Jeudi 3 février 2011 4 03 /02 /Fév /2011 18:07

Il se tenait assis sur le bord de la longue véranda de bois qui donnait sur le jardin. Il semblait profondément absorbé par l'agencement des rochers, des buissons taillés, de la nappe de sable  méticuleusement ratissée et de la grappe d'étangs. Il tirait pensivement sur une de ses fameuses cigarettes à bandes dorées que Morland de Grovesnor street confectionne spécialement pour lui depuis bientôt septante ans, un mélange de tabac turc et arménien. Sans un mot, il me tendit son briquet en argent de chez S.-T. Dupont laqué rouge, très couleur locale, et il sortit une cigarette d'un étui en acier frappé qui portait la trace de plusieurs impacts de balle.


- Nous sommes donc au Japon, je présume, fis-je en me servant.

- Tu présumes correctement, mon cher, nous sommes donc au Japon, en effet. Kyoto, Higashiyama, au-dessus de Gion. Voilà le théâtre de tes nouvelles aventures. Alors, heureux ? grinça-t-il avec un rictus désabusé.

- Heureux, eh bien, tant de cynisme si tôt le matin. Laisse moi donc allumer cette cigarette en paix. Heureux, oui, bien sûr. Le Japon, c'est mon pays imaginaire, c'est ma terre de retraite intérieure, mon refuge fantasmé.

- Mmh... dans ce cas... tout est pour le mieux je suppose. Au fait, ta femme vient d'ouvrir un bar, une izakaya, qui commence à avoir un joli succès d'ailleurs, beaucoup de geisha de haut vol, pas mal d'espions, intéressant, ça tourne, ça joue, excellent saké aussi, belle sélection de whisky également, des locaux entre autres, ça devrait te plaire. On pourrait faire un saut ce soir.

- Ma femme, fis-je en toussant à cause de l'âcreté du tabac, ma femme a souvent bien plus de ressources que moi. Sans elle... Je préfère ne pas y penser.

- Elles sont fortes, hein ? J'essaie de réduire ma consommation, à mon âge, je dois commencer à me surveiller, en tout cas, c'est ce qu'on m'a dit, alors je suis descendu à 40 par jour, mais c'est dur, c'est dur. D'autant plus que Kal s'y est mis, alors tu vois...

- Ah bon, Big Blue, je le voyais plutôt taï-chi, yoga et petites graines, non ?

- Loin de là, il ne va pas bien, tu sais, une sorte de cancer, il commence à lâcher prise...  Il est suivi par les docteurs D et N, tu sais, les joueurs de tennis, enfin bref. Moi aussi d'ailleurs, je ne sais plus vraiment ce qui me fait encore tenir debout et aller de l'avant... Ce n'est plus très clair dans ma tête, j'ai maintenant plus ou moins 90 ans, il me semble en tout cas, ça dépend des sources, alors tu vois, je fatigue, je cale...


Nous fumâmes en silence quelques minutes, tirant de profondes bouffées sur nos cigarettes. Le soleil nous chauffait doucement le visage, Tania chantonnait dans la maison, et malgré ce que nous venions d'évoquer, une certaine quiétude nous enveloppait. Nous étions bien. Il jeta soudain son mégot dans un des étangs où une énorme carpe jaune et orange le goba aussitôt.

 

- Bref, fit-il en ouvrant son étui, bref, je ne suis pas encore mort. Parlons plutôt de toi, le jeune marié, tiens, ta femme ! Elle a non seulement lancé un bar, mais elle a aussi ouvert un temple, figure-toi, une sorte de croisement, de mélange, de rencontre, assez hasardeuse, si tu veux mon avis, enfin, moi et la religion, une fusion donc entre le bouddhisme et le judaïsme. En tout cas, ça ramène pas mal de yens.

- Comme je le disais, ma femme est pleine de ressources, voire de pouvoirs que je suis loin posséder. Il va falloir que j'y travaille. Bon, ce café ?

- On y va, on y va.


Il jeta sa cigarette à peine fumée d'une pichenaude distraite dans la nappe de sable qui nous faisait face. Un air de tristesse flottait sur son visage dur et calme, barré par cette fameuse cicatrice sur la joue droite. Derrière son regard lourd, je devinais la fantasque Teresa di Vicenzo, si brièvement son épouse. Mon mariage lui rappelait sans doute tout ce à coté de quoi il était passé. Trop d'aventures, trop de désir de liberté. Il avait pourtant volontiers accepté d'être mon témoin, c'était même lui qui s'était occupé des alliances, du platine de la plus grande pureté.


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Lundi 31 janvier 2011 1 31 /01 /Jan /2011 09:54

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Soleil omniprésent derrière un mince rideau de verdure.

Chemin au bord de ce fameux lac.

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Jeudi 27 janvier 2011 4 27 /01 /Jan /2011 07:00

Comme si cette merveilleuse odeur de café me tirait vers le haut en me soulevant par les narines, je me redressai avec délectation alors que le grand chat tigré noir et gris qui faisait ma toilette avec une vigueur de bon aloi reculait en protestant sous ses moustaches, moustaches qu'il portait d'ailleurs fort longues.

Je m'étirai lentement, baîllant sans retenue, sentant une force neuve couler en moi, j'avais la sensation aïgue que mon esprit était partout à l'intérieur de mon corps et imprégnait la moindre de mes particules, se glissant, fluide électrique, entre mes organes, sous ma peau, derrière mon regard. Je me sentais tendu comme la corde d'un arc, plein et entier.


Je me trouvais dans une vaste pièce claire, presque vide, meublée à la manière japonaise tradionnelle : tatamis aux bordures de tissu brodé, portes coulissantes,  tokonoma décoré par un  ikebana sobre et élégant, une branche anguleuse et une boule de coton, le tout dans un vase de céramique brute, panneaux peints de paysages de montagne, de longues cascades, d'étangs calmes, vastes et sereins qui s'ouvraient sur un jardin carré ordonné de façon précise et maniaque, superbe et, au fond, violent à la fois.

Je portais un magnifique costume Calvin Klein gris perle, mes doigts ne m'avaient  donc pas trompé et de fort belles  chaussettes roses en fil d'écosse assorties à ma cravate et à ma pochette. En réajustant instinctivement mon noeud, un double windsor, je pris brutalement conscience que j'étais, chose inhabituelle, très, mais alors très barbu. J'occultais ce fait depuis bientôt plusieurs minutes, ce n'était pas bon signe.    

 

Je m'accroupis pour caresser le petit fauve qui m'avait réveillé. Aussitôt, il se mit à ronronner avec conviction en fermant les yeux. Son poil était très doux, très apaisant à toucher. Tout en le gratouillant avec vigueur sur la tête et sur le museau, j'adore tripoter les bestioles poilues  sans défense, je constatai que celle-la était quand même grande pour un felix domesticus classique, on aurait presque dit un lynx. Il frotta sa truffe contre mon genou, me regarda de ses étonnants yeux bleus, me fit comme un clin d'oeil et s'éloigna d'un pas auguste en lent, sa queue toute droite dressée désignant son petit trou du cul bien rose.

Des mains, sans que je n'aie rien entendu ni senti venir, se posèrent alors sur mes épaules puis des bras se serrèrent tendrement autour de ma poitrine.


- Alors, mon bel amour, mon beau guerrier, on revient tranquillement parmi les vivants ?

Tania posa ses lèvres sur la cicatrice qui s'ouvrait dans ma nuque et introduisit sa langue chaude dans l'étroit canal qui, en fait, conduisait je ne sais trop où.

- Allez, mon homme à moi, viens prendre ton café, il est chaud, c'est ton ami agent secret qui l'a apporté ce matin, entre autres choses d'ailleurs, tu verras.


Elle tira légèrement ma barbe, me donna une tape sur les fesses et se redressa vivement en lâchant un petit rire.

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Lundi 24 janvier 2011 1 24 /01 /Jan /2011 08:00

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Au bord d'une petite île boisée qui cache un ancien sanctuaire en son sein.

Au pied du château.

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Jeudi 20 janvier 2011 4 20 /01 /Jan /2011 08:00

Comment recommencer après une si longue absence, après un si long silence. Tant de choses ont changé. Au début, il y a  sans doute eu cet espèce d'étrange miaulement qui n'en finissait plus. Et puis, il a bien fallu que je me mette à sentir le poids de mon corps à nouveau. J'étais alllongé sur une surface dure qui dégageait une odeur légère, fraîche et naturelle, comme de la paille. Sur mon visage, je sentais la chaleur d'un soleil matinal, l'air qui m'entourait était pourtant froid. Peu à peu, des sensations montaient le long de mes membres, sous ma peau, comme un courant, des petites particules picotaient, puis affluèrent en direction de mes chakras.

Je n'ouvris pas les yeux tout de suite, je me suis palpé, lentement, avec circonspection, comme si j'avançais en terrain miné. Assez vite, je me rendis compte que pour une fois, je n'étais pas gravement blessé, aucune main ne semblait me manquer, je n'avais pas chié dans mon froc et il me semblait même être correctement, voire élegamment vêtu, mes doigts passaient en effet avec plaisir le long d'un tissu de grande qualité, souple et soyeux, glissant, chatoyant, pétillant comme une soirée au champagne avec Tania. Un sourire se dessina tranquillement sur mes lèvres encore closes.

 

Pourtant, les images brusques et floues de notre étonnante escapade vénitienne se superposaient  dans ma mémoire, heurtées : une très belle soirée arrosée par  une excellente bouteille de Mission Haut-Brion 89, une bombe à la cible incertaine, des gardes trop zélés et des chiens agressifs, une cavalcade folle le long d'une fondamenta vénitienne, une balle dans la tête, mais oui, la mienne, une splendide paire de richelieu Anthony Delos vues de tout près, allongé sur le ventre contre les pavés froids, la nuit... Corto, Solal, moi ?

Gardant les yeux fermés, je me mis à me tâter le visage, je parvins rapidement à une balafre qui tranchait ma joue gauche, une nouveauté. Ensuite, mes doigts, avec précaution, arrivèrent à petits sur la nuque, inspectant ma peau millimètre par millimètres, lentement, avec une certaine crainte, il faut bien le reconnaître. Je sentis assez vite une espèce de cicatrice ronde, dure et épaisse, étrangement creuse, je pouvais presque enfiler mon doigt tout entier dans le trou.

Bref, une fois de plus, je n'étais pas vraiment indemne, je revenais à moi je ne sais où, fort bien mis, certes, mais garni d'un nouvel orifice et d'une assez jolie coupure au visage. Je retirai mon doigt, il était légèrement mouillé et gluant. Posant une paume à plat sur mon front, je me rendis compte qu'il dégageait une certaine chaleur qui semblait pulser au rythme de mon coeur.

Quelque part, je distinguais un paysage calme et immense : un lac de montagne ensoleillé, bordé de forêts denses et anciennes. Parfois, une gigantesque carpe fendait doucement la surface de l'eau.

 

Me ramenant à mon corps et sa réalité, le miaulement se fit alors entendre à nouveau, insistant, rauque et une truffe humide se posa sur ma joue droite, puis une langue râpeuse et déterminée entreprit d'en effectuer une toilette rigoureuse et précise.

Alors que je me décidais à ouvrir les yeux et à me lever, une puissante odeur de café, sans doute préparé à la turque, vint me donner l'énergie qui me manquait encore.

- Alors, tu traînes... ? Viens donc me goûter ce café, dépêche-toi, il vient directement d'Istanbul par DHL, un petit cadeau d'un des nombreux fils de Kerim Bey, allons, debout, will you ?

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Lundi 17 janvier 2011 1 17 /01 /Jan /2011 08:00

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Deuxième paysage intérieur,

sans doute un peu après le premier.

Pas loin se trouve un château,

mais il ne figure sur aucune image.

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Mardi 11 janvier 2011 2 11 /01 /Jan /2011 18:54

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Paysage intérieur 1

Soleil au-dessus d'un lac de montagne

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Lundi 9 août 2010 1 09 /08 /Août /2010 07:00

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Quadrige en pleine lumière

dernier Regard sur Berlin

Berlin 40

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Lundi 2 août 2010 1 02 /08 /Août /2010 07:00

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Vers le ciel

Berlin 39

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Lundi 26 juillet 2010 1 26 /07 /Juil /2010 07:00

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Immeuble illuminé

Berlin 38

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Lundi 19 juillet 2010 1 19 /07 /Juil /2010 07:00

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Prêt (S) au (X) combat (S)

casques berlino-grecques

Berlin 37

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Mercredi 14 juillet 2010 3 14 /07 /Juil /2010 07:00

"Le Zen considère que nous sommes trop esclaves des mots et de la logique. Tant que nous restons ainsi enchaînés nous sommes malheureux et souffrons indiciblement. Mais si nous voulons voir ce qui est vraiment digne d'être connu et nous conduirait au bonheur spirituel, nous devons nous efforcer de nous libérer une fois pour toutes de tout conditionnement. Nous devons essayer d'acquérir un nouveau point de vue d'où tout le monde pourra être observé dans son intégralité, et la vie saisie de l'intérieur."


D. T. Suzuki, introduction au bouddhisme Zen, Buchet/Chastel, 1978

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