Mardi 6 octobre 2009 2 06 /10 /2009 07:00

Des grues sur la Spree
Berlin 10


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : photo passion
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Vendredi 2 octobre 2009 5 02 /10 /2009 07:00
Cette nuit, insomnie brutale. Dans la tête, ça tourne, vite, ça s'éparpille, vite. Rien à faire, inutile de lutter, ça empire. Tourbillon, sarabande d'aiguilles et d'idées chauffées à blanc. Une sorte de tension sournoise et électrique me traverse et me tarabuste sous la peau.
La journée, je m'assomme d'activités fébriles et précises, mais le soir, ça remonte et c'est comme des épingles qu'on mélangerait dans mon crâne à coups de mortier.
Et puis faire du rangement chez moi, chez nous désormais, me rend quasiment taré d'agitation mentale. Je visualise tout ce qu'il reste à faire et derrière mon front, c'est un tetris de livres et de disques, un sabbat de fringues et de godasses qui voltigent d'étagère en étagères.


Mes yeux écarquillés, globuleux de sommeil se perdent, égarés, le long des lignes d'un Vincent Ravalec au  rythme délirant et halluciné, Nostalgie de la magie noire.
Un livre qui n'aide pas à dormir, loin de là, non, tous ces fantômes, ces morts charriés par une Loire boueuse et stagnante, ces songeries effrayantes, sanglantes, obsédantes.
Cette civilisation qui s'écroule et si je m'achetais une arme moi aussi. Après tout, il ne faut pas se leurrer, on sait comment ça va finir.
Je sens de la violence sous ma surface, prête à éclater.

J'empile les pages à la lumière de ma lampe de poche et je jette parfois un oeil de plus en plus désabusé au temps qui s'égrène inexorablement sur l'écran digital de mon nouveau réveil:
supprimer les ondes, éteindre le téléphone portable la nuit, ménager ses cellules nerveuses...
Bonne idée, la santé quoi. Résultat, je ne dors pas, je m'agite, je m'inquiète et dans ma tête, la roue tourne de plus en plus vite, les épingles sont de plus en plus nombreuses, alors que Tania la Sex-Göttin roupille de son sommeil divin et calme à mes côtés.
Peu à peu, elle se met à léviter. Calmement, elle flotte au-dessus du lit. Elle fait toujours ça quand elle rêve.
Je suis partagé entre l'admiration et un énervement brutal.

Je lâche mon livre, la lampe de poche roule entre nous deux, je fixe la lumière orangée qui sourde du palier par l'encadrement vitré de la porte d'entrée.
Ça tourne, ça crépite, je ne dors pas.

Alexandre
Je fantasme nos retrouvailles, mais quand, mais où, sous la surveillance de qui ???
Pénélope
Je fantasme l'entretien à venir, l'audience à venir, la peur de ne pas rester calme, sa manière insidieuse de susciter ma colère, ses arguments obtus et arriérés, sa main de goule crispée sur le petit poignet blanc de mon fils.

Mon fils ?...?
Notre fils, hélas, notre fils. J'ai fait un enfant à / contre / avec cette femme et on ne peut pas dire que je n'étais pas prévenu, que je ne savais pas comment on faisait les bébés, alors je demande une fois de plus, mais en silence, Tania dort, dans cette nuit où je me tords, comateux de fatigue, quel noeud j'ai ficelé à mon insu, en plein coeur de moi-même, au beau milieu des miasmes nauséabonds de l'inconscient, quel noeud impossible et inextricable j'ai manigancé à mon encontre et pourquoi me suis-je joué ce tour étrange et ambigu ?
Voilà qui ne sera pas résolu d'un coup d'épée...ou en tout cas, il ne faudrait pas.

Et puis toutes ces personnes qui se sont emparées de ce qui est désormais devenu un dossier :
monavocatsonavocatleprésidentdelapremièrechambrel'assisantesocialeduSPMI
Que va-t-on dire de moi, quels mots va-t-on mettre sur la relation que j'ai avec mon fils, que va-t-on faire de moi, de nous ? Que va-t-il rester de toutes ces heures, de toutes ces après-midi passées avec lui, de nos goûters, de nos promenades, de nos jeux à nous deux.
Quelques lignes dictées par une femme boursouflée de haine, écrites servilement par la main molle d'un avocat crétin incapable de voir les non-sens qui se glissent sous sa plume.
Cet imbécile porte le même nom que moi...
Et c'est moi qui ai besoin d'un psychiatre...

Bref. J'accumule du mauvais karma, il faut que je m'apaise.

Se lever, tituber en silence jusqu'aux chiottes et pisser à gros bouillons, c'est déjà ça et puis chercher à tâtons les ingrédients, aaaah dormir enfin, de mon cocktail de sommeil et, merde, trois fois merde, se rendre compte qu'ils ne sont plus là, ni dalmadorm, ni imovane, ni lexomil, ni aucune petite pilule qu'elle soit grise ou bleue, ronde ou ovale, il n'y a juste rien et je dois reconnaître que ça me fait chier, voilà tout, parce qu'au point où j'en suis, même moite et fallacieux, le sommeil, je n'attends que lui, mais voilà bouddhisme, méditation et tout ce fatras d'idées à la con font que je ne dors pas et que la magie chimique, cette nuit, ne viendra pas à mon secours.

Toute cette agitation intérieure, bon ou mauvais karma ? Surtout, ne prendre aucun risque. A mon avis, je ne suis pas loin de rompre le cycle des renaissances, alors pas d'écart, ce serait trop con, je suis près du but. Cette ouverture de chakra la semaine dernière, cette lévitation spontanée, ce sont des signes de progrès évidents, clairs et nets. Alors, ne pas flancher, surtout, ne pas flancher.
Savoir accepter son anxiété, ne pas lutter contre l'angoisse, pratiquer quelques respirations profondes, par le ventre, expulser l'air par les narines avec énergie, puis s'asseoir au salon au creux de mon immense divan gris, et se servir un rhum, et s'allumer un cigare, un cohiba, siglo VI. Il n'y pas de raison de se refuser quoi que ce soit, au point où j'en suis, franchement.
Après tout, si je ne dors pas, autant que ce soit pour une bonne raison. De toute façon, à l'échelle d'une existence, une nuit de sommeil en plus ou en moins, hein ?

Je glisse le dvd de la première saison de Californication dans le lecteur d'un air vicieux, je m'installe confortablement en tirant une délicate première bouffée et c'est toujours un enchantement. Dire qu'il y en a pour snober ce siglo VI...

Du coin de l'oeil, j'aperçois un grand type massif habillé en bleu et rouge qui fait des tractions  à une main dans l'entrée et un autre gars en smoking brioni qui démonte un Walter PPK dans la cuisine devant un reste de curry mouton-épinards...

Rester con et ne pas foutre à la porte des coloc' qui ne paient pas le loyer...

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Agora
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Mardi 29 septembre 2009 2 29 /09 /2009 07:00

Une île en construction
Berlin 9


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : photo passion
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Vendredi 25 septembre 2009 5 25 /09 /2009 07:00
- . . . mmh, euuh, mmh . . . Je ne dérange pas ? Je sais que c'est un peu tôt, mais j'ai senti le café.

L'homme à la cape rouge se tient sur le seuil de mon loft, un peu incliné pour ne pas toucher le haut du chambranle de la tête, l'air embarrassé, visiblement un peu essoufflé par la montée des escaliers, huit étages, tout de même, à plus de septante ans, ce n'est pas rien. Ses épaules massives montent et descendent profondément le long de la colonne qui lui tient lieu de cou. Il me jette un long regard expectatif, hochant doucement la tête.

- . . . C'est quand même un peu le bordel, ici, non ? Tu . . . tu fais de l'ordre ?
- . . . Non, pas vraiment . . . quoique, d'une certaine façon, si. Enfin, tu vois quoi.
- . . .
- . . .
- . . . Non, écoute, je ne vois pas. Je ne vois franchement pas. Et puis en fait, si tu veux franchement mon avis, Je te dirai deux choses et tu m'excuseras d'être un peu direct. Premièrement, tel que tu me vois, là, sous tes yeux, je reviens du Brésil où j'ai mis plus ou moins fin à une émeute dans la plus grande prison du pays, et j'aime autant te dire que ça n'a pas été coton, mais j'ose croire que le pire a été évité. 1500 détenus, 800 policiers, 350 civils pris en otage, deux incendies...Alors honnêtement, je pense que tu n'as pas de quoi te plaindre. Deuxièmement, ça fait au moins trois épisodes, au bas mot, qu'il n'y a pas un dialogue dans tes articles, alors moi, je dis, mais ça n'engage que moi, que tu devrais faire un effort, même si c'est un petit, ne serait-ce que pour le confort de lecture de ceux qui te lisent, comme Véro, Emily, Eric, David ou la mystérieuse maman de ton jeune homonyme.

Je dois intérieurement reconnaître que le deuxième point de son argumentaire me fait soudain douter de la réalité de certaines choses, je tends fébrilement la main devant moi, caressant l'air devant mon visage, puis je fais un mouvement rapide des doigts, comme pour déchirer du papier.
L'homme en bleu a une moue désolée, puis il s'avance vers la cuisine d'un pas lourd, mais décidé.
- Alors, ce café ?
- Je m'en occupe, mets toi à l'aise.

Lorsqu'il passe près de moi, je ne peux m'empêcher de détailler son visage aux traits fatigués et épaissis par trop de nuits sans sommeil. Sa présence dégage une puissance pure, énorme, comme une pulsation sourde, profonde, émanant de la terre elle-même. Sa force et son pouvoir sont incommensurables, il est impossible d'en douter, mais il n'ira jamais plus vite que le temps et il le sait. C'est sans doute ce qui le rend si pesant. C'est sans doute aussi ce qui rend son costume plus sombre de jours en jours. Je crois surtout que l'espèce humaine le désole de plus en plus. Après tout, il est le seul parmi les héros et les dieux à être resté parmi nous. Peut-être qu'un  matin pas si lointain, à son tour, exténué, épuisé, dépassé, il prendra son élan pour la dernière fois et les rejoindra sur Mars ou Pluton pour observer le spectacle de notre fin en compagnie des siens, assis sur sa cape rouge, définitivement pliée.

Débarrassé du haut de son costume, il se réchauffe  tranquillement un reste de curry mouton-épinards, reliquat des prodiges culinaires de l'Ancien, tout en se grattant la poitrine d'une main distraite.
C'est la première fois que je vois le héros à poil, ou presque, et je ne dis pas ça par hasard, parce que des poils, il en a une petite forêt, et je ne peux pas m'empêcher de constater que sa peau semble parcourue de blessures par centaines, brûlures, coupures, balafres plus ou moins cicatrisées et autres ecchymoses visiblement plus fraîches que le reste. De toute évidence, des souvenirs du Brésil.
Toutes ces traces forment comme un étrange réseau, complexe, hypnotique. S'il restait immobile assez longtemps, je pourrais sans doute y lire une sorte de terrible mantra contenant le secret de sa redoutable et relative invulnérabilité.
Je détourne aussitôt le regard, me concentrant sur mon cigare.

- C'est la seule casserole propre, j'imagine ? fait-il d'un air las.
- Euh, en fait, je ne suis pas sûr qu'elle soit vraiment propre.
- . . . Bien, c'est égal.

Il se place devant la fenêtre que l'onde dégagée par l'ouverture de mon chakra a brisée, inspire profondément, les os de son torse craquent, et commence une série de mouvements de yoga exécutés avec une grande souplesse et une vitesse très équilibrée. C'est assez impressionnant pour un homme de son âge, il faut le reconnaître. La posture du guerrier est tout particulièrement réussie. Il la tient pendant de longues minutes, parfaitement immobile, le visage détendu, presque serein, tout en respirant de manière ample et régulière.
La casserole commence à laisser échapper une sorte de fumée de mauvaise augure.

