Lundi 21 février 2011 1 21 /02 /Fév /2011 10:10

4DSCN1778.jpg

Nouveau lieu : nouvelles perspectives

Retour en ville !

Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : photo passion
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 17 février 2011 4 17 /02 /Fév /2011 08:00

Je me tournai vers le couloir qui débouchait sur la pièce dans laquelle je me tenais. Kal- El, le héros en rouge et bleu, notre protecteur, notre dieu vivant pour certains, de plus en plus nombreux d'ailleurs, immense, massif, puissant, énorme, remplissait quasiment tout mon champ de vision. Je dus prendre du recul pour le voir en entier. Il prenait tellement de place que la lumière du jour semblait se retirer, intimidée, devant lui. Il penchait la tête pour ne pas toucher le plafond de bois ancien. Son costume, troué et rapiécé en plusieurs endroits, était encore plus sombre que la dernière fois, presque noir, et son visage semblait lourd de fatigue, de tristesse et de résignation. Il fit deux pas hésitants dans ma direction, mais me tendit sa main de la taille d'une raquette de tennis dans un geste généreux. L'énergie qui émanait de sa poigne était à la fois sourde, inquiétante et sans limites.

 

- Félicitations pour ton mariage, Solal. Désolé de ne pas avoir été là, j'avais bien reçu l'invitation, mais une urgence en Asie du sud-est, volcan, tsunami, un peu comme d'habitude, des dizaines de milliers de morts, j'ai fait de mon mieux, enfin bref... tu vois. Euh, tous mes voeux de bonheur donc. Tania est contente ?

- Merci, mon vieux, merci... Oui, Tania est aux anges et moi aussi, la cérémonie était magnifique et la soirée s'est très bien passée, nous avons très très bien mangé, un gastro magnifique près de Genève, certains invités ont raconté d'étranges histoires et nous avons fait le point sur bien des choses, nous avons tenu de drôles de propos, quelques bagarres assez hautes en couleurs, mon père a cassé la gueule à une sorte de type, un certain Jean-Ber, je crois, je ne sais même pas qui l'a invité. J'ai même dansé, tiens, pour une fois. Bref, une soirée très réussie. On ne pouvait pas rêver mieux.

Je le regardai longuement bien en face, droit dans les yeux. Il semblait tellement vide et absent.

- Tu ne pourras pas porter éternellement le poids du monde, malgré toute ta force, tu le sais, non?

- Je sais, je sais, soupira-t-il en tirant nonchalamment une cigarette de son slip rouge, il reste du café ?

 

Il s'avança sur la véranda qui craqua dangereusement sous son poids, rota, s'assit avec difficultés, gratouilla le chat qui se prélassait au soleil et alluma sa Morland's special de son regard laser.

Il tira lentement une longue bouffée qu'il expira en volutes sinueuses et s'amusa à former de grands S gris qui s'évaporaient rapidement sous le soleil.

De mon côté, j'avais mis la main sur un joli petit humidor en cèdre laqué. Il contenait toute une série de cohiba siglo 1 sagement rangés les uns à côtés des autres. Après les avoir tâtés pour me faire une idée de leur degré d'humidification, j'en choisis un à la cape bien foncée, maduro, et je le fis rouler entre mes doigts. Il était à point et semblait n'attendre que moi. Je rejoignis Kal sur la véranda et je pris place à ses côtés. Son corps dégageait une chaleur si intense que je dus m'écarter un peu de lui pour ne pas me mettre à transpirer à son contact. Un coupe-cigare en acier au format d'une carte de crédit bondit soudain d'une des poches de mon costume. Je tranchai la vitole au milieu de sa convexité fianle, pour concentrer un peu les arômes, puis, après une brève hésitation, j'appliquai la tête de mon cigare sur l'épaule du super-héros qui déprimait à mes côtés. Il grésilla assez vite avec un entrain qui faisait plaisir à entendre. L'ambiance reprenait.

- Ben, faut pas te gêner mon gars, laissa tomber le héros d'un ton morne.

- Non, je ne vois pas de raison de me gêner. Et puis tu vois, même dépressif tu sais te rendre utile.

- Ouais, utile... fit-il en extirpant une autre cigarette de son slip rouge et en la glissant aux côtés de la première, utile, ouais.

C'est alors que, sans prévenir, tandis que cette douce matinée de retrouvailles se déroulait si bien, l'air sembla se tordre devant nous, une sorte de poche sombre et poisseuse s'ouvrit au-dessus du jardin méticuleusement ordonné, comme vomie depuis une autre dimension. Une odeur terriblement fétide, particulièrement immonde, en émergea et souffla d'un coup mon cigare qui commençait à peine à me calotter le palais.

Rester con, c'est ne pas être prêt quand l'ennemi, lui, l'est.

 

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : bons à rien mauvais en tout
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 14 février 2011 1 14 /02 /Fév /2011 10:07

2DSC_0190.jpg

Ile secrète, en fait plus ou moins, située au beau milieu de ce lac de montagne ensoleillé.

Un dolmen se dresse en son centre, cachangt l'entrée d'une très ancienne crypte.

Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : photo passion
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 10 février 2011 4 10 /02 /Fév /2011 08:00

Tania posa une tasse de café brûlant devant moi, glissa une main dubitative dans ma barbe d'ermite, tirailla quelques poils en les enroulant autour de ses longs doigts aux ongles mis en valeur par le superbe Rouge Noir de Chanel et me dit d'un air sérieux, me regardant bien en face :

- Bon, mon tout beau, tu viens de te réveiller, tu n'es pas encore tout à fait parmi nous, certes, mais reste vigilant, sois sur tes gardes, je t'en supplie. Il y a, il y a... comment dire, des perturbations qui s'annoncent, on ne va pas rester tranquille longtemps, ça pourrait mal tourner, tu vois où je veux en venir, mon beau chéri ?


Je bus une première gorgée de café en aspirant du bout des lèvres le breuvage noir avec prudence. Ce café était décidément très bon. Rien de tel pour reprendre conscience après plusieurs mois de sommeil. Ne manquait qu'un cigare, un short de Partagas par exemple. Tout à mes sensations, encore ailleurs, je répondis distraitement à ma femme.

- Qu'est ce que tu veux dire ? Pénélope, Agammemon ? Les deux ? Une autre menace planétaire?

- Ce n'est pas très clair pour moi, je sens les choses sans vraiment les distinguer avec précision mon beau chéri, mais je t'aime, et ça je le distingue très clairement, alors fais attention à toi, veux-tu et ne fais pas ton malin.

- Moi aussi ma toute belle je t'aime, mais franchement, avec toi, qu'est ce qui pourrait bien m'arriver ?

Elle posa sa main sur la mienne, nos alliances de platine se touchèrent dans un tintement mat, puis me sourit tendrement et glissa : "c'est bien vrai ça, je suis ta gardienne, je suis contente que tu en sois conscient." Elle disparut dans les profondeurs de la maison qui craquait sous la caresse du jour, comme si elle aussi elle se réveillait.


Je laissai mon regard errer sur le jardin qui s'étendait au-delà des panneaux coulissants, le soleil du matin y découpait des formes précises, la tasse de céramique noire chauffait mes paumes, le chat se léchait les pattes au bord de la véranda tout en me coulant d'étranges regards entendus, tout semblait à sa place, organisé, paisible. Je finis mon café, Tania revint, visiblement prête à sortir. Elle portait une magnifique robe en cachemire taupe qui moulait ses hanches rondes. 

- Nous n'aurons donc jamais la paix ?

- Non, je ne pense pas, répondit-elle, en tout cas, toi, de ton côté, tu devrais plus méditer, activer tes chakras et te préparer au combat.

- Mmmh, je me sens plutôt en forme, j'ai de bonnes sensations, mais je crois que je me sentirais plus en sécurité avec un autre tatouage, je ne sais pas, le bras gauche ou le dos, un phénix ou un paysage de montagne, qu'est ce que tu en penses ?

- Pourquoi pas, en tout cas, un phénix, c'est approprié, il me semble, me fit Tania avec son sourire malin. Carver est justement en ville, il vient d'ouvrir un studio avec Shige à Kyoto, tu devrais faire un saut. Bref, je vais devoir filer, c'est bientôt l'heure du culte au temple.

- TON culte...

- MON culte...


Je me levai et fis quelques pas dans la pièce. C'est alors que je vis une cape rouge sombre marquée d'un S poisseux qui traînait dans un coin derrière une pile de livres, roulée en boule, comme jetée avec rage. Je la pris, elle était très lourde, le tissu semblait sale et élimé. On aurait dit qu'il était chargé de poussière, d'une poussière plus lourde que la normale. Alors que je la pliais avec soin pour la poser dans le tokonoma, à côté du vase, je sentis soudain dans mon dos une présence gorgée d'une force très ancienne envahir la pièce, une présence d'une densité inhumaine, surhumaine.


Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Les chroniques de la meute
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 7 février 2011 1 07 /02 /Fév /2011 09:57

3DSC_0184.jpg

Tous les éléments sont en place pour la suite.

Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : photo passion
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 3 février 2011 4 03 /02 /Fév /2011 18:07

Il se tenait assis sur le bord de la longue véranda de bois qui donnait sur le jardin. Il semblait profondément absorbé par l'agencement des rochers, des buissons taillés, de la nappe de sable  méticuleusement ratissée et de la grappe d'étangs. Il tirait pensivement sur une de ses fameuses cigarettes à bandes dorées que Morland de Grovesnor street confectionne spécialement pour lui depuis bientôt septante ans, un mélange de tabac turc et arménien. Sans un mot, il me tendit son briquet en argent de chez S.-T. Dupont laqué rouge, très couleur locale, et il sortit une cigarette d'un étui en acier frappé qui portait la trace de plusieurs impacts de balle.


- Nous sommes donc au Japon, je présume, fis-je en me servant.

- Tu présumes correctement, mon cher, nous sommes donc au Japon, en effet. Kyoto, Higashiyama, au-dessus de Gion. Voilà le théâtre de tes nouvelles aventures. Alors, heureux ? grinça-t-il avec un rictus désabusé.

- Heureux, eh bien, tant de cynisme si tôt le matin. Laisse moi donc allumer cette cigarette en paix. Heureux, oui, bien sûr. Le Japon, c'est mon pays imaginaire, c'est ma terre de retraite intérieure, mon refuge fantasmé.

- Mmh... dans ce cas... tout est pour le mieux je suppose. Au fait, ta femme vient d'ouvrir un bar, une izakaya, qui commence à avoir un joli succès d'ailleurs, beaucoup de geisha de haut vol, pas mal d'espions, intéressant, ça tourne, ça joue, excellent saké aussi, belle sélection de whisky également, des locaux entre autres, ça devrait te plaire. On pourrait faire un saut ce soir.

- Ma femme, fis-je en toussant à cause de l'âcreté du tabac, ma femme a souvent bien plus de ressources que moi. Sans elle... Je préfère ne pas y penser.

- Elles sont fortes, hein ? J'essaie de réduire ma consommation, à mon âge, je dois commencer à me surveiller, en tout cas, c'est ce qu'on m'a dit, alors je suis descendu à 40 par jour, mais c'est dur, c'est dur. D'autant plus que Kal s'y est mis, alors tu vois...

- Ah bon, Big Blue, je le voyais plutôt taï-chi, yoga et petites graines, non ?

- Loin de là, il ne va pas bien, tu sais, une sorte de cancer, il commence à lâcher prise...  Il est suivi par les docteurs D et N, tu sais, les joueurs de tennis, enfin bref. Moi aussi d'ailleurs, je ne sais plus vraiment ce qui me fait encore tenir debout et aller de l'avant... Ce n'est plus très clair dans ma tête, j'ai maintenant plus ou moins 90 ans, il me semble en tout cas, ça dépend des sources, alors tu vois, je fatigue, je cale...


Nous fumâmes en silence quelques minutes, tirant de profondes bouffées sur nos cigarettes. Le soleil nous chauffait doucement le visage, Tania chantonnait dans la maison, et malgré ce que nous venions d'évoquer, une certaine quiétude nous enveloppait. Nous étions bien. Il jeta soudain son mégot dans un des étangs où une énorme carpe jaune et orange le goba aussitôt.

 

- Bref, fit-il en ouvrant son étui, bref, je ne suis pas encore mort. Parlons plutôt de toi, le jeune marié, tiens, ta femme ! Elle a non seulement lancé un bar, mais elle a aussi ouvert un temple, figure-toi, une sorte de croisement, de mélange, de rencontre, assez hasardeuse, si tu veux mon avis, enfin, moi et la religion, une fusion donc entre le bouddhisme et le judaïsme. En tout cas, ça ramène pas mal de yens.

- Comme je le disais, ma femme est pleine de ressources, voire de pouvoirs que je suis loin posséder. Il va falloir que j'y travaille. Bon, ce café ?

- On y va, on y va.


Il jeta sa cigarette à peine fumée d'une pichenaude distraite dans la nappe de sable qui nous faisait face. Un air de tristesse flottait sur son visage dur et calme, barré par cette fameuse cicatrice sur la joue droite. Derrière son regard lourd, je devinais la fantasque Teresa di Vicenzo, si brièvement son épouse. Mon mariage lui rappelait sans doute tout ce à coté de quoi il était passé. Trop d'aventures, trop de désir de liberté. Il avait pourtant volontiers accepté d'être mon témoin, c'était même lui qui s'était occupé des alliances, du platine de la plus grande pureté.


Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Les chroniques de la meute
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 31 janvier 2011 1 31 /01 /Jan /2011 09:54

1DSC_0171.jpg

Soleil omniprésent derrière un mince rideau de verdure.

Chemin au bord de ce fameux lac.

Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : photo passion
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 27 janvier 2011 4 27 /01 /Jan /2011 07:00

Comme si cette merveilleuse odeur de café me tirait vers le haut en me soulevant par les narines, je me redressai avec délectation alors que le grand chat tigré noir et gris qui faisait ma toilette avec une vigueur de bon aloi reculait en protestant sous ses moustaches, moustaches qu'il portait d'ailleurs fort longues.

Je m'étirai lentement, baîllant sans retenue, sentant une force neuve couler en moi, j'avais la sensation aïgue que mon esprit était partout à l'intérieur de mon corps et imprégnait la moindre de mes particules, se glissant, fluide électrique, entre mes organes, sous ma peau, derrière mon regard. Je me sentais tendu comme la corde d'un arc, plein et entier.


Je me trouvais dans une vaste pièce claire, presque vide, meublée à la manière japonaise tradionnelle : tatamis aux bordures de tissu brodé, portes coulissantes,  tokonoma décoré par un  ikebana sobre et élégant, une branche anguleuse et une boule de coton, le tout dans un vase de céramique brute, panneaux peints de paysages de montagne, de longues cascades, d'étangs calmes, vastes et sereins qui s'ouvraient sur un jardin carré ordonné de façon précise et maniaque, superbe et, au fond, violent à la fois.

Je portais un magnifique costume Calvin Klein gris perle, mes doigts ne m'avaient  donc pas trompé et de fort belles  chaussettes roses en fil d'écosse assorties à ma cravate et à ma pochette. En réajustant instinctivement mon noeud, un double windsor, je pris brutalement conscience que j'étais, chose inhabituelle, très, mais alors très barbu. J'occultais ce fait depuis bientôt plusieurs minutes, ce n'était pas bon signe.    

 

Je m'accroupis pour caresser le petit fauve qui m'avait réveillé. Aussitôt, il se mit à ronronner avec conviction en fermant les yeux. Son poil était très doux, très apaisant à toucher. Tout en le gratouillant avec vigueur sur la tête et sur le museau, j'adore tripoter les bestioles poilues  sans défense, je constatai que celle-la était quand même grande pour un felix domesticus classique, on aurait presque dit un lynx. Il frotta sa truffe contre mon genou, me regarda de ses étonnants yeux bleus, me fit comme un clin d'oeil et s'éloigna d'un pas auguste en lent, sa queue toute droite dressée désignant son petit trou du cul bien rose.

Des mains, sans que je n'aie rien entendu ni senti venir, se posèrent alors sur mes épaules puis des bras se serrèrent tendrement autour de ma poitrine.


- Alors, mon bel amour, mon beau guerrier, on revient tranquillement parmi les vivants ?

Tania posa ses lèvres sur la cicatrice qui s'ouvrait dans ma nuque et introduisit sa langue chaude dans l'étroit canal qui, en fait, conduisait je ne sais trop où.

- Allez, mon homme à moi, viens prendre ton café, il est chaud, c'est ton ami agent secret qui l'a apporté ce matin, entre autres choses d'ailleurs, tu verras.


Elle tira légèrement ma barbe, me donna une tape sur les fesses et se redressa vivement en lâchant un petit rire.

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Sagitairesfousdudeuxièmedécan
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 24 janvier 2011 1 24 /01 /Jan /2011 08:00

DSC_0191.jpg

Au bord d'une petite île boisée qui cache un ancien sanctuaire en son sein.

Au pied du château.

Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : photo passion
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 20 janvier 2011 4 20 /01 /Jan /2011 08:00

Comment recommencer après une si longue absence, après un si long silence. Tant de choses ont changé. Au début, il y a  sans doute eu cet espèce d'étrange miaulement qui n'en finissait plus. Et puis, il a bien fallu que je me mette à sentir le poids de mon corps à nouveau. J'étais alllongé sur une surface dure qui dégageait une odeur légère, fraîche et naturelle, comme de la paille. Sur mon visage, je sentais la chaleur d'un soleil matinal, l'air qui m'entourait était pourtant froid. Peu à peu, des sensations montaient le long de mes membres, sous ma peau, comme un courant, des petites particules picotaient, puis affluèrent en direction de mes chakras.

Je n'ouvris pas les yeux tout de suite, je me suis palpé, lentement, avec circonspection, comme si j'avançais en terrain miné. Assez vite, je me rendis compte que pour une fois, je n'étais pas gravement blessé, aucune main ne semblait me manquer, je n'avais pas chié dans mon froc et il me semblait même être correctement, voire élegamment vêtu, mes doigts passaient en effet avec plaisir le long d'un tissu de grande qualité, souple et soyeux, glissant, chatoyant, pétillant comme une soirée au champagne avec Tania. Un sourire se dessina tranquillement sur mes lèvres encore closes.

 

Pourtant, les images brusques et floues de notre étonnante escapade vénitienne se superposaient  dans ma mémoire, heurtées : une très belle soirée arrosée par  une excellente bouteille de Mission Haut-Brion 89, une bombe à la cible incertaine, des gardes trop zélés et des chiens agressifs, une cavalcade folle le long d'une fondamenta vénitienne, une balle dans la tête, mais oui, la mienne, une splendide paire de richelieu Anthony Delos vues de tout près, allongé sur le ventre contre les pavés froids, la nuit... Corto, Solal, moi ?

Gardant les yeux fermés, je me mis à me tâter le visage, je parvins rapidement à une balafre qui tranchait ma joue gauche, une nouveauté. Ensuite, mes doigts, avec précaution, arrivèrent à petits sur la nuque, inspectant ma peau millimètre par millimètres, lentement, avec une certaine crainte, il faut bien le reconnaître. Je sentis assez vite une espèce de cicatrice ronde, dure et épaisse, étrangement creuse, je pouvais presque enfiler mon doigt tout entier dans le trou.

Bref, une fois de plus, je n'étais pas vraiment indemne, je revenais à moi je ne sais où, fort bien mis, certes, mais garni d'un nouvel orifice et d'une assez jolie coupure au visage. Je retirai mon doigt, il était légèrement mouillé et gluant. Posant une paume à plat sur mon front, je me rendis compte qu'il dégageait une certaine chaleur qui semblait pulser au rythme de mon coeur.

Quelque part, je distinguais un paysage calme et immense : un lac de montagne ensoleillé, bordé de forêts denses et anciennes. Parfois, une gigantesque carpe fendait doucement la surface de l'eau.

 

Me ramenant à mon corps et sa réalité, le miaulement se fit alors entendre à nouveau, insistant, rauque et une truffe humide se posa sur ma joue droite, puis une langue râpeuse et déterminée entreprit d'en effectuer une toilette rigoureuse et précise.

Alors que je me décidais à ouvrir les yeux et à me lever, une puissante odeur de café, sans doute préparé à la turque, vint me donner l'énergie qui me manquait encore.

- Alors, tu traînes... ? Viens donc me goûter ce café, dépêche-toi, il vient directement d'Istanbul par DHL, un petit cadeau d'un des nombreux fils de Kerim Bey, allons, debout, will you ?

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 17 janvier 2011 1 17 /01 /Jan /2011 08:00

DSC_0188.jpg

Deuxième paysage intérieur,

sans doute un peu après le premier.

Pas loin se trouve un château,

mais il ne figure sur aucune image.

Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : photo passion
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 11 janvier 2011 2 11 /01 /Jan /2011 18:54

DSC_0164.jpg

Paysage intérieur 1

Soleil au-dessus d'un lac de montagne

Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : photo passion
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

le profil d'un con

  • Solal Aronowicz
  • Le blog de Solal Aronowicz
  • Homme
  • Genève Berlin Venise Kyoto
  • photographe marié!!! père whisky fumeur
  • Je tiens le coup, j'aime, je résiste, une nouvelle vie, une croix (la seule que je tolère) sur l'ancienne, le départ, enfin, Tania, nous deux, et puis fumer, boire et écrire encore et encore, se battre toujours un peu quand même.

une vraie vie de con

réactions choquées

le temps, salaud inexorable

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

visions aléatoires

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés