Mercredi 1 octobre 2008 3 01 /10 /Oct /2008 06:00


pont franchissant de fines traces inachevées
acrylique et marqueur sur toile (n. 28), 60 x 80
décembre 2007



Par Solal Aronowicz - Publié dans : toiles - Communauté : Utopia
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Mardi 30 septembre 2008 2 30 /09 /Sep /2008 06:00
Je dois reconnaître que pour un athée, ou du moins quelqu'un qui se prétend tel, la question de Dieu traverse une bonne partie de mon travail (ce terme est un peu prétentieux, surtout appliqué à soi-même, mais il me donne l'impression de faire quelque chose d'un peu sérieux, d'occuper un certain vide, surtout le dimanche après-midi alors que le soleil traîne avec froideur le long de cette grande rue vide et que j'hésite vraiment à aller au cinéma).

En fait, le sujet est effleuré, approché, suggéré, tout simplement, dans les peintures, puis, un peu plus tard, avec les images. Alors que je n'ai jamais écrit sur Dieu, il est venu de lui-même sous mon pinceau, mon marqueur en fait, j'écris trop mal pour signer autrement, et sans que je le décide, sans que je me dise : je vais peindre un sujet religieux ou mettons Dieu en image.

Pour être exact, il est apparu au moment où je me suis mis à donner des titres à mes toiles. A partir de là, dans un premier temps, je suis resté très polythéiste, mettant en scène des forces anciennes et sans doutes chthoniennes ou minérales, puis, dans un deuxième temps, une forme de conversion s'est établie et il me semble que j'approche d'un certain monothéisme (certes, celui clairement marqué par son aspect trinitaire, c'est quand même bien plus intéressant, plus troublant).

Alors, devant ce surgissement mystique, je ne peux pas m'empêcher de me poser des questions. Qu'est-ce qu'il fait là ? Qu'est-ce qu'il m'arrive ? D'un côté, si je suis honnête, je dois reconnaître en fait que je visite la plupart des églises que mes voyages mettent sur ma route. A un tel point que cette habitude quelque peu forcenée a autrefois été source de moqueries de la part de mes amis un peu lassés par ces moments de déambulations dans une ombre fraîche sous le regard souvent souffrant de figures mortes il y a longtemps pour défendre quelque chose que nous ne comprenions pas.

Car, d'un autre côté, il y a l'interrogation que suscite la foi. La foi est une idée, un sentiment, une sensation, la conscience d'une présence ou une forme de confiance pure, je ne sais pas, pour moi, c'est impossible de la qualifier, je ne la connais pas. Je ne la connais pas et, pour aller plus loin, je ne veux pas la connaître, tant je la considère avec circonspection, voire avec une certaine répulsion. En effet, il y a, à mon sens, une forme de non-réfléchir inhérent à la foi. C'est ce point particulier, cette étape où l'on accepte, en baissant la nuque et en joignant les mains, cette croyance qui demande une part d'aveuglement profond qui, automatiquement, me fait reculer de quelques pas, pour m'appuyer nonchalamment dans l'ombre d'une colonne et observer, parfois presque avec aversion, ceux qui s'inclinent.

Ceci dit, qu'on ne se trompe pas sur le sens de mes propos, ce n'est pas par fierté que je tiens à rester droit. Nous avons besoin de modèles devant lesquels nous pencher, d'exemples auxquels puiser du courage et de l'énergie, mais surtout comme le disait Konrad Mauntz dans ses prolégomènes à une culture de la circonspection : "Dieu exige nos murmures soumis dans le froid des églises et l'obscurité des temples, or l'effort pour la civilisation réclame nos fronts hauts et un hurlement constant pour la confiance en l'imagination". Ce n'étaient pas des mots faciles à écrire dans l'Allemagne du XVIème siècle, encore moins à faire publier et je pense qu'ils sont toujours d'actualité, tant nous avons besoin d'imagination, tant nous manquons d'imagination en fait.

