Vendredi 12 septembre 2008 5 12 /09 /Sep /2008 06:00


la forêt de l'angoisse
acrylique sur toile (n. 41) 60 X 80
mars 2008



Par Solal Aronowicz - Publié dans : toiles - Communauté : Utopia
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Jeudi 11 septembre 2008 4 11 /09 /Sep /2008 15:46
Pour fêter mon premier mois de blog, j'ai décidé de faire une petite fête chez moi et j'ai invité quelques personnes, quelques personnages que je tenais à réunir pour l'occasion.
Samedi en fin de journée, une fois n'est pas coutume, et malgré mon rein fraîchement manquant, je m'installe à la cuisine pour préparer un repas.
Ce n'est pas un domaine dans lequel je suis très à l'aise, les petits plats, mais sur fond de Lalo Shiffrin et après quelques whisky, un nikka légèrement fumé, idéal en cette fin d'été, et quatre ponstan 500 (je sens encore bien cette foutue cicatrice), je me mets au travail avec la sérénité et l'impression de facilité illusoires qu'apporte un certain volume d'alcool dans le sang.

bresaola et parmesan de Toscane roulés avec un filet d'huile d'olive
gemelli au blé dur, sauce pesto à la sicilienne
entrecôte de cerf saignante et lamelles de fenouil braisées
fromages d'alpage et pain noir
blocs de chocolats noirs réduits en éclats au pic et arrosés par une verticale de whisky
cafés
alcools en bataille (principalement un rhum de 25 ans d'âge pour tenir tête à tous ces whisky)
cigares, forcément cubains après une telle bouffe

Voilà ce qui est prévu. Je dois reconnaître, en toute modestie, que je ne suis pas mécontent de ce petit programme.
Satisfait, sans doute déjà légèrement ivre, je me laisse aller contre le dossier de ma chaise, alors que Bullitt dérape pour la énième fois le long de mon couloir.
Fixées au mur qui me fait face, trois femmes nues prennent pour moi des poses provocantes et immobiles.
Je suis bien.
J'allume un petit siglo 1 de cohiba, histoire d'attendre dans le confort chaleureux qu'offre un cigare lorsqu'on a le temps de le fumer comme il le mérite, c'est-à-dire calmement, sans hâte, pour pouvoir suivre chaque pas de son évolution et l'observer se volatiliser tranquillement dans l'espace, formant une nappe crémeuse, grise ou bleutée.

Je pense que pour fumer comme il se doit, deux règles de base s'imposent avant toutes les autres.
Premièrement, ne pas être pressé, ce serait vraiment dommage pour le cigare qui mérite, à mon sens, un véritable moment de recueillement. C'est toujours un peu une transhumance intérieure, une bonne vitole.
Deuxièmement, mais je sais que ce point peut être matière à controverse, parfois acharnée (un peu à l'image de la question du un bouton ou deux boutons à la veste), je pense qu'il faut fumer en espace clos.
En effet, tout perturbation potentielle doit être évitée comme la peste. Du vent, même subtil, un souffle, même léger, peuvent dévier le cours du fumage et altérer le plaisir que l'on éprouve, que j'éprouve en tout cas, à jouer avec les volutes en les laissant émerger lentement de ma bouche et flotter un moment à la hauteur de mon visage. Et puis je ne supporte pas quand un cigare ne se consume pas de manière uniforme.
Maintenant, bien sûr, par temps calme, fumer sur le lac, calfeutré par la rade, reste un plaisir rare et recherché.
Il est donc clair que je réprouve avec la dernière fermeté ceux qui, avec une abjecte ostentation, fume d'un bon pas le long des rues marchandes de la ville. Je pense qu'un homme peut difficilement tomber plus bas, à part, cela va de soi, s'il boit une bière en canette dans le bus ou dans le train, les pieds sur la banquette. Ou alors on est clochard et on fait toutes ces choses avec une certaine élégance décalée qui donne à croire aux passants qu'on a vécu royalement, avant.
Bref, je fume suivant mes usages, le soir descend à peine, un excellent repas est prêt, tout s'annonçe extrêmement bien.

