Mardi 7 octobre 2008 2 07 /10 /2008 06:00


Gardiens pris entre de dangeureux courants, le pays secret
acrylique sur toile (n. 7) , 40 x 80
septembre 2007


Par Solal Aronowicz - Publié dans : toiles - Communauté : Utopia
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Dimanche 5 octobre 2008 7 05 /10 /2008 15:01
L'appartement est désormais rangé, ne restent que quelques ballons, reliquats colorés de l'anniversaire de mon fils, et une tache rougeâtre contre un mur autrefois blanc, reliquat de la petite fête organisée pour le premier mois de mon blog.
Tout est calme, tout est propre, rien d'autre ne traîne, mais je ne vais pas vraiment mieux pour autant.

Je passe souvent une main prudente sur ma poitrine qu'un ami chirurgien descendu en catastrophe de Londres a raccommodée au mieux. Vu l'étendue des dégâts, le peu de précautions prises au moment de l'opération et son état lorsqu'il me recousait dans la cuisine, la benson au coin de la bouche, un oeil sur le dernier épisode de californication.
- Putain, impossible à télécharger cette merde, heureusement que t'es encore assez con pour acheter des coffrets.
Vu, enfin, qu'il met un point d'honneur à effectuer tous ses trajets en vespa et, à grands renforts de claques, à opérer sans anesthésie.
- Putain, bois un verre d'eau et arrête de gueuler, j'entends plus rien !
Vu, donc, tout ce que je viens de préciser, je suis rafistolé certes, mais pas vraiment présentable.
Toutefois, je suis vivant, c'est sans doute ce qui compte le plus.

Je passe donc souvent une main prudente sur ma poitrine traversée par cette incroyable cicatrice, trace sans doute ineffaçable du coeur qu'on m'a arraché, puis remis.

Trace d'une faute,
Trace d'un amour non partagé
Trace de chair boursouflée.


Je ne suis pas encore retourné au travail, et même si mon ami londonien me refuse par principe tout certificat médical, la complaisance n'étant pas son fort, ni d'ailleurs d'un quelconque intérêt pour lui, il m'a tout de même, en échange de quelques kilos de films, orienté vers un des ses collègues, le fameux docteur N., qui lui saurait peut-être aborder mon cas avec le regard et l'écoute nécessaires et m'accorder, le cas échéant, les papiers dont j'ai besoin pour me remettre et me reposer un peu.
- Tu verras, il est bien, bon c'est un psy. Cliniquement, la psy est morte depuis la fin des années 90, tu le sais, mais je pense qu'il saura s'y prendre avec toi. Ne lui dis pas que c'est moi qui t'envoie, il est resté sur une défaite assez nette au tennis, je crois qu'il l'a mal digérée. Bon, il joue pas trop mal, mais il est en-dessous, tout simplement.

- Aronowicz, ouais, qui vous envoie chez moi ? Comment ça, vous pouvez pas me le dire ? !  Vous êtes complètement con ou quoi, vous savez à qui vous parlez ? Je suis le plus jeune prof ordinaire de toute l'Europe, sans doute du monde. Alors un gars qui m'appelle chez moi à une heure pas possible pendant que je suis en train de me faire sucer sans dire quel sac à merde lui a filé ce numéro privé, un gars comme ça peut aller se faire foutre. C'est pas parce que vous avez un nom de juif que je vais vous prendre. Le docteur D. vous dites ? Je vois parfaitement qui c'est, je l'ai écrasé au tennis il y deux ou trois mois à Londres, j'étais en congrès. Il joue pas mal, mais trop de fautes, aucune condition physique, une partie intéressante au demeurant. Écoutez, je m'occupe de votre certificat et je vous attends à ma clinique en fin de semaine, disons vendredi prochain, à 11 heures. Prenez vos affaires de tennis et quelques cigares au cas où.

Je passe donc souvent la main sur ma poitrine le long de cette étrange cicatrice et, alors que ce dimanche commence déjà à finir, j'allume un superbe Arturo Fuente, un double corona gran reserva. Je ne vais pas très bien, mais ce n'est pas une raison pour se laisser aller.
C'est plutôt une vitole pour le soir, à fumer après un bon repas, plutôt copieux pour avoir l'estomac bien calé. Ceci dit, ces modules impressionnants sont moins puissants qu'on l'imagine et puis celui-là a la particularité d'avoir bénéficié d'un vieillissement attentif, voire amoureux de 10 ans, grâce aux soins élaborés et méticuleux d'amis plus spécialistes que moi. Il sera idéal pour une dégusation tranquille de fin de journée.
Le tirage est parfait, lent mais facile, ample et généreux. Je crois que c'est ce qui compte le plus pour moi. Je déteste devoir m'époumoner sur un cigare trop serré. Ceux-là finissent par la fenêtre, dans le Rhône au mieux.
Je fume, les chasses du comte Zaroff commencent. Finalement, cette convalescence va être magnifique.

Rester con, c'est aussi obtenir des certificats médicaux foireux.



Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : trop dure la vie....
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Dimanche 5 octobre 2008 7 05 /10 /2008 14:10


La septième zone étrange

Ici, la poussée de l'ombre est plus importante, plus diffuse aussi. Sur ce point-là, tous les cartographes-pélerins sont d'accord. Il est sans doute impossible de contenir cette lente pression, ce mouvement souterrain inexorable dont le propos est de rester à la limite, mais également de toujours la faire reculer.




Par Solal Aronowicz - Publié dans : zones étranges - Communauté : Reg' Arts Photos
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Dimanche 5 octobre 2008 7 05 /10 /2008 14:07


Mouvement rapide dans un endroit lumineux



Par Solal Aronowicz - Publié dans : toiles - Communauté : Reg' Arts Photos
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Vendredi 3 octobre 2008 5 03 /10 /2008 06:00


la Corruption d'un Lieu tranquille
acrylique et marqueur sur toile (n.23), 60 X80
octobre 2007




Par Solal Aronowicz - Publié dans : toiles - Communauté : Utopia
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Jeudi 2 octobre 2008 4 02 /10 /2008 06:00
Bon, dans la vie, il y a un temps pour tout. Un temps pour se plaindre et dire que ça ne va pas, et un autre pour parler de choses sérieuses. Or, James Bond est justement une chose sérieuse, voire très sérieuse. Après tout, je l'ai quand même invité à l'anniversaire de mon blog, ce n'est pas rien.
Et puis, de manière générale, les Suisses devraient plus se pencher son cas, le revendiquer même, puisqu'il est quasiment certain que sa mère, Monique Delacroix, est vaudoise, et que lui même a étudié pendant une année à l'université de Genève, en 1936, 1937. Il était certes fort jeune, 16 ans tout au plus, mais malgré son renvoi d'Eton deux ans auparavant, c'était un élève doué. Une année pendant laquelle il a été logé au quai Gusatve-Ador. Bon je n'irai pas jusqu'à dire que James Bond est suisse, non surtout pas, je le préfère sous le drapeau britannique, of course, mais il a certaines attaches du côté du lac Léman, c'est un élément à ne pas nier.
Aux pointilleux qui ronchonnent pour savoir quelles sont mes sources, je répondrai qu'elles sont doubles. Premièrement l'excellente biographie de Laurent Queyssi parue aux moutons électriques  en 2007, les nombreuses vies de James Bond, et deuxièmement, mon grand-père. En effet, ce vieux baroudeur a bien connu notre héros à l'époque où lui-même était employé de l'université comme assistant technique. Il en profitait pour mettre au point ses travaux qui devaient aboutir à son fameux viseur Delta Reflex qui révolutionnerait le monde de la DCA en son temps. Son succès serait tel qu'une base américaine de Floride serait nommée en son honneur quelques dizaines d'années plus tard. Mais je m'égare.
Quoiqu'il en soit, mon grand-père fumait régulièrement des cigarettes turques en compagnie du jeune James Bond (à cette époque, il n'avait pas encore découvert le fameux mélange que Morland préparerait pour son usage exclusif) dans son étrange bureau où s'amoncelaient toutes sortes de souvenirs de voyages lointains et sans doute homériques.


Voilà donc en ce qui me concerne d'excellentes raisons de m'intéresser à l'espion britannique et de proposer un  petit "top five" de ses meilleurs films, classement, of course qui sera sans doute sujet à d'âpres discussions, du moins je le souhaite sincèrement (ceci étant dit, je sais que les préoccupations de bien de gens, même si ce sont mes lecteurs, sont tristement triviales et donc loin de sujets de réflexion tels que celui que je propose maintenant...)


1. James Bond contre Dr. No

Pour la façon magnifique et nonchalante que Sean Connery prête à James bond lorsqu'il inspecte sa chambre d'hôtel en silence pour finir par jeter le téléphone avec désinvolture sur le lit et par demander, le pied sur les couvertures et le coude sur le genou, à changer de chambre. James Bond est là, pas dans les scènes d'action ou de séduction, mais dans cette superbe souplesse empreinte de brutalité sous-jacente.
Brutalité toute professionnelle qui ressort, et comme je l'envie, lorsqu'il exécute sans broncher le tueur venu l'assassiner dans la maisonnette de la jolie secrétaire. Sec et sans bavures... Roger Moore en aurait pâlit.
Pour la scène où James Bond apparaît pour la première fois (pas pour la toute première, certes, mais enfin, ce qui a précédé, est-ce la peine de le relever ?) jouant aux cartes au cercle les Ambassadeurs. Cigarette, gros gains, femme séduite,... notre héros est là.


2. Bons baisers de Russie

Pour cette incroyable scène où deux messieurs déambulent dans les sous-sols d'Istanbul en costumes gris clair et devisent en observant la salle de réunion de l'ambassade soviétique au travers d'un périscope. James Bond est là aussi, dans ce décalage délicieusement suranné, dans ces conversations de gentlemen à l'élégance grantienne en train d'organiser la défense du monde libre.
Pour une certaine bagarre dans un certain train également, bien sûr.
Pour ce "well" extraordinaire lorsque James Bond reconnaît que la jeune agente soviétique dont il est censé obtenir des informations cruciales pour son gouvernement ne le laisse pas indifférent.

3. Au service secret de sa majesté

Pour son interprète unique, mélange subtil de force, de vigueur et de fragilité, qui sans doute aurait fait un James Bond à l'enviable longévité.
Pour une Bond girl bien particulière, elle-même agente très spéciale dans un monde parallèle.
Pour l'alliance passée entre le héros et le grand banditisme et pour celle passée au doigt de la jeune femme citée ci-dessus.
Pour l'Aston-Martin DB5 V8.
Pour ces étonnantes scènes d'action passées en mode accéléré et cette incroyable bagarre où les protagonistes se retrouvent en trois coups de poing de l'eau jusqu'à mi-cuisses alors qu'ils étaient au moins à une dizaine de mètres du rivage.
Pour toutes les autres bagarres aussi, en fait, délicieusement démodées et dynamiques.
Pour la chanson de Louis Armstrong, we have all the time in the world.
Pour voir James Bond en kilt et l'entendre confesser une veritable aversion pour le sport.
Pour de très belles scènes à ski.

Pour un excellent Blofeld, flic de haut vol à la sempiternelle sucette dans un monde tout aussi parallèle que le précédent.
Pour une incohérence interne à l'univers des films (clin d'oeil peut-être à l'ordre des livres...). En effet, Blofeld devrait reconnaître James Bond, et donc ne pas se laisser abuser  par son identité de membre du collège d'héraldique de Londres, puisqu'il l'a déjà rencontré dans On ne vit que deux fois. Ceci dit, ils étaint tous deux autres... S'agit-il alors d'un accès de cohérence méta-filmique ? Ce serait superbe !

Mon Dieu, quelle avalanche d'arguments, mais est-ce mon James Bond préféré ? !


4. Casino Royale

Pour cette nouvelle énergie, pour ce retour au réalisme et aux origines de Bond : la brutalité et les cartes.
Pour la scène d'ouverture et la façon intelligente dont le gun barrel, passage absolument obligé, est amené et incrusté à l'écran.
Pour le générique, son graphisme et sa chanson.
Pour l'extraordinaire dimension physique des scènes des poursuites et de très, très belles bagarres (merci Jason...).
Pour cette fameuse scène de poker (celle aux Bahamas) où Bond gagne aux cartes l'Aston Martin DB5 qu'il utilisera par la suite (...eh oui) dans Goldfinger, un très joli clin d'oeil.
Pour la scène où James Bond, couverts de sang, reprend son souffle après la bagarre des escaliers, souffre, lâche même une petite grimace devant son miroir et s'envoie au bas mot un demi-verre de whisky (sans doute) pour se requinquer, un geste très bondien, très fidèle au personnage des livres.


5. Goldfinger / Rien que pour vos yeux

Pour Sean Connery une fois de plus : charme, force féline et élégance.
Pour la première pré-mission qui condense bien des aspects caractéristiques de l'univers bondien.
Pour une réplique d'anthologie : "You expect me to talk ?" "No, Mister Bond, I expect you to die !".
Pour la partie de golf contre Goldfinger, James Bond étant en effet un excellent joueur, il fallait le montrer à l'écran. Une passion qu'il a d'ailleurs transmise à Sean Connery qui avait dû apprendre à jouer pour le film et qui n'a plus lâché les clubs depuis.
Pour, enfin, une ambiance générale, un équilibre qui lance vraiment le style James Bond.

Pour une pré-mission qui commence par une scène mélancolique bienvenue dans l'univers de James Bond. L'agent secret se recueille en effet sur la tombe de sa femme.
Pour ce qui suit juste après en hélicoptère, ces acrobaties tournées en 1981 au-dessus de la Tamise tiennent encore la route, du moins à mon sens, aujourd'hui.
Pour la fin cocasse d'un méchant qui a tenu bien des films : jeté au fond d'une immense cheminée d'usine.
Pour un rythme général plutôt enlevé.
Pour un objectif de mission, un sytème de lancement de missiles de la taille d'une machine à écrire, étrangement réaliste pour un James Bond (cf. Moonraker...).
Pour un Roger Moore qui ne ridiculise pas trop le personnage, pour une fois...

Voilà.
Bon tout tout ceci n'est pas gravé dans le marbre, au fur et à mesure de mes relectures de ces films, de subtiles modifications se font, mais que les choses soient claires, on ne verra jamais, vraiment jamais, l'homme au pistolet d'or ou le monde ne suffit pas en tête de liste.
Restent à venir un classement des acteurs (on peut facilement se livrer à certaines déductions sur la base de celui-ci) et un classement des méchants (à ce niveau là, la question du critère est absolument cruciale. Le plus réaliste ou le plus mégalo, par exemple).


Par Solal Aronowicz - Publié dans : un capharnaüm bien étrange - Communauté : Agora
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Mercredi 1 octobre 2008 3 01 /10 /2008 06:00


pont franchissant de fines traces inachevées
acrylique et marqueur sur toile (n. 28), 60 x 80
décembre 2007



Par Solal Aronowicz - Publié dans : toiles - Communauté : Utopia
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Mardi 30 septembre 2008 2 30 /09 /2008 06:00
Je dois reconnaître que pour un athée, ou du moins quelqu'un qui se prétend tel, la question de Dieu traverse une bonne partie de mon travail (ce terme est un peu prétentieux, surtout appliqué à soi-même, mais il me donne l'impression de faire quelque chose d'un peu sérieux, d'occuper un certain vide, surtout le dimanche après-midi alors que le soleil traîne avec froideur le long de cette grande rue vide et que j'hésite vraiment à aller au cinéma).

En fait, le sujet est effleuré, approché, suggéré, tout simplement, dans les peintures, puis, un peu plus tard, avec les images. Alors que je n'ai jamais écrit sur Dieu, il est venu de lui-même sous mon pinceau, mon marqueur en fait, j'écris trop mal pour signer autrement, et sans que je le décide, sans que je me dise : je vais peindre un sujet religieux ou mettons Dieu en image.

Pour être exact, il est apparu au moment où je me suis mis à donner des titres à mes toiles. A partir de là, dans un premier temps, je suis resté très polythéiste, mettant en scène des forces anciennes et sans doutes chthoniennes ou minérales, puis, dans un deuxième temps, une forme de conversion s'est établie et il me semble que j'approche d'un certain monothéisme (certes, celui clairement marqué par son aspect trinitaire, c'est quand même bien plus intéressant, plus troublant).

Alors, devant ce surgissement mystique, je ne peux pas m'empêcher de me poser des questions. Qu'est-ce qu'il fait là ? Qu'est-ce qu'il m'arrive ? D'un côté, si je suis honnête, je dois reconnaître en fait que je visite la plupart des églises que mes voyages mettent sur ma route. A un tel point que cette habitude quelque peu forcenée a autrefois été source de moqueries de la part de mes amis un peu lassés par ces moments de déambulations dans une ombre fraîche sous le regard souvent souffrant de figures mortes il y a longtemps pour défendre quelque chose que nous ne comprenions pas.

Car, d'un autre côté, il y a l'interrogation que suscite la foi. La foi est une idée, un sentiment, une sensation, la conscience d'une présence ou une forme de confiance pure, je ne sais pas, pour moi, c'est impossible de la qualifier, je ne la connais pas. Je ne la connais pas et, pour aller plus loin, je ne veux pas la connaître, tant je la considère avec circonspection, voire avec une certaine répulsion. En effet, il y a, à mon sens, une forme de non-réfléchir inhérent à la foi. C'est ce point particulier, cette étape où l'on accepte, en baissant la nuque et en joignant les mains, cette croyance qui demande une part d'aveuglement profond qui, automatiquement, me fait reculer de quelques pas, pour m'appuyer nonchalamment dans l'ombre d'une colonne et observer, parfois presque avec aversion, ceux qui s'inclinent.

Ceci dit, qu'on ne se trompe pas sur le sens de mes propos, ce n'est pas par fierté que je tiens à rester droit. Nous avons besoin de modèles devant lesquels nous pencher, d'exemples auxquels puiser du courage et de l'énergie, mais surtout comme le disait Konrad Mauntz dans ses prolégomènes à une culture de la circonspection : "Dieu exige nos murmures soumis dans le froid des églises et l'obscurité des temples, or l'effort pour la civilisation réclame nos fronts hauts et un hurlement constant pour la confiance en l'imagination". Ce n'étaient pas des mots faciles à écrire dans l'Allemagne du XVIème siècle, encore moins à faire publier et je pense qu'ils sont toujours d'actualité, tant nous avons besoin d'imagination, tant nous manquons d'imagination en fait.

En définitive, la question de Dieu me fascine, avec toutes les contradictions que cela implique, ses lieux de cultes m'aspirent, les textes qui gravitent autour de lui m'enthousiasment, mais au fond, plutôt que de me consacrer au morne abandon que demande la foi, je préfère écrire quelques mots pour continuer à célébrer le culte de l'imagination dont le temple est plus difficile à visiter, mais tellement plus vaste, tellement plus sonore, tellement plus scintillant et tellement plus dangereux.

Rester con, c'est ne pas oser regarder celui qui veille dans la lumière.




Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Agora
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Dimanche 28 septembre 2008 7 28 /09 /2008 10:54


Sous l'oeil unique, brutal et mourant d'un dieu vengeur et assassin



Par Solal Aronowicz - Publié dans : un capharnaüm bien étrange - Communauté : Agora
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Dimanche 28 septembre 2008 7 28 /09 /2008 10:44


Aux Portes de l'Enfer,
Mortelle Dissolution d'un Guerrier
Sous l'oeil malveillant
de Trois puissantes Divinités, le pays secret

acrylique et marqueur sur toile (n. 18), 80 x 60
octobre 2007




Par Solal Aronowicz - Publié dans : toiles - Communauté : Utopia
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Samedi 27 septembre 2008 6 27 /09 /2008 08:25


Zone étrange 6

Cette zone étrange, la sixième du nom, est traversée par une espèce de droite dont la nature reste difficile à déterminer. Venant de l'intérieur, elle pousse la lisière, la déforme, sans qu'on puisse savoir, ce sont les limites du cadre, si elle la perce. A ce stade de nos explorations, aucun cartographe-pélerin ne peut en dire plus.


Par Solal Aronowicz - Publié dans : zones étranges - Communauté : Utopia
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Samedi 27 septembre 2008 6 27 /09 /2008 07:00

A force d'agitation, de manière assez inattendue, il faut bien reconnaître, après tout, il m'a rempli la poitrine de linges et de serviettes pas forcément propres, Hank parvient à ralentir le débit du sang, puis à bloquer complètement son écoulement.

Toujours très fébrile, il s'empare  ensuite des bouteilles de château la mission vides et commence, formant un entonnoir avec le numéro de Monsieur sur la mort des dandy, à les remplir de mon sang dans lequel il se tient accroupi chaussé de ses converses autrefois gris clair. Il n'est sans doute pas très efficace, mais son désir de ne pas me laisser mourir est assez touchant. Un peu à contre-coeur, Michel se met à l'aider, alors que le grand guerrier, laissant le vieil homme aveugle un verre de prune grand-paternelle à la main, s'approche de moi et me pose la main sur l'épaule.

Il se déplace comme s'il pèse plusieurs milliers de kilos, comme si une puissance autre que celle que nous connaissons d'ordinaire l'habite. Cet homme est sans nul doute le fils d'un dieu ou d'une déesse. Il est à la fois ailleurs et tellement là. C'est difficile à exprimer, je dois manquer de vocabulaire pour cerner un personnage tel que lui. Sa présence est rassurante, sa paume durcie par le bois des javelines souvent lancées me calme, me redonne confiance et, à ce moment là, la perspective de la mort ne semble plus si inéluctable. Est-ce le début de la foi?

Pénélope produit alors un sifflement long et strident. Un immense chien surgi de je ne sais trop où arrive alors dans la cuisine. C'est un gigantesque braque de weimar. Elle jette mon coeur entre ses pattes et, après m'avoir lancé un long regard ambigu, il l'avale tout entier et disparaît aussitôt dans le couloir. J'ai juste le temps de me redresser, soutenu par la main solide du grand guerrier, pour le voir se glisser dans mon bureau.

Elle me regarde d'un oeil furieux et content, pourtant, là derrière, il me semble apercevoir une nuance de désespoir. Mettre à mort le père de son enfant, ce n'est sans doute pas une mince affaire dans la vie d'une femme.
- Voilà qui est fait, s'exclame-t-elle pourtant d'un ton léger. Qui peut me préparer un mojito correct pour fêter ça ?
- Permettez-moi de m'en occuper, madame.
Smoking vient d'entrer à son tour dans la cuisine.
Le grand guerrier et lui se jaugent du regard pendant une longue minute et Smoking finit par détourner les yeux pour se mettre à la recherche des ingrédients dont il a besoin pour préparer l'ancienne boisson favorite de Francis Drake.
- Allons ma chère, ne restons pas là, ces messieurs me semblent bien agités et cette cuisine est fort sale, fait-il en tendant son coude à Pénélope.
- Je vous suis, murmure-t-elle d'une voix étrange.
Elle me jette un dernier regard, à moi, à l'homme dont elle a ouvert la poitrine d'un coup de hache, à moi l'homme qu'elle a fait père, à moi qu'elle laisse vide de sang pour suivre un personnage dont le statut est vague au salon.

Le vieil homme prononce alors quelques mots dans un grec que je comprends mal, habitué que je suis à une langue plus classique. Il est question de procéder, d'agir suivant les rites et de dire les paroles requises, demandées ou peut-être encore de laver les tuiles hautement à côté de la place forte, mais je dois reconnaître que tout ceci est assez flou.
Je ne garantis donc pas la traduction, d'autant plus que le vieil homme ne parle pas très fort, je pourrais avoir manqué certains mots importants, voire essentiels et enfin, le rite dont il est fait mention, et dont la description va suivre, n'est attesté par aucun spécialiste de la Grèce antique, si ce n'est par Konrad Mauntz, ce fameux philologue allemand qui aurait vécu entre le XIIIème et le XIXème siècle. Son oeuvre fondamentale est pourtant sujette à caution, malgré son immense crédit auprès de toute une série d'intellectuels de premier plan, dont les membres de la très sérieuse école de Poitiers ne sont pas les moindres.

Le grand guerrier, après m'avoir soufflé quelques paroles d'encouragement, relève la jupe de cuir renforcée de disques de bronze qui protège ses cuisses énormes, tandis que Hank lui tend un magnifique saladier alessi, sans doute le fleuron de ma batterie de cuisine, une pièce assez rare, une édition limitée à 100 exemplaires, acquise suite à une foire d'empoigne assez haute en couleurs dans un petit magasin de design de la vieille-ville.
Le grand guerrier s'empare donc du saladier, le glisse entre ses genoux écartés, donne son casque à Hank qui s'y cramponne avec un respect touchant et, après une grimace qui fait peine à voir, chie un étron plutôt considérable dans le réceptacle de porcelaine fine ornée d'un motif entrelacé doré assez difficile à suivre du regard.
Le vieil homme hoche la tête d'un air pénétré et articule des mots qu'un certain étonnement  et sans doute une lassitude compréhensible  et excusable m'empêchent de retenir tout à fait (pour plus de détails, on s'en remettra donc à Mauntz).
Le grand guerrier se redresse, se rajuste sans se presser, remet son casque, reprend sa javeline et me tend le saladier d'un geste mesuré.
Il n'y a rien à dire, c'est une très belle merde.

C 'est alors que nous nous regardons tous, conscients que quelque chose de particulier est en train de se dérouler, conscients que, modestement, nous participons de la perpétuelle re-création du monde et des entités qui l'animent, conscients aussi, moi sans doute plus que les autres, qu'il faut peut-être, sans sacrifier le côté cérémoniel du rite auxquels nous sommes en train de nous livrer, nous dépêcher un peu si le but fixé veut être atteint.

La fiole de rouge que le peintre m'a donnée est vidée dans le saladier.
Le vieil homme prononce les paroles qu'il faut dire dans le cas ayant eu lieu selon le rite dit.
Hank, un peu pris de court à dire vrai, jette maladroitement son joint dans sur la contribution du grand guerrier.
Smoking, sans doute attiré par l'étrange vibration que le saladier commence à émettre, prépare un cocktail à base de rhum et de whisky, le soumet à l'approbation du vieil homme, qui hoche la tête, hiératique, et le verse dans le saladier après l'avoir énergiquement agité.
Pour être tout à fait honnête, il y a d'autres personnages qui participent à cette élaboration, notamment pour y intégrer du bois rare et une pierre précieuse, mais il n'est pas dit que tous les secrets concernant cette cérémonie seront révélés au cours du même texte.
Michel et Louis-Ferdinand ne contribuent pas au rite, ils continuent de remplir les bouteilles de vin avec le sang qui stagne par terre.
Enfin, le vieil homme plonge les mains dans ce mélange peu probable pour lui donner sa forme définitive. Le résultat est assez étrange, inquiétant presque et difficile à décrire, comme si les concepts de notre géométrie manquaient eux aussi de mots pour dire cette sculpture incertaine et troublante.

Quoiqu'il en soit, le vieil homme tend son oeuvre au grand guerrier et à Hank qui la placent rapidement dans ma poitrine que Smoking referme en essayant gentiment de mettre les deux côtés du sternum bout à bout exactement sans me faire mal, puis de disposer la peau déchirée sans faire trop de plis. Il me tapote doucement la poitrine et me suggère de me changer, parce que là, je ne suis pas vraiment présentable. C'est la première marque d'attention qu'il me porte et je dois reconnaître que ça me touche.
J'ai un nouveau coeur, la transplantation a été un peu inhabituelle, ce n'est pas forcément un modèle du genre, certes, mais je me sens déjà mieux, même un sérieux travail de cicatrisation est à prévoir, Michel et Louis-Ferdinand me tendent les bouteilles de vin qu'ils ont remplies, ce n'est pas grand chose, mais avec ce qu'ils ont récupérés, je peux me remplir en partie.

Ma respiration reprend un rythme normal et, malgré l'immense fatigue qui m'accable, un certain calme, une certaine satisfaction se diffusent peu à peu dans mes veines, dans mon corps abîmé, mais renouvelé aussi. Je redresse la tête. Dehors, le soleil se lève enfin, mes invités s'en vont tranquillement. Pénélope réveille Alexandre qui rouspète un peu, mais se laisse doucement emballer au fond de sa poussette. Elle me laisse malgré tout l'embrasser sur le nez.

Hank emporte une bouteille de whisky, Smoking m'emprunte le coffret des OSS 117, le vieil homme et le grand guerrier prennent une histoire de la littérature et un tanto forgé par un grand maître contemporain, Michel et Louis-Ferdinand se préparent des doggy-bags, on se salue, on sert des mains, on s'excuse, on s'incline, on tâte une armure, on félicite mon fils sur la façon dont il dort bien, on pose, in extremis, des questions ayant trait à la création littéraire et au traitement de la tradition orale, on risque un geste vers un cimier, on récupère un bouclier, on parle brièvement cinéma et on se quitte en n'étant vraiment pas sûr de se revoir.

En ce qui me concerne, après tout, il s'agit tout de même de moi, de mon démembrement progressif, de ma mort, de ma survie, de cette nouvelle puissance qui m'habite, de ma fin, de ma faim, de mes fins. En ce qui me concerne donc, je m'allume un superbe el rey del mundo, un excellent cigare, conservé en suivant des règles de vieillissement très particulières dans un humidor fabriqué spécialement à mon intention et j'inaugure mon nouveau coeur avec des volutes qui m'apportent une sérénité bienvenue après cet anniversaire en fin de compte plutôt réussi. Nonobstant, une fois n'est pas coutume, l'immense bordel laissé par le passage de tous ces types venus de je ne sais où et je ne sais comment, ayant surtout reçu mon inivitation je ne sais par quel biais, travers, détours étonnants, je me laisse couler au fond de mon divan-paquebot, abruti de fatigue, une douleur étrange, mais signe de vie aussi, battant à l'intérieur de ma poitrine, détendu par la fumée, et  content, presque, oui,  il faut bien le reconnaître, car ce n'est pas un sentiment dont il faut se vanter, tant il va de pair avec une certaine niaiserie, mais je suis presque content : rendu meilleur par l'étron magnifique du demi-dieu. De quoi envisager un certain renouveau, alors que le soleil poursuit sa course et avance une flaque de lumière tremblante et rougeâtre sur le parquet de mon salon, repoussant l'ombre qui s'adapte, prête à attendre son heure tant qu'il faudra, tapie dans la zone étrange.

Malgré tous les efforts fournis par ceux qui sont venus de loin, il y a de fortes chances que je reste con pour encore un moment. Qui s'en plaindra ?

 

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con
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  • Trente ans brutalement passés, malgré les nombreux serments passés avec soi-même et l'ombre de soi-même, pas la trace d'un texte publié, errance sur tous les plans depuis la fin de l'université, bref, un dilettante qui ne s'assume pas.

une vraie vie de con

réactions choquées

le temps, salaud inexorable

Juillet 2010
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visions aléatoires

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