En définitive, la question de Dieu me fascine, avec toutes les contradictions que cela implique, ses lieux de cultes m'aspirent, les textes qui gravitent autour de lui m'enthousiasment, mais au fond, plutôt que de me consacrer au morne abandon que demande la foi, je préfère écrire quelques mots pour continuer à célébrer le culte de l'imagination dont le temple est plus difficile à visiter, mais tellement plus vaste, tellement plus sonore, tellement plus scintillant et tellement plus dangereux.

Rester con, c'est ne pas oser regarder celui qui veille dans la lumière.




Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con
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Dimanche 28 septembre 2008 7 28 /09 /Sep /2008 10:54


Sous l'oeil unique, brutal et mourant d'un dieu vengeur et assassin



Par Solal Aronowicz - Publié dans : un capharnaüm bien étrange
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Dimanche 28 septembre 2008 7 28 /09 /Sep /2008 10:44


Aux Portes de l'Enfer,
Mortelle Dissolution d'un Guerrier
Sous l'oeil malveillant
de Trois puissantes Divinités, le pays secret

acrylique et marqueur sur toile (n. 18), 80 x 60
octobre 2007




Par Solal Aronowicz - Publié dans : toiles - Communauté : Utopia
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Samedi 27 septembre 2008 6 27 /09 /Sep /2008 08:25


Zone étrange 6

Cette zone étrange, la sixième du nom, est traversée par une espèce de droite dont la nature reste difficile à déterminer. Venant de l'intérieur, elle pousse la lisière, la déforme, sans qu'on puisse savoir, ce sont les limites du cadre, si elle la perce. A ce stade de nos explorations, aucun cartographe-pélerin ne peut en dire plus.


Par Solal Aronowicz - Publié dans : zones étranges - Communauté : Utopia
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Samedi 27 septembre 2008 6 27 /09 /Sep /2008 07:00

A force d'agitation, de manière assez inattendue, il faut bien reconnaître, après tout, il m'a rempli la poitrine de linges et de serviettes pas forcément propres, Hank parvient à ralentir le débit du sang, puis à bloquer complètement son écoulement.

Toujours très fébrile, il s'empare  ensuite des bouteilles de château la mission vides et commence, formant un entonnoir avec le numéro de Monsieur sur la mort des dandy, à les remplir de mon sang dans lequel il se tient accroupi chaussé de ses converses autrefois gris clair. Il n'est sans doute pas très efficace, mais son désir de ne pas me laisser mourir est assez touchant. Un peu à contre-coeur, Michel se met à l'aider, alors que le grand guerrier, laissant le vieil homme aveugle un verre de prune grand-paternelle à la main, s'approche de moi et me pose la main sur l'épaule.

Il se déplace comme s'il pèse plusieurs milliers de kilos, comme si une puissance autre que celle que nous connaissons d'ordinaire l'habite. Cet homme est sans nul doute le fils d'un dieu ou d'une déesse. Il est à la fois ailleurs et tellement là. C'est difficile à exprimer, je dois manquer de vocabulaire pour cerner un personnage tel que lui. Sa présence est rassurante, sa paume durcie par le bois des javelines souvent lancées me calme, me redonne confiance et, à ce moment là, la perspective de la mort ne semble plus si inéluctable. Est-ce le début de la foi?

Pénélope produit alors un sifflement long et strident. Un immense chien surgi de je ne sais trop où arrive alors dans la cuisine. C'est un gigantesque braque de weimar. Elle jette mon coeur entre ses pattes et, après m'avoir lancé un long regard ambigu, il l'avale tout entier et disparaît aussitôt dans le couloir. J'ai juste le temps de me redresser, soutenu par la main solide du grand guerrier, pour le voir se glisser dans mon bureau.

Elle me regarde d'un oeil furieux et content, pourtant, là derrière, il me semble apercevoir une nuance de désespoir. Mettre à mort le père de son enfant, ce n'est sans doute pas une mince affaire dans la vie d'une femme.
- Voilà qui est fait, s'exclame-t-elle pourtant d'un ton léger. Qui peut me préparer un mojito correct pour fêter ça ?
- Permettez-moi de m'en occuper, madame.
Smoking vient d'entrer à son tour dans la cuisine.
Le grand guerrier et lui se jaugent du regard pendant une longue minute et Smoking finit par détourner les yeux pour se mettre à la recherche des ingrédients dont il a besoin pour préparer l'ancienne boisson favorite de Francis Drake.
- Allons ma chère, ne restons pas là, ces messieurs me semblent bien agités et cette cuisine est fort sale, fait-il en tendant son coude à Pénélope.
- Je vous suis, murmure-t-elle d'une voix étrange.
Elle me jette un dernier regard, à moi, à l'homme dont elle a ouvert la poitrine d'un coup de hache, à moi l'homme qu'elle a fait père, à moi qu'elle laisse vide de sang pour suivre un personnage dont le statut est vague au salon.

Le vieil homme prononce alors quelques mots dans un grec que je comprends mal, habitué que je suis à une langue plus classique. Il est question de procéder, d'agir suivant les rites et de dire les paroles requises, demandées ou peut-être encore de laver les tuiles hautement à côté de la place forte, mais je dois reconnaître que tout ceci est assez flou.
Je ne garantis donc pas la traduction, d'autant plus que le vieil homme ne parle pas très fort, je pourrais avoir manqué certains mots importants, voire essentiels et enfin, le rite dont il est fait mention, et dont la description va suivre, n'est attesté par aucun spécialiste de la Grèce antique, si ce n'est par Konrad Mauntz, ce fameux philologue allemand qui aurait vécu entre le XIIIème et le XIXème siècle. Son oeuvre fondamentale est pourtant sujette à caution, malgré son immense crédit auprès de toute une série d'intellectuels de premier plan, dont les membres de la très sérieuse école de Poitiers ne sont pas les moindres.

Le grand guerrier, après m'avoir soufflé quelques paroles d'encouragement, relève la jupe de cuir renforcée de disques de bronze qui protège ses cuisses énormes, tandis que Hank lui tend un magnifique saladier alessi, sans doute le fleuron de ma batterie de cuisine, une pièce assez rare, une édition limitée à 100 exemplaires, acquise suite à une foire d'empoigne assez haute en couleurs dans un petit magasin de design de la vieille-ville.
Le grand guerrier s'empare donc du saladier, le glisse entre ses genoux écartés, donne son casque à Hank qui s'y cramponne avec un respect touchant et, après une grimace qui fait peine à voir, chie un étron plutôt considérable dans le réceptacle de porcelaine fine ornée d'un motif entrelacé doré assez difficile à suivre du regard.
Le vieil homme hoche la tête d'un air pénétré et articule des mots qu'un certain étonnement  et sans doute une lassitude compréhensible  et excusable m'empêchent de retenir tout à fait (pour plus de détails, on s'en remettra donc à Mauntz).
Le grand guerrier se redresse, se rajuste sans se presser, remet son casque, reprend sa javeline et me tend le saladier d'un geste mesuré.
Il n'y a rien à dire, c'est une très belle merde.

C 'est alors que nous nous regardons tous, conscients que quelque chose de particulier est en train de se dérouler, conscients que, modestement, nous participons de la perpétuelle re-création du monde et des entités qui l'animent, conscients aussi, moi sans doute plus que les autres, qu'il faut peut-être, sans sacrifier le côté cérémoniel du rite auxquels nous sommes en train de nous livrer, nous dépêcher un peu si le but fixé veut être atteint.

La fiole de rouge que le peintre m'a donnée est vidée dans le saladier.
Le vieil homme prononce les paroles qu'il faut dire dans le cas ayant eu lieu selon le rite dit.
Hank, un peu pris de court à dire vrai, jette maladroitement son joint dans sur la contribution du grand guerrier.
Smoking, sans doute attiré par l'étrange vibration que le saladier commence à émettre, prépare un cocktail à base de rhum et de whisky, le soumet à l'approbation du vieil homme, qui hoche la tête, hiératique, et le verse dans le saladier après l'avoir énergiquement agité.
Pour être tout à fait honnête, il y a d'autres personnages qui participent à cette élaboration, notamment pour y intégrer du bois rare et une pierre précieuse, mais il n'est pas dit que tous les secrets concernant cette cérémonie seront révélés au cours du même texte.
Michel et Louis-Ferdinand ne contribuent pas au rite, ils continuent de remplir les bouteilles de vin avec le sang qui stagne par terre.
Enfin, le vieil homme plonge les mains dans ce mélange peu probable pour lui donner sa forme définitive. Le résultat est assez étrange, inquiétant presque et difficile à décrire, comme si les concepts de notre géométrie manquaient eux aussi de mots pour dire cette sculpture incertaine et troublante.

Quoiqu'il en soit, le vieil homme tend son oeuvre au grand guerrier et à Hank qui la placent rapidement dans ma poitrine que Smoking referme en essayant gentiment de mettre les deux côtés du sternum bout à bout exactement sans me faire mal, puis de disposer la peau déchirée sans faire trop de plis. Il me tapote doucement la poitrine et me suggère de me changer, parce que là, je ne suis pas vraiment présentable. C'est la première marque d'attention qu'il me porte et je dois reconnaître que ça me touche.
J'ai un nouveau coeur, la transplantation a été un peu inhabituelle, ce n'est pas forcément un modèle du genre, certes, mais je me sens déjà mieux, même un sérieux travail de cicatrisation est à prévoir, Michel et Louis-Ferdinand me tendent les bouteilles de vin qu'ils ont remplies, ce n'est pas grand chose, mais avec ce qu'ils ont récupérés, je peux me remplir en partie.

Ma respiration reprend un rythme normal et, malgré l'immense fatigue qui m'accable, un certain calme, une certaine satisfaction se diffusent peu à peu dans mes veines, dans mon corps abîmé, mais renouvelé aussi. Je redresse la tête. Dehors, le soleil se lève enfin, mes invités s'en vont tranquillement. Pénélope réveille Alexandre qui rouspète un peu, mais se laisse doucement emballer au fond de sa poussette. Elle me laisse malgré tout l'embrasser sur le nez.

Hank emporte une bouteille de whisky, Smoking m'emprunte le coffret des OSS 117, le vieil homme et le grand guerrier prennent une histoire de la littérature et un tanto forgé par un grand maître contemporain, Michel et Louis-Ferdinand se préparent des doggy-bags, on se salue, on sert des mains, on s'excuse, on s'incline, on tâte une armure, on félicite mon fils sur la façon dont il dort bien, on pose, in extremis, des questions ayant trait à la création littéraire et au traitement de la tradition orale, on risque un geste vers un cimier, on récupère un bouclier, on parle brièvement cinéma et on se quitte en n'étant vraiment pas sûr de se revoir.

En ce qui me concerne, après tout, il s'agit tout de même de moi, de mon démembrement progressif, de ma mort, de ma survie, de cette nouvelle puissance qui m'habite, de ma fin, de ma faim, de mes fins. En ce qui me concerne donc, je m'allume un superbe el rey del mundo, un excellent cigare, conservé en suivant des règles de vieillissement très particulières dans un humidor fabriqué spécialement à mon intention et j'inaugure mon nouveau coeur avec des volutes qui m'apportent une sérénité bienvenue après cet anniversaire en fin de compte plutôt réussi. Nonobstant, une fois n'est pas coutume, l'immense bordel laissé par le passage de tous ces types venus de je ne sais où et je ne sais comment, ayant surtout reçu mon inivitation je ne sais par quel biais, travers, détours étonnants, je me laisse couler au fond de mon divan-paquebot, abruti de fatigue, une douleur étrange, mais signe de vie aussi, battant à l'intérieur de ma poitrine, détendu par la fumée, et  content, presque, oui,  il faut bien le reconnaître, car ce n'est pas un sentiment dont il faut se vanter, tant il va de pair avec une certaine niaiserie, mais je suis presque content : rendu meilleur par l'étron magnifique du demi-dieu. De quoi envisager un certain renouveau, alors que le soleil poursuit sa course et avance une flaque de lumière tremblante et rougeâtre sur le parquet de mon salon, repoussant l'ombre qui s'adapte, prête à attendre son heure tant qu'il faudra, tapie dans la zone étrange.

Malgré tous les efforts fournis par ceux qui sont venus de loin, il y a de fortes chances que je reste con pour encore un moment. Qui s'en plaindra ?

 

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con
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Vendredi 26 septembre 2008 5 26 /09 /Sep /2008 06:00


Structures dans un cadre II
acrylique sur toile (n. 46), 60 x 80
juillet 2008


Par Solal Aronowicz - Publié dans : toiles - Communauté : Utopia
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Jeudi 25 septembre 2008 4 25 /09 /Sep /2008 06:00
Michel et Louis-Ferdinand semblent un peu étonnés. Ils ne pensaient sans doute pas qu'elle irait jusqu' au bout de son plan, qu'elle aurait suffisamment de cran ou de haine en elle ,c'est une question de point de vue. Ils s'étaient dit : "elle va craquer, elle est juste un peu en colère, il en sera quitte pour une bonne frayeur, quand elle sera calmée, on pourra finir la soirée tranquillement." J'aurais pu les rassurer. Ca fait un bon moment que je sais que cette femme veut ma mort, lente si possible, brutale dans tous les cas.

Elle jette la hache dans le couloir, et du même coup raye profondément un parquet ciré  il y a peu par un professionnel pas donné, écarte encore plus mes côtes qui produisent un craquement difficile à entendre sans ciller et, à mains nues, sans enlever ses bagues, dont une  magnifique Cartier en or rose et gris que je lui ai offerte pour une raison encore difficile à déterminer, elle se met à m'arracher le coeur.
Nous devons offrir un spectacle assez étrange : cette jolie femme en robe de soie courte penchée devant ce torse ouvert sur des organes pas tous en bon état, les poumons et le foie semblent particulièrement atteints et dignes de l'attention d'un médecin spécialisé dans l'irrémédiable. Le coeur, en revanche, paraît plutôt frais par rapport au reste et présente une jolie teinte rouge foncée. C'est pourtant après lui qu'elle en a. La vie est sans doute mal faite.
Que les choses soient claires, ce n'est pas évident d'arracher un coeur, il faut quand même tirer assez fort. Premièrement, il est encastré profondément et deuxièmement, la veine cave supérieure et l'artère aorte sont tout de même relativement épaisses.
Bref, ce n'est pas simple, c'est assez long et, tout bien considéré, c'est plutôt salissant : mon sang gicle par saccades, aspergeant le visage de Pénélope qui ne ferme même pas les yeux,  tout en coulant à gros bouillons, débordant rapidemment de ma cavité thoracique.
Les deux écrivains se détournent, une main à plat sur la bouche, ne pouvant supporter le spectacle de ce qu'ils ont fait, ou du moins contribué à faire, et vomissent plus ou moins discrètement, l'un dans l'évier sur les assiettes à pien rincées, l'autre dans le pot du palmier.
Le grand guerrier et le vieil homme ne réagissent pas. Ils se tiennent un peu en retrait, le sang ne les tache pas. Ils se contentent d'observer ce qui se passe, attendant leur tour pour entrer en scène.

En ce qui me concerne, je ne me sens pas très bien. J'ai relativement mal à la poitrine et même si les deux autres m'ont lâché, je ne parviens pas vraiment à me redresser. Tout ce sang qui m'échappe doit m'affaiblir, j'éprouve vraiment des difficultés à réagir. Je crois que je ne crie même pas. Je reste, les jambes pendantes dans le vide, appuyé sur les coudes, le regard vague, incapable de focaliser mon attention sur ce qui m'arrive. Avec le peu de forces qui me restent, il me semble que j'essaie d'être ailleurs, de ne pas participer à ma mise à mort.
Pénélope, dont les yeux brillent d'une sorte de délire animal et vengeur, plonge soudain son visage au beau milieu de ma cage thoracique avec un hurlement proche de l'hallali et commence à cisailler avec ses incisives la veine cave supérieur qui résiste encore un peu. Dans une sorte de réflexe enfantin, je prends doucement sa tête dans mes bras alors qu'elle finit de m'arracher le coeur avec des grognements canins et satisfaits, je dépose un baiser sur son front tandis qu'elle se redresse, haletante, repue, ses yeux scintillants comme deux joyaux glauques au milieu d'un magma sanguin. C'est sans doute notre dernière étreinte. Nos regards se touchent doucement, se disent encore quelques mots discrets et silencieux : "Tu m'as tellement déçue, je t'aurais aimé quoi qu'il advienne." "Je l'aime, mais ce n'est pas suffisant pour construire une vie à trois." "Tu es vraiment un sale con." "Je sais."
Et puis c'est fini.

Il me semble que je suis en train de mourir, il y a beaucoup de vide en moi, je ne vois plus très clairement, juste de grandes flaques de lumière qui s'assombrissent peu à peu, comme sous-exposées. Je me demande si je vais avoir droit au truc du tunnel avec Dieu au bout. J'éprouve de nombreux regrets et peu de sujets de satisfaction me reviennent en mémoire, mais peut-être que l'instant n'est pas propice. Ne suis-je pas censé revoir toute ma vie défiler devant mes yeux ?
Assez étrangement, je me souviens d'une après-midi de vacances avec mes parents. Je suis encore un bébé et ma mère me baigne dans un grand bac orange. Nous sommes sur une vaste terrasse enluminée par un soleil très blanc, très chaud. Un peu plus loin, légèrement à l'arrière-plan, mais néanmoins parmi nous, mon père lit un livre à la couverture saumon. A ce moment là, bien des choses devaient être encore possibles, bien des choses qui ne sont pas arrivées.
Ce qui est arrivé, c'est cela : la mère de mon fils m'a arraché le coeur dans une cuisine à la lumière incertaine, accompagnée de personnes dont la plupart sont mortes depuis longtemps et dont deux au minimum n'existent que sous un angle bien particulier. Voilà ce qui est arrivé. Juste après ça, je vais mourir.
On peut donc raisonnablement dire que le bilan de cette vie trop tard avortée n'est pas vraiment positif. Je me demande si mon âme va flotter autour de mon cadavre pendant quelques jours, histoire que je puisse compter les présents (ce sera plus court que l'inverse) à mon enterrement. Je me console en imaginant que je vais peut-être retrouver Alexandra et notre enfant inconnu, mais enfin, comme le soulignait Pénélope, plutôt à juste titre d'ailleurs, il y a peu de chance, vu l'état de mon impiété.
Au moment où mes yeux cessent de fonctionner, je ne perçois plus que des sons déformés, allongés, comme s'ils devaient parcourir un chemin énorme jusqu'à prendre forme dans mon cerveau, je réalise soudain que je ne verrai pas mon fils grandir, que je ne me promènerai plus dans la forêt avec lui, que je ne lui montrerai plus rien, et qu'en définitive, vu son jeune âge, il m'oubliera sans doute et que ma réalité passée dépendra désormais entièrement des paroles de sa mère. Moins qu'à un fil, quoii. D'une manière ou d'une autre, cette pensée me donne l'énergie suffisante pour respirer encore une fois et ressentir assez de douleur pour demeurer conscient.

Pénélope recule de trois pas et lève son trophée encore palpitant au-dessus de sa tête, laissant ce qu'il contient encore de sang couler sur ses cheveux, la recouvrant bientôt entièrement, comme lors d'un mystère antique et cruel.
Michel et Louis-Ferdinand la regardent, fascinés, sans doute peu excités aussi.
Le grand guerrier est penché vers le vieil homme et lui murmure à l'oreille. Il doit être en train de lui décrire la scène. Ce faisant, il garde un oeil sur nous, méfiant, prêt à protéger celui qu'il a accompagné jusqu'ici.
Hank arrive soudain en courant et devant la vision un peu particulière qui s'offre à lui, il ne parvient pas à produire une suite de paroles articulées. Restant un instant figé sur le seuil de la cuisine, il plonge alors les mains dans ma poitrine, essayant sans doute de m'aider, de réduire le flot de sang dont je serai bientôt totalement vide.
Le sol de la cuisine en est couvert, formant une sorte d'immense miroir rouge sombre rectangulaire à la surface duquel nos images inversées, fébriles, se reflètent, perturbées par de petits objets flottants sur ce lac de mauvaise augure: un bouchon de liège, une pâte froide, une petite voiture noire à la dérive, une mercury sans roue arrière droite depuis bien longtemps.

Rester con, c'est laisser traîner des objets peu appropriés dans une cuisine mal rangée et y mourir entre les mains d'un écrivain américain qui a garé sa porsche en double file.

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con
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Mercredi 24 septembre 2008 3 24 /09 /Sep /2008 06:00


Structures inscrites dans un cadre
acrylique sur toile (n. 45), 60 x 80
juillet 2008




Par Solal Aronowicz - Publié dans : toiles - Communauté : Utopia
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Mardi 23 septembre 2008 2 23 /09 /Sep /2008 06:00
Un des petits plaisirs du matin, c'est de découvrir les statistiques de son blog. Parmi ces statistiques, il a des indications sur la provenance des visiteurs et ,entre autres, sur les mots clés qu'ils ont tapés sur google et qui les ont menés au site (bon, soyons honnêtes, toutes les occurrences ne sont pas en première page) :

Voici un petit florilège :

- repas anniversaire facile

- texte anniversaire petit garçon

- les bienfaits du café

- la recherche de la lumière

- cherche blog avec image scintillante d'une femme avec un téléphone

- l'after shave

- saillies viriles

- description d'un endroit sombre

- image de couloir sombre

- angoisse de la forêt

- à genoux sous la table

- femmes nues (sites pour mobiles)

- over blog femmes nues dans la boue

- femme qui pisse abondamment

Voilà.

Je sais que les textes de ce blog ne volent pas toujours très haut, mais j'avoue tout de même une certaine perplexité.



Par Solal Aronowicz - Publié dans : aphorismes
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Dimanche 21 septembre 2008 7 21 /09 /Sep /2008 18:44


zone étrange 5

La lisière de cette zone étrange est plus vague que celle de la précédente, sans être troublée pour autant. En effet, selon un cartographe pélerin particulièrement expérimenté, elle peut se voir parcourue d'une lente ondulation qui donne à son bord une forme de rivage. Un rythme organique, comme une immense pulsation, dessine un mouvement calme et reposant le long de cette ligne qui retient une surface orangée si paisible en apparence. Pour être parfaitement honnête, personne ne sait vraiment ce qui se passe de l'autre côté.


Par Solal Aronowicz - Publié dans : zones étranges - Communauté : Utopia
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Dimanche 21 septembre 2008 7 21 /09 /Sep /2008 10:38


Visage avalé par la Lumière




Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : Utopia
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