Louis-Ferdinand arrive le premier, l'air assez fermé, suivi de peu par Michel H. et Pénélope. Tout de suite, je sais que je n'ai pas à me poser cette question, que ça ne me concerne pas, qu'elle n'a aucun compte à me rendre, je me demande comment ça se fait qu'ils arrivent ensemble, ces deux là.
De ce que j'en sais, Pénélope ne s'intéresse pas vraiment aux types du genre de Michel, mais pour me rendre jaloux, tout simplement, voire pour me faire du mal, je le comprendrais... Bref, je suis dans le doute. Une pipe rapide dans l'ascenseur est toujours possible, quoique, c'est vraiment un peu court et puis ce n'est pas vraiment dans ses habitudes.
Le concernant lui, je ne suis pas dans le doute du tout, au contraire. S'il a pu lui glisser un doigt, voire deux doigts dans la chatte en montant, il ne s'en est pas privé, c'est tout à fait son genre. Pénélope est une très belle femme et elle dégage, ma foi, une énergie sexuelle assez brute à laquelle la plupart des hommes sont loins d'être insensibles.

Dans la mesure où, en plus, quelque soit le temps, elle sort systématiquement jambes nues, le haut de ses cuisses à peine barré par une sorte de morceau de tissu, absolument hors de prix en général, eh bien, dans cette mesure là, les hommes sont très attentifs à sa présence. Quelques étages en ascenseur avec elle augmentent les pulsations de trente à quarante battements minimum... Ceci dit, une fois qu'on a quitté ses formes pour monter vers son visage, elle a une façon bien à elle de geler sur place toute prétention d'ordre sexuel. Ses yeux verts ont quelque chose d'athénien, au sens mythologique du terme. Bref, Pénélope n'est pas une femme facile.

Ceci dit, elle est venue accompagnée de notre fils, Alexandre, et à mon avis, si Michel  (qui de toute façon ne peut pas supporter les enfants) a tenté une approche, il a dû se faire rembarrer encore plus sèchement qu'elle ne l'aurait fait dans des circonstances normales. En tout cas, il arrive d'assez méchante humeur et allume coup sur coup trois clopes  avec une certaine fébrilité, alors que son chien, un welsh corgi d'aspect plutôt dégueulasse, renifle avec une anxiété étonnante tous les coins de la cuisine, puis semble se décider soudain et pisse  abondamment contre mon frigo. Je n'ose pas lever le regard vers Kal-El qui me tombera  sans doute sur le crâne à la première occasion.
Pénélope se sert un verre de vin blanc, un La Tour-Blanche 2004, l'année de naissance d'Alexandre (je ne fais aucun commentaire, parce que je sais que je n'ai pas intérêt à en faire, si je veux que tout se passe bien) et va jouer au salon avec notre petit bout d'homme qui, avant de filer avec deux voitures rouges à la main, vient me donner un petit baiser d'oiseau.
- Je t'aime, papa, dit-il de son murmure habituel.
Ce petit garçon de bientôt quatre ans est tendre et magnifique. Il a de beaux yeux bruns.
Sa mère me dévisage avec un intense mépris avant de tourner des talons chaussés de sandales haut perchées et surmontées de chevilles fines au point de pouvoir en faire le tour en joignant le pouce et le petit doigt, je le sais d'expérience
, ça me remplit de nostalgie et de tendresse à chaque fois que j'y pense, tout en me laissant avec le slip bien rempli, ce qui n'est jamais désagréable, même avant de passer à table.
Je donne un baiser mouillé à mon fils sur le nez, puis un deuxième, plus fort, plus appuyé et je le regarde partir en l'accompagnant d'une tape sur le derrière.


Michel éructe un commentaire peu amène à l'égard des femmes et de leur nature en général, propos que Louis-Ferdinand souligne d'un rire sarcastique qui dure étonnamment longtemps, comme s'il n'avait pas besoin de respirer. Il produit un son de scie rouillée assez désagréable  à entendre et finit par hoqueter assez piteusement.
Je ne relève pas, je me contente de tirer une dernière bouffée sur mon siglo 1 alors que d'autres invités arrivent, tout en me demandant comment ce vieil antisémite visiblement toujours autant bourrelé de haine a pu accepter une invitation chez un Aronowicz.

Rester con, c'est peut-être dresser une liste d'invités improbables.


Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 10 septembre 2008 3 10 /09 /Sep /2008 07:05


Dieu et prêtres au Désert
acrylique sur toile (n. 25), 60 X 80
novembre 2007



Par Solal Aronowicz - Publié dans : toiles - Communauté : Utopia
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Mardi 9 septembre 2008 2 09 /09 /Sep /2008 06:00
Après m'être rincé le pied et avoir passé la serpillière devant mon gommier, le parquet a salement morflé, certaines lattes se gondolent comme des chenilles, il va falloir appeler la régie, je me résigne à accepter ce fameux café et à articuler quelques mots en allemand.

Une femme à la beauté fatiguée et au visage d'une immense tendresse se tient dans ma cuisine, juste au-dessous de mon autel sacré de puissance magnifique. J'esquisse mon salut rituel à Kal-El, nos regards se croisent et je sens sa lourde désapprobation sur la façon de plus en plus chaotique dont je mène ma vie. Pourtant, je sais qu'il ne me juge pas et qu'il m'aime malgré mes défauts (du moins je l'espère sincèrement, la dernière fois qu'il m'est tombé sur la tête alors que j'ouvrais le frigo un peu brusquement m'a fait très mal). Je m'effondre sans grâce sur une chaise et regarde mes doigts encore gourds de sommeil ramper vers une tasse que je ne me connaissais pas.

Alors que je bois à petites gorgées tranquilles un café fort bien fait, je laisse flotter mes yeux sur le corps de celle qui, il faut sans doute l'admettre même si je ne m'en souviens pas, a été ma compagne d'une nuit. Sa silhouette semble légèrement alourdie par l'âge, mais son allure générale dégage une telle douceur que je me surprends à sourire comme un enfant, béat, confiant devant cette inconnue simplement vêtue d'une grande serviette de bain rouge. Ses cheveux blonds cendrés s'arrondissent sur ses épaules brunies par le soleil de cette fin d'été, sa tête est légèrement inclinée et elle tient une de ses jambes croisée sous elle. Elle porte un fin bracelet de cheville en argent martelé.

Lorsqu'elle se lève pour me préparer un autre café, je remarque une série de longs filaments noirs qui descendent le long de sa cuisse droite et soudain, l'image de l'incroyable tatouage qu'elle arbore revient brutalement derrière mes yeux.
Je la tiens sous moi et alors que je jouis longuement, elle me dévisage d'un oeil à la fois déterminé et attendri alors que les formes effilées, fleurs, flux, tentacules encrées sur son corps semblent glisser à la surface de sa peau, se déplacer, onduler et ceindre mes reins avec force. Au moment où je reprends mon souffle, encore démuni par la secousse du plaisir, je ressens une douleur précise et violente dans mon dos. Je m'écroule sur elle, soudain terriblement mou. Je cherche à l'embrasser, mais je n'y parviens pas. Elle me tapote pourtant gentiment la nuque tandis que je m'approche enfin à pas sereins de cette zone étrange que le sommeil me refuse souvent.

Elle pose une autre tasse devant moi, m'embrasse le haut du cou, caresse d'un  doigt léger mon oeil absent,
- J'aime beaucoup cette orbite vide, elle te donne un côté terrible, c'est très séduisant (je renonce à l'allemand, même si je pense qu'il faut systématiquement abuser des plaisanteries jusqu'à qu'elle deviennent puantes, et je me permets donc de proposer cette traduction impromptue)
me dit assez vite merci pour tout ce que j'ai fait pour elle, m'assure qu'elle est vraiment désolée, qu'elle ne pouvait pas faire autrement, rajoute qu'il est temps pour elle de se préparer, elle doit bientôt retourner travailler et qu'en ce qui me concerne, je devrais modifier mon hygiène de vie au plus tôt et rapidement aller chez le médecin, sinon, je risque des problèmes tout-à-fait définitifs.

Une fois de plus, voilà beaucoup, beaucoup d'informations à la fois. Lorsque je veux pivoter vers elle pour lui demander quelques précisions, une douleur soudaine, très violente, me cisaille le bas du dos, comme si on me découpait avec un bistouri mal aiguisé. Sous le coup, je vomis mon café et pas mal de bile. Electrocuté, il ne me reste qu'à poser mon front sur la table, dans cette petite mare nauséabonde, écraser ma tête avec les mains et attendre que la souffrance cesse, qu'on pose le bistouri et qu'on me laisse enfin passer quelques jours sans tourment.

Elle revient, habillée plutôt légèrement pour le pauvre soleil qui tombe sur les rues encore vides, son tatouage émerge en haut de ses épaules, le long d'une jambe, pointe à la taille. Elle ouvre le congélateur et, de manière sans doute agrammaticale, je lui demande ce qu'elle m'a fait. Elle me répond quelque chose qui resssemble à ce qui suit :
- Tu ne te souviens vraiment de rien mon pauvre chéri ? Ecoute, je suis sincèrement désolée, je ne fais pas ça pour le plaisir, il faut bien que je gagne ma vie. Tu sais, j'ai un fils et son père ne s'en occupe pas, mais pas du tout. Il est écrivain, tu vois, et il dit qu'il n'a pas le temps et pas d'argent pour nous. Et puis, je travaille pour des gens qui ne plaisantent pas, tu le sais sans doute. Alors, je suis désolée, j'espère que ça ira pour toi. Il faut juste que tu ralentisses sur les alcools et les cigares, hein ?

Elle pose devant moi, au beau milieu de la flaque de vomi, de ma flaque de vomi en fait, un conteneur de plastique blanc qu'elle ouvre avec précautions. Dedans, il y a un rein qui présente une jolie teinte rosée au milieu de petits glaçons tout ronds. Je me passe  aussitôt une main dans le dos, mais je sais déjà ce que mes doigts vont trouver : une longue cicatrice oblique, épaisse et boursouflée.
- Je suis désolé, elle va sans doute te laisser une sacrée balafre, les points sont un peu irréguliers, le fil n'est pas de la meilleure qualité, mais je te promets que j'ai fait de mon mieux compte tenu des circonstances. Après tout, la lumière n'est pas très bonne dans ta chambre et puis, et puis, ce n'est que la quatrième fois que j'effectue un prélèvement toute seule. Voilà, je vais te laisser. Repose toi bien, je t'ai laissé deux aspirines.

Après avoir refermé la boîte contenant mon rein, elle s'apprête à partir, puis se ravisant soudain, comme si un détail lui avait échappé :
- Au fait, excuse-moi, mais tu me dois encore trois cents francs pour cette nuit. Le prix à payer, il faut le payer, tu es d'accord, hein, Solal ?

Il me semble apercevoir une lueur ironique illuminer brièvement les yeux de Superman, là-haut, sur mon frigo bancal.

Rester con, c'est aussi se réveiller avec un seul rein le samedi matin.


Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 7 septembre 2008 7 07 /09 /Sep /2008 09:58



Zone étrange 3

Les limites sont mal définies et suivant les circonstances, un voyage trop prolongé dans cette région peut se révéler périlleux. Reste qu'une immersion totale est possible. Elle serait sans doute définitive.




Par Solal Aronowicz - Publié dans : zones étranges - Communauté : Utopia
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 7 septembre 2008 7 07 /09 /Sep /2008 09:36


le premier guerrier
acrylique sur toile (n. 29), 30 X 30
décembre 2007



Par Solal Aronowicz - Publié dans : toiles - Communauté : Utopia
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 6 septembre 2008 6 06 /09 /Sep /2008 10:51
Le réveil a été particulièrement difficile. Une fois levé, j'ai momentanément dû renoncer à trouver la porte de ma chambre et pisser d'urgence dans mon gommier qui prend désormais une telle place que je dois écarter plusieurs branches pour approcher du pot et pouvoir poser mon gland couvert d'étonnantes taches noirâtres dans la terre humide.

Egaré quelques instants par la puissance du bouillonnement produit par mon jet contre le tronc de ce que dois maintenant me résoudre à appeler un arbre, et non plus une plante d'appartement, je titube doucement, rêveur, puis, je m'arrache soudain à cette contemplation maniaque et narcissique pour réaliser que plusieurs sujets d'étonnement s'offrent à moi d'un seul coup, assez brutalement.

Par écrit, mais qui s'en plaindra, il est impossible de rendre conte (certains petits soucis d'ordre financier me rendent soudain disorthographique, mais bon, profitons en toute liberté du français et de ses chemins de traverse), il est impossible de rendre conte donc, à moins d'être illisible et de jouir d'un traitement de texte plus élaboré que le mien, il est impossible de rendre conte donc de l'apparition simultanée de thèmes de réflexion matinaux inopinés. Je ne m'attarderai pas sur le fait que j'aurais préféré garder la tête vide encore un bon moment et je mettrai enfin par écrit ce qui force mes neurones, ou du moins ce qu'il en reste, à établir des connexions.

La quantité d'alcool ingérée hier soir a été absolument colossale, je n'avais tout simplement jamais bu autant, même au Japon. Je pisse à présent depuis deux minutes trente minimum et la pression est toujours bonne.

La couleur de ma bite (les traces noires, ce n'est pas de la merde, ce qui étrangement, m'aurait pourtant rassuré).

Une voix féminine dit : "Hallo, gut geschlafen ? Willst du ein Kaffe?"

Toutes ces informations, ces considérations pratiques, le souci de devoir formuler une phrase en allemand, tout cela en même temps, après trois petites heures de sommeil, c'est vraiment beaucoup trop.
Un spasme incontrôlable secoue mon épaule droite et désaxe soudain tout mon corps. Découragé, je n'ai pas la force de ramener mon jet d'urine à l'intérieur du pot et je finis de pisser sur mon pied droit avec, je le souhaite sincèrement, une sorte d'élégance naturelle et décalée.


Rester con, c'est boire suffisamment pour avoir ce genre de surprise au petit matin.



Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 6 septembre 2008 6 06 /09 /Sep /2008 10:41


Dieu / X, une - la brèche
acrylique sur toile (n. 35), 70 X 100
février 2008



Par Solal Aronowicz - Publié dans : toiles - Communauté : Utopia
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 6 septembre 2008 6 06 /09 /Sep /2008 02:57


Autel sacré de puissance magnifique et, reconnaissons-le, païen

Bon, disons-le, je crois aux forces primaires, mais Dieu est trop conceptuel pour moi , il me faut du concret, par exemple une bédé de Matt Wagner (je mijote cette image depuis le début, mais bien sûr, elle jaillit au plus mauvais moment, je titube, il est terriblement tôt, pas le top, mais ma foi en lui et sa puissance presque sans limite demeure intacte. Ceci dit dit, je reviendrai sans doute sur les événements de cette nuit).

Autel brutal de force et de croyance contemporaine  et néanmoins personnelle


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : Utopia
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Vendredi 5 septembre 2008 5 05 /09 /Sep /2008 06:00


les Gardiens du Gouffre (le pays secret)
acrylique sur toile (n. 12), 30 X 30
octobre 2007



Par Solal Aronowicz - Publié dans : toiles - Communauté : Utopia
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 4 septembre 2008 4 04 /09 /Sep /2008 06:00
Alexandra était morte depuis plus de trois semaines maintenant et à cause de retards administratifs inexpliqués, on ne l'enterrait que ce soir dans un coin reculé et mal entretenu du cimetière.
Malgré tous les efforts de l'agence de pompes funèbres, une odeur sur laquelle on ne pouvait entretenir aucun doute montait de la fosse et léchait nos visages livides. Les nuques parfumées des femmes se pliaient sous cette caresse troublante. Les hommes redressaient imperceptiblement la tête comme pour s'élever au-dessus de cet effleurement délicat et nauséabond.
J'étais néanmoins convaincu que certains d'entre eux bandaient dans leurs pantalons noirs et trop serrés.
Pour ma part, je fermais les yeux et je respirais le plus lentement possible comme pour aspirer cette effluve morbide, mon dernier contact avec elle.

Il était tard, étonnament tard pour une telle cérémonie. Le ciel pleuvait des gouttes lourdes et froides, il ferait bientôt nuit. Une obscurité épaisse et poisseuse pesait sur nos épaules trempées par cette eau sale et par un chagrin, du moins en ce qui me concernait, impossible à exprimer.
Nous étions tous droits et raides dans nos costumes sombres qui formaient une carapace autour de notre peau toujours tendre dessous, peut-être, mais désormais insensible à toute caresse, à tout baiser. Peut-être qu'un petit nombre d'entre nous éprouvait une sorte de tristesse,  une certaine forme de regret, mais je devais être le seul à souffrir à un tel point.

J'avais été fou amoureux de ce cadavre qui descendait par saccades brusques dans ce trou  creusé à la hâte dans une terre réticente à accueillir un corps de plus. Le cercueil tapait contre les bords de glaise spongieuse et grise avec un bruit mou, assez désagréable à entendre.
J'avais été fou amoureux de cette femme et mon incapacité à verser la moindre larme m'étouffait. Pourtant pleurer m'aurait tout simplement fait du bien, ça peut sembler tellement con à écrire, mais des larmes m'auraient calmé et réconcilié avec cette immense partie de moi qui s'enfonçait dans le sol inhospitalier du cimetière sous cette pluie injuste et malvenue.
J'avais été fou amoureux d'Alexandra et de l'enfant qu'elle était sur le point de me donner. Ce petit bout d'homme ou de femme, je l'avais aimé tout de suite, sans arrière-pensée, sans amertume, mais je ne l'ai pas dit, ou pas assez clairement, sans doute.
Elle m'avait regardé d'un air confiant, le test était posé comme un tout petit navire blanc entre nous deux, mais je ne lui avais montré qu'un visage soucieux, traversé par des questions d'ordre pratique, un front lourd et barré, un regard étroit et distant.
L'avais-je seulement prise dans mes bras et félicitée?
Lui avais-je seulement dit merci ?
Lui avais-je seulement dit à quel point cette naissance à venir m'ouvrait le coeur et dilatait ma poitrine à l'image de celle d'un héros des temps passés ?
De nos jours, les héros sont en général plus fuyants que moi, mais je ne suis de toute façon pas un héros, je ne suis même plus sûr d'être un homme.
J'ai reculé de quelques pas et je me suis recroquevillé, sur la défensive.

Plus tard dans la soirée, je devais sans doute regarder le grand journal chez moi, elle s'est enfoncé le test de grossesse dans la bouche jusqu'à l'étouffement. Elle  est morte asphyxiée dans ses vomissures, à la salle de bains, sous le lavabo. Deux acteurs français parlaient de leur film sur un couple homosexuel qui veut adopter, comme d'habitude, le ton était était léger tout en restant accrocheur, le stress dû à la suffocation a  rapidement provoqué une fausse couche, bref c'est une émission que j'aime bien, le carrelage blanc était couvert de sang, de déjections, de pertes et en ce qui me concerne, je me suis couché vers 22h30.

J'étais donc le seul à savoir qu'on enterrait deux corps l'un dans l'autre.

Sa mère était effondrée de l'autre côté de la fosse. Depuis de longues minutes, elle hurlait un cri grave, sourd et continu sans reprendre sa respiration. Sa plainte semblait faire partie de la pluie qui tombait avec une sorte de rage définitive.
Son père était absolument figé, comme enfoncé dans le sol du cimetière, les pieds  plantés dans vingt centimètres d'eau brunâtre, immobile tel un arbre complètement sec, mort pour de bon. Son regard s'était peu à peu voilé. Il regardait quelque chose d'autre, ailleurs, comme derrière des vitres épaisses.
Malgré tout ému par ce spectacle, je pensais à la belle économie qu'ils avaient réalisée. Deux funérailles, de nos jours, ce n'est pas donné et puis, même pour les enfants morts sans être nés, on se sent obligé de prendre le service maximum, de convoquer, à grands renforts de faire-part en papier brioché, voire gaufré, la plus grande tristesse possible. En général, on est assez déçu.

Devant nous, un prêtre bâclait une série de gestes codifiés il y a longtemps.

Pour la plupart, nous ne comprenions pas bien le sens de ce qui se passait devant nos yeux fatigués.

Le cercueil ne cessait pas de descendre dans la terre qui se remplissait d'eau  sans arrêt. Arrivait le moment où il flotterait dans cette fosse, comme un gros bateau dans une mer  trop exiguë, et où il faudrait le saborder à coups de pelle mécanique.
La nuit était désormais si noire si dense si obsédante qu'il était impossible de distinguer les tombes qui nous entouraient.
Nous étions tous parfaitement seuls dans cet immense cimetière dont il serait à présent sans doute impossible de trouver la sortie.
Mon coeur se déchirait dans ma poitrine, mais je ne versais pas une larme sur ces cadavres dans leur étui de bois orné d'anses en étain de qualité assez moyenne.

Isolé, sec, au milieu de ces gens inconnus et figés, assommé par un accablement indicible, étouffé par une angoisse sourde, sous ce ciel écrasant comme une énorme dalle de granit,  il n'y avait plus rien à faire, plus rien à tenter, plus rien à espérer, j'entrais, avec le reste de ma vie sur le dos, dans une longue nuit qui me verrait ruisseler jusqu'à l'effacement dans ce cimetière en compagnie de morts sous mes pieds trempés.




Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 3 septembre 2008 3 03 /09 /Sep /2008 01:15


RaGnaroK
acrylique sur toile (n. 48,1), 60 X 80
juillet 2008



Par Solal Aronowicz - Publié dans : toiles - Communauté : Utopia
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

le profil d'un con

  • Solal Aronowicz
  • Le blog de Solal Aronowicz
  • Homme
  • Genève Berlin Venise Kyoto
  • photographe marié!!! père whisky fumeur
  • Je tiens le coup, j'aime, je résiste, une nouvelle vie, une croix (la seule que je tolère) sur l'ancienne, le départ, enfin, Tania, nous deux, et puis fumer, boire et écrire encore et encore, se battre toujours un peu quand même.

une vraie vie de con

réactions choquées

le temps, salaud inexorable

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

visions aléatoires

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés