Dimanche 21 septembre 2008 7 21 /09 /Sep /2008 10:31


Un vrai con ne nettoie pas ses souliers, mais les laisse sur le palier, sorte de défi ostentatoire et stupide lancé à ceux qui passent devant sa porte.




Par Solal Aronowicz - Publié dans : un capharnaüm bien étrange - Communauté : Utopia
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Samedi 20 septembre 2008 6 20 /09 /Sep /2008 07:00


Jusque dans le ciel, j'ai réussi à trouver la trace de ma lisière et de ces droites verticales, des guerriers semblerait-il, qui me hantent.



Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : Utopia
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Samedi 20 septembre 2008 6 20 /09 /Sep /2008 06:00


Par une Nuit Sombre
Trois prêtres coiffés de Tiares
se Tiennent
Sur le Parvis du Temple
alors que le Dieu
veille
dans le Saint des Saints

acrylique sur toile (n. 22), 60 x80
octobre 2007



Par Solal Aronowicz - Publié dans : toiles - Communauté : Utopia
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Vendredi 19 septembre 2008 5 19 /09 /Sep /2008 06:00

Je brise soudain un verre avec une violence inouïe. Je sentais cette pulsion grimper en moi depuis quelques jours déjà, comme un monstre bizarre qui gratte à la porte. Des images extrêmement fugaces d'objets du quotidien fracassés dans un geste d'une totale brusquerie, mon ordinateur éventré, le miroir pulvérisé, mon cobra en bouteille pulvérisé, mon visage lacéré par tous ces éclats raclaient sous mon crâne à certains instants bien particuliers. Quelque chose d'incontrôlable montait, menaçant... Cela s'est résolu d'une manière un peu ridicule à dire vrai, théâtrale, mais néanmoins inquiétante. 

Je regarde le vin couler sur le mur blanc. C'est dommage, un Comtesse de Lalande. Je savais pourtant que quelque chose allait m'échapper, que je déborderais. A peine servi, j'ai  à nouveau senti cette étincelle noirâtre pétiller en moi, près de la surface. Je me suis dépêché d'aller au salon, tenant le verre loin de moi et sitôt arrivé, je l'ai posé sur le parquet, j'ai rapidement reculé pour qu'il ne soit plus à ma portée, mais dans le même mouvement, alors que je nous mettais, moi et le verre en sécurité, je me suis échappé et je l'ai giflé du plat de la main pour l'envoyer s'écraser contre le mur dans une trajectoire rectiligne, violente et définitive. Etant d'assez petite qualité, il a explosé avec un bruit terne et sans intérêt.

Incapable de me faire face, je me recroqueville dans un coin pour étouffer ce qui guette en moi. Je comprends plus ou moins ce qui s'est produit, je suis même parvenu à l'anticiper, à savoir que ça va arriver, mais je ne le contrôle pas. Je commence à avoir un peu peur de ces mouvements qui m'échappent et de ce que je pourrais me faire lorsque ça déborde. Pendant de longues minutes, je m'efforce de contrôler mon souffle et de reprendre mon calme. Par bribes, j'entends qu'une sorte de dispute s'est élevée à la cuisine, entre Hank et Michel, d'après les voix. Je pensais pourtant qu'ils tomberaient d'accord sur certains auteurs américains, comme Bukowski ou Fante. Ou contre Nothomb, oui, ça aurait été bien, contre Nothomb.

Smoking revient, me jette un regard circonspect, renonce aussitôt à me consacrer la moindre attention et lance un nouveau dvd, la mémoire dans la peau. Très vite, il semble absorbé au point de repasser des scènes au ralenti. Il appuie sur la télécommande avec des gestes raides et mécaniques, tout en marmonnant,  le regard noir, les paroles d'une chanson de Souchon :

Quand je s'rai KO / Descendu des plateaux d'phono / Poussé en bas / Par des plus beaux, des plus forts que moi...

Hank, malgré une ivresse assez homérique, arrive en titubant et essaie de nettoyer les taches  de vin avec son t-shirt roulé en boule.
- Te mets pas dans des états comme ça, mec, bois un autre verre, fume un truc, mais calme toi. Te fais pas du mal. Tu sais, si tu baisais plus souvent, aussi, tu serais moins tendu. D'ailleurs, j'ai peut-être un plan pour tout à l'heure, vu qu'avec ta Pénélope, ça a l'air mal parti, ce qui est bien dommage, si tu veux mon avis.

Son t-shirt laisse de longues traînées violettes sur la tapisserie du mur qui n'est pas blanc, j'ai  un peu menti plus haut, mais franchement jaunâtre, voire brunâtre lorsqu'on examine certaines zones délicates de plus près. Il y a même quelques lézardes dans les coins.

Grimaçant une sorte de sourire, je me parviens enfin à me relever, mais je garde encore longtemps les mains à plat sur mon visage pour me réunir, puis je commence à recueillir les morceaux de verre avec précaution. Certains éclats sont vraiment minuscules et je dois me mettre à plat ventre pour les voir et les ramasser du bout des doigts. Je les pose un à un dans un cendrier que je vide peu à peu par la fenêtre. Alexandre vient souvent jouer au salon avec ses petites voitures, essentiellement une mustang shelby et une porsche 911, et son robot qui semble acquérir de plus en plus d'autonomie. Mercredi, on va y gonfler un château pour son anniversaire. S'il s'effondrait sur les enfants, je pense que je passerais un moment d'explications tendues avec plusieurs mamans, malgré le gewürztraminer et les petits pains ronds aux pousses de luzernes et au fromage blanc préparés spécialement à leur intention dans la cuisine.
Louis-Ferdinand, je ne l'ai absolument pas entendu venir, me saisit soudain par le coude et me secoue le bras, l'oeil mauvais. Il me postillonne d'épais restes de pesto sicilien au visage, sa face collée à la mienne, son souffle fétide formant de la buée sur mon oeil.
- C'est l'heure des cadeaux, Aronowicz. La Pénélope a quelque chose pour toi, viens à la cuisine, on va t'aider à déballer, connard.

Rester con, donc, c'est sans doute en arriver à jeter des verres contre le mur tout seul au salon et finir par accepter d'ouvrir des cadeaux offerts par des  invités dont l'affection sincère est loin d'être incontestable. Je suis néanmoins contraint d'obéir à cette poigne de vieil antisémite. Après tout, c'est un hôte, qui vient de loin et puis je ne suis pas vraiment en état de résister. Je me laisse donc traîner à la cuisine alors que Hank termine de nettoyer le mur. Je l'aperçois encore jeter son t-shirt par la fenêtre, s'effondrer aux côtés de notre cinéphile à la stricte tenue qui ne réagit pas à sa présence qu'à mon départ, et s'allumer une clope avec des gestes vagues.

Dans le couloir, nous croisons le peintre qui s'en va définitivement. Il me regarde d'un air à la fois attendri et désolé.

- Je te souhaite bien du courage pour ce qui t'attend Solal. Tiens, voilà quelque chose qui pourrait t'aider lorsque tu auras reçu ton cadeau. Je l'ai élaborée moi-même après pas mal d'années de travail et de patience.

Il me tend un petit pot de verre contenant trois ou quatre décilitres de peinture rouge et part sans se retourner. Alors que la porte de l'appartement va claquer, je l'entends encore échanger quelques mots avec des gens sur le palier. Ce sont peut-être les derniers invités, mais ils ont été très difficiles à contacter. Je ne sais même pas s'ils ont reçu mon bristol ou s'ils l'ont compris. J'y ai sans doute laissé de nombreuses fautes de grammaire, l'école est lointaine, tout ceci n'est plus qu'un souvenir tellement incertain que j'ai parfois l'impression que c'est celui de quelqu'un d'autre.

Ceci dit, il est visiblement trop tard pour regretter quoi que ce soit : Michel et Pénélope m'attendent à la cuisine, la table est débarrassée (la vaisselle n'est pas faite), Louis-Ferdinand, d'une bourrade de kapo confirmé entre les omoplates me pousse brutalement en avant tandis que Michel me saisit par le cou, me retourne et m'allonge fermement sur le dos, contre la table. Pénélope arrache ma chemise et sort une hache au tranchant assez impressionnant du frigo.

Un silence lourd nous rejoint à la cuisine d'un pas lent et s'installe sur la banquette de la fenêtre, un manuel de boucherie ouvert à la page 114 sur ses genoux épais. Pénélope pose le plat de la lame sur ma joue, près de mon dernier oeil. J'aime à penser que mon visage est resté de marbre à cette occasion, mais l'expression de la mère de mon fils, lorsqu'elle pose son pied sur ma poitrine nue et plante lentement le bout de son talon-aiguille juste sous mon sternum, son expression, à ce moment précis, n'a rien de rassurant, au contraire, une harpie prendrait des notes.

- Tu as peur pour l'oeil qui te reste, Solal ? Eh bien laisse moi te tranquilliser tout de suite... ton oeil, tu l'emporteras sans doute dans la tombe. Le prélèvement que je m'apprête à effectuer sera le dernier emprunt fait à ton corps pourrissant. Tu verras que je manie l'acier aussi bien qu'une pute, et c'est gratuit. En connaisseur, tant des putes que de l'ironie, tu apprécieras. De toute façon, si tu devais payer pour tout ce que tu m'as baisée... Bref, si tu avais la moindre once de croyance ou de foi en toi, je te dirais de faire tes prières, mais comme tu n'as rien en quoi espérer, je te propose de continuer à te taire et de te contenter de respirer avec difficulté comme tu le fais en ce moment.

Elle lève la hache au-dessus de sa tête, sa fine silhouette découpée avec une précision cinématographique par la lumière orangée de la cuisine. Elle me dévisage, frénétique, trahie, amoureuse encore sans doute. Michel et Louis-Ferdinand ricanent sourdement, me bloquant les poignets et le front avec une incroyable brusquerie. Kal-El ne bouge pas. J'entends Hank ronfler avec une étonnante régularité, Smoking doit sans doute manipuler le chargeur de son Walter PPK compulsivement, des claquements secs et rapides me parviennent. Quant à moi, je ne songe plus à me débattre, je n'en ai ni la force, ni l'envie. Qu'elle plante sa hache où elle veut et qu'on en parle plus. Cet anniversaire est définitivement raté. Je me console un peu en me disant que je vois un peu de sa chatte, étant donné la position un peu particulière dans laquelle elle se tient.

Il est vraiment très tard, à point tel que certains d'entre nous se demandent sûrement depuis combien de nuits dure cette nuit, en tout cas, moi je me le demande, lorsque qu'un personnage en armes fait son entrée dans la cuisine qui devient franchement bondée. Les derniers invités ont donc fini par nous rejoindre et à dire vrai, je ne sais pas si je dois m'en réjouir. D'une stature colossale, l'homme  semble animé d'une force et d'une détermination qui ne sont pas de notre monde. Il pose un grand bouclier rond décoré de motifs nombreux, entre autres par la représentation de deux cités, l'une en guerre, l'autre en fête, contre le frigo et, sans lâcher sa javeline, installe un vieillard aveugle sur la dernière chaise libre avec une grande tendresse. Il lui parle très doucement, avec des formules respectueuses et désuètes, mais empreintes d'un sentiment filial touchant. Le vieil homme hoche sommairement la tête à trois ou quatre reprises et esquisse un léger sourire. Nous considérant d'un oeil peu amène, le guerrier me demande si je n'ai pas une bonne bouteille de tsipouro ou, à la rigueur, d'ouzo, juste avec un glaçon, sans eau. Leur voyage a été long, ils veulent se rafraîchir un peu avant que nous commencions.

Il est clair que leur entrée a refroidi certaines ardeurs, Michel et Louis-Ferdinand font moins les malins, je ne sais pas par lequel des deux ils sont le plus impressionnés, mais quoiqu'il en soit, leur étreinte se relâche et un certaine anxiété agite leurs doigts. J'aperçois même Michel présenter son dos au vieil homme, tendant le tissu de sa chemise  auchan pour lui demander timidement d'y inscrire un autographe. La détermination de Pénélope, au contraire, n'a pas fléchit. Avec une rage et une énergie surprenante pour une femme de 48 kilos (suis-je haïssable à ce point là ?) elle me plante sa hache dans le sternum qui éclate sèchement sous le choc, ouvrant ma cage thoracique comme les ailes d'un papillon, mettant mes poumons et mon coeur à nu sous le regard appréciateur d'Achille, le fils de Pélée, lui-même.

Rester con, c'est aussi sous-estimer la rancune éventuelle de la femme à laquelle on a fait un enfant et qu'on a pas épousée pour autant.


Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con
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Jeudi 18 septembre 2008 4 18 /09 /Sep /2008 06:00



trois prêtres aux portes du temple (le pays secret)
acrylique sur toile (n. 21), 60 x 80
octobre 2007



Par Solal Aronowicz - Publié dans : toiles - Communauté : Utopia
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Mercredi 17 septembre 2008 3 17 /09 /Sep /2008 06:00
Je voudrais vivre toute mon existence dans le catalogue GANT automne-hiver, de préférence avec cette fille qui se penche à la fenêtre avec le pull en cashmere v-neck gris foncé.

Par Solal Aronowicz - Publié dans : aphorismes
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Mardi 16 septembre 2008 2 16 /09 /Sep /2008 15:19
Je livre l'acte à l'état brut, sans aucune justification, réagiront ceux qui en éprouveront le besoin. Si ce n'est pas le cas, bien des choses sont mortes et Solal est décidément très fort.









Par Solal Aronowicz - Publié dans : un capharnaüm bien étrange
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Mardi 16 septembre 2008 2 16 /09 /Sep /2008 06:00


Trois Guerriers dépassés par les événements
acrylique et marqueur sur toile (n. 44), 60 x 80
mars-juillet 2008



Par Solal Aronowicz - Publié dans : toiles - Communauté : Utopia
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Dimanche 14 septembre 2008 7 14 /09 /Sep /2008 19:49


A la recherche de la Lumière



Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : Utopia
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Dimanche 14 septembre 2008 7 14 /09 /Sep /2008 15:36


petites Divinités dans leurs Alcôves secrètes



Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : Utopia
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Samedi 13 septembre 2008 6 13 /09 /Sep /2008 10:17


Zone étrange 4

Voilà une nouvelle zone étrange, le carthographe-pélerin qui l'a ramenée doit être un amateur de Rothko. Bon, il aurait dû la présenter dans sa hauteur pour vraiment établir un parallèle. Ceci dit, pour que les choses soient claires (je sais qu'elles ne le sont pas toujours), je ne voudrais pas qu'on pense que la zone étrange est négative. Elle peut être dangereuse, certes, mortelle même, mais elle est avant tout simplement étrange, voilà tout.


Par Solal Aronowicz - Publié dans : zones étranges - Communauté : Utopia
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Samedi 13 septembre 2008 6 13 /09 /Sep /2008 10:15
Je me lève pour aller ouvrir la porte laissant derrière moi Louis-Ferdinand et Michel attaquer la bresaola et le parmesan sans autre, une bouteille de Château Haut-Brion la Mission déjà ouverte, bien entamée. Je me demande comment ils font pour systématiquement mettre la main sur ce qu'il a de meilleur chez moi, alors qu'il me faut des heures pour trouver tout simplement de quoi manger.

En traversant le couloir de mon appartement, je constate que le peintre est arrivé depuis un moment et s'est mis au travail tout de suite. Il a installé tout son matériel dans le petit bureau et a dégagé un pan de mur entier, mes livres sont dans la salle de bains, les statuettes votives dans le lavabo, pour tracer le croquis d'une grande fresque
avec un crayon gras. Dès qu'il me voit, il me prend dans ses bras et m'étreint avec force, longuement.
- Alors, Solal, j'ai entendu que ça n'allait pas trop bien ces derniers temps ?
- Non, ce n'est pas la meilleure période de ma vie. Matériellement, je ne peux pas me plaindre, mais je me sens perdu, égaré, il y a des décisions importantes à prendre et je ne les prends pas. Je n'avance plus, mon travail m'emmerde et par rapport à mon fils, je suis constamment dans le regret, dans la culpabilité, tiraillé entre ce que je crois devoir faire et ce que je pense avoir envie de faire. Et mon corps ! Mon corps tombe en morceaux : un oeil crevé, une jambe dans un état bizarre, un rein subtilisé il y a peu et je n'ose plus toucher à ma bite tellement elle ne semble plus m'appartenir.
- Ecoute, je voudrais pouvoir te rassurer, mais tu es sans doute mal parti. Tu es trop dans l'intellectuel, dans le rapport de toi à toi. Tu devrais plus te laisser surprendre., laisser de l'espace pour du créatif. Tu as construit trop de petites cloisons dans ta vie et tu vas en payer le prix. Pour tes blessures, le début de ton démembrement en fait, tu en as rêvé, je crois, tu devrais prendre ça avec plus de recul, parce que, autant que tu le saches tout de suite, tu ne peux rien faire. Alors, profite des choses plus simplement, c'est tout. Ne te tourmente pas, tu vas assez souffrir comme ça, fais-moi confiance. N'oublie pas que mes fils se sont suicidés, tous les deux.  Ils étaient tellement dans leurs têtes. A quoi ça mène ? Réduits en charpie par des trains... Bon, c'est vrai que je suis mort depuis longtemps maintenant... ça aide peut-être à relativiser, je ne sais pas.
- J'ai toujours une pensée pour toi quelque part, pas au premier plan, mais tu es là. Je sais que c'est un peu ridicule, mais sur mon blog, j'ai mis un lien vers ton site, il est très bien.
Il me tapote la joue avec un sourire attendri.
- Tu es gentil, Solal, tu es gentil. Ce cancer a été si brutal... je n'avais vraiment pas terminé, je crois même que je commençais à peine, je tenais quelque chose, après toutes ces années à peindre. Bref, ne parlons plus, je te fais cette fresque.

Il se remet au travail. Sa concentration, la sobriété de ses gestes, son sens de la composition sont exemplaires. C'est sans doute celui que je regarde, qu'il soit personne, personnage ou autre, avec le plus de respect et d'admiration. Les autres sont là pour d'autres raisons, sans doute pas toutes bonnes, certaines franchement mauvaises.
Pénélope observe ses gestes avec une certaine langueur tout en tenant son verre de rhum près de ses seins. Elles a croisé les jambes sous ses fesses et semble entièrement absorbée dans les mouvements lents et précis du peintre. C'est pourquoi la dureté de ses paroles me prend complètement au dépourvu :

- Au lieu d'errer sans rien foutre, tu devrais t'occuper un peu de ton fils, connard, et lui préparer quelque chose à manger. Ce que tu as prévu pour tes invités ne va pas lui plaire. Si tu sortais un peu de jambon pour accompagner ses pâtes... Et pas de pesto, hein, c'est trop fort pour lui.
- Oui, bon, on a sonné là, je vais juste ouvrir, si ça ne te fait rien.
- Dépêche-toi, moi, je suis occupée, pour une fois que je vois quelqu'un qui a visiblement quelque chose de crucial à exprimer.
Elle me dit tout ça sans me regarder, fascinée par les traits qui se déploient contre le mur.

Inutile de lutter, cette soirée est censée être une sorte de fête. J'ouvre donc la porte sur un homme de grande taille, vêtu d'un smoking à la coupe impeccable, sans doute un brioni et chaussé de John Lobb plutôt élancées pour un modèle anglais. Après m'avoir salué avec une distinction empreinte d'une certaine brutalité, il entre, dépose une paire de ski et un parachute dans un angle et repère assez rapidement Pénélope. Il tente de l'arracher à la contemplation du peintre, mais sans succès.
Désoeuvré, il rajuste son noeud papillon et trouve son chemin jusqu'à la cuisine et fait au mieux pour se servir ce que l'on sait, je n'ai pas de martini. Assez étrangement, contrairement à ses habitudes, il n'esquisse aucune tentative de socialisation, pas même une plaisanterie douteuse, il faut dire que Louis-Ferdinand et Michel sont tout entiers à l'entrecôte de cerf et  échangent leurs points de vue sur l'Islam en toute harmonie. Ils semblent passer une excellente soirée, ils ont débouché une deuxième bouteille.
Un peu déstabilisé, Smoking revient au salon, me glisse comme une confidence qu'il a bien connu Genève et qu'il est désolé d'être arrivé si tard, mais qu'il tenait à passer par le quai Gusatve-Ador où il avait vécu un an pendant ses études. Soudain, comme un noyé s'emparant d'une bouée de sauvetage en pleine mer, il s'empare du coffret des OSS 117 et lance aussitôt Atout coeur à Tokyo avec un sourire ravi.
- C'est mon préféré. Quel con ce Bonnisseur de la Bath !
- Allez-y ! Au fait, c'est gentil d'être passé, je ne pensais pas que vous auriez le temps.
- No problem, ces temps-ci, c'est assez calme. Je voulais de toute façon faire un saut dans le canton de Vaud, j'ai encore une cousine Delacroix. Nous irons peut-être à Chamonix la semaine prochaine.
Il s'allume une Morland à l'odeur si caractéristique et sombre dans le film en émettant des ricanements gutturaux et sporadiques.

Hank Moody arrive très tard, complètement fait à différents types de substances. Il tape directement dans les clopes de Michel qui en est à son onzième thé. Lui et Louis-Ferdinand ont terminé de manger depuis un moment déjà
. Il doit les bousculer un peu pour atteindre le frigo et y glisser le gâteau qu'il a préparé. Comme épuisé par ce dernier effort, il s'écroule lentement sur mon tapis rose en braillant pour qu'on lui donne un ordinateur. Il doit avoir du retard pour son blog.
Je le regarde un moment osciller sur le dos comme un gros cafard, coincé entre la table et le frigo, coincé entre bien d'autres choses sans doute aussi et je lui pose mon pc portable sur le ventre. Il gargouille des remerciements peu clairs, s'allume une nouvelle clope et se met à tapoter sans changer de position, visiblement inspiré.
Je continue à l'observer un peu, tâchant de cerner à quel point je veux mener sa vie, puis je me sers quelques pâtes et j'essaie de m'intéresser à la conversation sur l'Islam, mais je n'y parviens pas.

Alexandre dort dans ma chambre, calfeutré dans un duvet trop chaud pour la saison. Il est comme moi, pour dormir, il faut que rien ne dépasse. Il a posé une de ses petites voitures rouges à côté de lui. Par crainte de le réveiller, je ne le touche pas et, après avoir fermé doucement la porte, je remets le jambon dans le frigo et je finis ses pâtes.

Pénélope est à la salle de bains et assez étrangement un bruit persistant de métal se fait entendre. Je laisse sa tranche de gâteau sur le banc du couloir et je reviens au salon.

Atout coeur à Tokyo pour OSS 117 est déjà terminé, le temps a passé plus vite que je ne le pensais, une bonne partie de cette soirée m'a sans doute échappé. Smoking est à la fenêtre,
un pied calé sur le radiateur, son walter PPK à la main, en position pour viser.
- Qu'est ce que vous faites ?
- Jette un oeil dehors, tu verras.
Sur la place en bas de chez moi, il y a plusieurs corps allongés dans de belles flaques de sang, toutes différentes les unes de autres. Généralement, les drogués du quartier traînent sur les bancs toute la nuit, plus ou moins endormis. Il en abat un dernier qui tentait de s'enfuir mollement en direction de l'église. Atteint par une balle en pleine tête, un très joli tir, net et précis, il tombe assez théâtralement dans le bassin qui clôt la place et se met à flotter à la dérive, se heurtant lentement aux bords de pierre blanche.
Son sang forme de grosses volutes changeantes qui semblent perturber la pieuvre noire et jaune brutalement tirée de son sommeil mauvais. Normalement unique locataire des lieux, elle avance vers lui avec l'horrible ondulation qui caractérise les créatures de son espèce et commence à lui sucer le cerveau, du moins ce qu'il en reste. Assez étrangement, il n'était pas tout à fait mort et le spectacle de ses jambes et de ses bras agités de spasmes frénétiques est plutôt curieux. Des gens, sans doute ivres, s'arrêtent et regardent, visiblement interloqués.
Il doit déguster, ce connard, mais après tout, personne ne lui avait demandé de venir cuver son héroïne sous mes fenêtres.
Nous ricanons tous les deux face à la nuit noire jusqu'à que notre souffle s'épuise dans un râle peu audible.
- Pourquoi vous faites ça ?
- Bah, je n'ai pas grand chose d'autre à faire. Les cibles potentielles sont peu claires ces derniers temps. Et puis ces pauvres merdes ne comptent pas. Qui va les pleurer ? D'autres pauvres merdes ?
Il me laisse pour aller nettoyer son walter PKK.  Je me retrouve seul au salon.


 
Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con
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