Soleil omniprésent derrière un mince rideau de verdure.
Chemin au bord de ce fameux lac.
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Soleil omniprésent derrière un mince rideau de verdure.
Chemin au bord de ce fameux lac.
Comme si cette merveilleuse odeur de café me tirait vers le haut en me soulevant par les narines, je me redressai avec délectation alors que le grand chat tigré noir et gris qui faisait ma toilette avec une vigueur de bon aloi reculait en protestant sous ses moustaches, moustaches qu'il portait d'ailleurs fort longues.
Je m'étirai lentement, baîllant sans retenue, sentant une force neuve couler en moi, j'avais la sensation aïgue que mon esprit était partout à l'intérieur de mon corps et imprégnait la moindre de mes particules, se glissant, fluide électrique, entre mes organes, sous ma peau, derrière mon regard. Je me sentais tendu comme la corde d'un arc, plein et entier.
Je me trouvais dans une vaste pièce claire, presque vide, meublée à la manière japonaise tradionnelle : tatamis aux bordures de tissu brodé, portes coulissantes, tokonoma décoré par un ikebana sobre et élégant, une branche anguleuse et une boule de coton, le tout dans un vase de céramique brute, panneaux peints de paysages de montagne, de longues cascades, d'étangs calmes, vastes et sereins qui s'ouvraient sur un jardin carré ordonné de façon précise et maniaque, superbe et, au fond, violent à la fois.
Je portais un magnifique costume Calvin Klein gris perle, mes doigts ne m'avaient donc pas trompé et de fort belles chaussettes roses en fil d'écosse assorties à ma cravate et à ma pochette. En réajustant instinctivement mon noeud, un double windsor, je pris brutalement conscience que j'étais, chose inhabituelle, très, mais alors très barbu. J'occultais ce fait depuis bientôt plusieurs minutes, ce n'était pas bon signe.
Je m'accroupis pour caresser le petit fauve qui m'avait réveillé. Aussitôt, il se mit à ronronner avec conviction en fermant les yeux. Son poil était très doux, très apaisant à toucher. Tout en le gratouillant avec vigueur sur la tête et sur le museau, j'adore tripoter les bestioles poilues sans défense, je constatai que celle-la était quand même grande pour un felix domesticus classique, on aurait presque dit un lynx. Il frotta sa truffe contre mon genou, me regarda de ses étonnants yeux bleus, me fit comme un clin d'oeil et s'éloigna d'un pas auguste en lent, sa queue toute droite dressée désignant son petit trou du cul bien rose.
Des mains, sans que je n'aie rien entendu ni senti venir, se posèrent alors sur mes épaules puis des bras se serrèrent tendrement autour de ma poitrine.
- Alors, mon bel amour, mon beau guerrier, on revient tranquillement parmi les vivants ?
Tania posa ses lèvres sur la cicatrice qui s'ouvrait dans ma nuque et introduisit sa langue chaude dans l'étroit canal qui, en fait, conduisait je ne sais trop où.
- Allez, mon homme à moi, viens prendre ton café, il est chaud, c'est ton ami agent secret qui l'a apporté ce matin, entre autres choses d'ailleurs, tu verras.
Elle tira légèrement ma barbe, me donna une tape sur les fesses et se redressa vivement en lâchant un petit rire.
Au bord d'une petite île boisée qui cache un ancien sanctuaire en son sein.
Au pied du château.
Comment recommencer après une si longue absence, après un si long silence. Tant de choses ont changé. Au début, il y a sans doute eu cet espèce d'étrange miaulement qui n'en finissait plus. Et puis, il a bien fallu que je me mette à sentir le poids de mon corps à nouveau. J'étais alllongé sur une surface dure qui dégageait une odeur légère, fraîche et naturelle, comme de la paille. Sur mon visage, je sentais la chaleur d'un soleil matinal, l'air qui m'entourait était pourtant froid. Peu à peu, des sensations montaient le long de mes membres, sous ma peau, comme un courant, des petites particules picotaient, puis affluèrent en direction de mes chakras.
Je n'ouvris pas les yeux tout de suite, je me suis palpé, lentement, avec circonspection, comme si j'avançais en terrain miné. Assez vite, je me rendis compte que pour une fois, je n'étais pas gravement blessé, aucune main ne semblait me manquer, je n'avais pas chié dans mon froc et il me semblait même être correctement, voire élegamment vêtu, mes doigts passaient en effet avec plaisir le long d'un tissu de grande qualité, souple et soyeux, glissant, chatoyant, pétillant comme une soirée au champagne avec Tania. Un sourire se dessina tranquillement sur mes lèvres encore closes.
Pourtant, les images brusques et floues de notre étonnante escapade vénitienne se superposaient dans ma mémoire, heurtées : une très belle soirée arrosée par une excellente bouteille de Mission Haut-Brion 89, une bombe à la cible incertaine, des gardes trop zélés et des chiens agressifs, une cavalcade folle le long d'une fondamenta vénitienne, une balle dans la tête, mais oui, la mienne, une splendide paire de richelieu Anthony Delos vues de tout près, allongé sur le ventre contre les pavés froids, la nuit... Corto, Solal, moi ?
Gardant les yeux fermés, je me mis à me tâter le visage, je parvins rapidement à une balafre qui tranchait ma joue gauche, une nouveauté. Ensuite, mes doigts, avec précaution, arrivèrent à petits sur la nuque, inspectant ma peau millimètre par millimètres, lentement, avec une certaine crainte, il faut bien le reconnaître. Je sentis assez vite une espèce de cicatrice ronde, dure et épaisse, étrangement creuse, je pouvais presque enfiler mon doigt tout entier dans le trou.
Bref, une fois de plus, je n'étais pas vraiment indemne, je revenais à moi je ne sais où, fort bien mis, certes, mais garni d'un nouvel orifice et d'une assez jolie coupure au visage. Je retirai mon doigt, il était légèrement mouillé et gluant. Posant une paume à plat sur mon front, je me rendis compte qu'il dégageait une certaine chaleur qui semblait pulser au rythme de mon coeur.
Quelque part, je distinguais un paysage calme et immense : un lac de montagne ensoleillé, bordé de forêts denses et anciennes. Parfois, une gigantesque carpe fendait doucement la surface de l'eau.
Me ramenant à mon corps et sa réalité, le miaulement se fit alors entendre à nouveau, insistant, rauque et une truffe humide se posa sur ma joue droite, puis une langue râpeuse et déterminée entreprit d'en effectuer une toilette rigoureuse et précise.
Alors que je me décidais à ouvrir les yeux et à me lever, une puissante odeur de café, sans doute préparé à la turque, vint me donner l'énergie qui me manquait encore.
- Alors, tu traînes... ? Viens donc me goûter ce café, dépêche-toi, il vient directement d'Istanbul par DHL, un petit cadeau d'un des nombreux fils de Kerim Bey, allons, debout, will you ?
Deuxième paysage intérieur,
sans doute un peu après le premier.
Pas loin se trouve un château,
mais il ne figure sur aucune image.
Paysage intérieur 1
Soleil au-dessus d'un lac de montagne
Quadrige en pleine lumière
dernier Regard sur Berlin
Berlin 40
Vers le ciel
Berlin 39
Immeuble illuminé
Berlin 38
Prêt (S) au (X) combat (S)
casques berlino-grecques
Berlin 37
"Le Zen considère que nous sommes trop esclaves des mots et de la logique. Tant que nous restons ainsi enchaînés nous sommes malheureux et souffrons indiciblement. Mais si nous voulons voir ce qui est vraiment digne d'être connu et nous conduirait au bonheur spirituel, nous devons nous efforcer de nous libérer une fois pour toutes de tout conditionnement. Nous devons essayer d'acquérir un nouveau point de vue d'où tout le monde pourra être observé dans son intégralité, et la vie saisie de l'intérieur."
D. T. Suzuki, introduction au bouddhisme Zen, Buchet/Chastel, 1978
Escale genevoise
De la place, au-dessus
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