régénéré, reconstruit (même si un saut chez l'un ou l'autre de ses nombreux médecins attitrés resterait sans doute indispensable) car débarrassé du poids écrasant et inutile du devoir, libéré de la contrainte du sur-moi, car tout bien considéré, il ne devait rien à qui que ce soit, peut-être même pas à lui-même.

Rester con, c'est savoir prendre de la hauteur

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Sagitairesfousdudeuxièmedécan
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Mercredi 27 janvier 2010 3 27 /01 /2010 07:00
"C'est parce que l'homme est seul qu'il a si terriblement besoin de symboles. D'un crâne, d'amulettes, d'objets de conjuration. La conscience vertigineuse de la fin de l'être dans la mort. A chaque instant, la ruine. Peut-être faudrait-il regarder la passion d'un crâne, et singulièrement d'un crâne hanté, comme une manifestation désespérée d'amour de soi, et du monde déjà perdu."

Jacques Chessex, le dernier crâne de M. de Sade, éditions Grasset et Fasquelle, Paris, 2009

Par Solal Aronowicz - Publié dans : citations - Communauté : Utopia
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Lundi 25 janvier 2010 1 25 /01 /2010 07:00
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Souvenir de la place, sans doute une nuit d'insomnie...
la Place 2


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : photo passion
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Vendredi 22 janvier 2010 5 22 /01 /2010 07:00
Photo-006.jpg

la carpe à la peau de brocart, d'un dernier bond courageux, chatoyante,
remonte la cascade, franchit enfin le col de haute montagne

de l'autre côté

un immense étang vert aux eaux profondes et calmes
dans un très ancien lac de cratère
aux roches autrefois
disloquées par
le feu


dix ans de patience, il était temps de revenir...


Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Agora
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Mercredi 20 janvier 2010 3 20 /01 /2010 07:00
" Se libérer, ne croyez surtout pas que c'est être soi-même. C'est s'inventer comme autre que soi. Autres matières : flux, fluides, flammes... Autres formes : métamorphoses. Déchirez la gangue qui scande vous êtes ceci, vous êtes cela, vous êtes... Ne soyez rien : devenez sans cesse. L'intériorité est un piège. L'individu ? Une camisole. Soyez toujours pour vous-même votre dehors, le dehors de toute chose."

Alain Damasio, La zone du dehors, éditions La Volte, 2007

Par Solal Aronowicz - Publié dans : citations - Communauté : Agora
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Lundi 18 janvier 2010 1 18 /01 /2010 07:00
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Un peu de lumière en mouvement pour ce retour au blog / bercail, enfin...

Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : Reg' Arts Photos
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Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /2009 07:00

anniversaire
les 35 ans de Solal


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