- . . . Tu veux que je m'occupe du curry ? Ça me dérange pas, tu sais.
- Non, c'est bon, finis tranquillement ton cigare, j'ai terminé.

Alors qu'il met la table, je lui prépare le café avec le seul pétale disponible de mon sixième chakra, tous les autres lisent, soit Nick Toshes, soit Ravalec, ce qui est plus léger, mais tout-à-fait recommandable aussi, son projet littéraire est à la fois étrange et rigolo, prennent un bain à la mousse de marron d'Inde, et c'est très clairement le bordel dans la salle de bains, ou finissent de découper le gommier pour visiblement préparer un bon feu.

Bref, tout le monde est très absorbé, il me reste donc à savourer tranquillement la fin de mon siglo 1, toujours très soutenu dans le dernier tiers, ce qui achève de me réveiller complètement et me forme le palais pour attaquer un bon curry mouton-épinards à peine brûlé.

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Utopia
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Mardi 22 septembre 2009 2 22 /09 /2009 07:00

Dans la cage...
Berlin 8


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : photo passion
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Vendredi 18 septembre 2009 5 18 /09 /2009 07:00

Dans un cri de victoire final, je parvins enfin à trancher le tronc d'un coup de scie définitif juste au moment où la hache qui avait servi à l'arrachement de mon coeur, ô l'inoubliable anniversaire, vins capiteux et cotillons, s'abattait une nouvelle fois sur moi.

Les pétales de l'immense fleur indigo qui émergeait de mon front bondirent aussitôt et réussirent à enlacer, dévier, puis bloquer la lourde lame d'acier vulcanisé qui s'arrêta pile sur ma clavicule droite.

Un mince filet de sang perla à la surface de ma peau, scintillant, soyeux dans la lumière rouge de cette longue et inhabituelle matinée.


Un tremblement saccadé agita alors le bras de cette statue maudite, immonde image figée des étranges errances sentimentales de mon passé terne inepte et stérile. Alors que ce tremblement atteignait son paroxysme, le sel grisâtre dont Pénélope était désormais faite se fissura soudain. Des morceaux tombèrent lourdement sur le parquet de mon loft de friedrichshain et la hache se ficha brutalement entre deux lattes, à présent inoffensive.


Au même moment, le tronc de ce gommier, autrefois symbole de mon entrée au sein de la communauté des Juifs, désormais devenu mon mortel ennemi, céda enfin. Il se brisa avec un terrifiant hurlement tandis qu'une longue giclée de pus blanchâtre, épaisse, poisseuse, fétide jaillissait de cette blessure fatale que je lui avait faite au flanc, aspergeant mon torse, mon ventre et mes bras qui aussitôt se mirent à me démanger violemment.

La statue, à présent traversée de longues crevasses, défigurée, laissant un bras derrière elle, battit rapidement en retraite, comme portée par un souffle nauséabond et disparut dans les ténèbres du couloir dans un grincement sinistre et ricanant.


Le calme et le silence s'installèrent à petits pas dans la pièce, enfin. Exténué par ce long combat, je me redressai lentement, tenant les mains prudemment éloignées de mon corps et, après un passage conséquent à la salle de bains, j'entrepris de faire mon lit.

Alors que je réunissais les oreillers froissés et le duvet chiffonné que la bataille avait dispersés, je me rendis compte que la fleur indigo, fruit de mon sixième chakra, siège des forces psychiques et de l'intuition, Ajnâ, ne s'était pas dissipée et que ses immenses pétales émergeaient toujours de mon front, un peu comme une algue énorme, immense, molle.

Les émanations indigo traînaient un peu partout, en hauteur et sur le sol, fouillant dans les placards de la cuisine ou feuilletant des livres au hasard, l'une d'elles semblait même avoir commencé un Nick Toshes, le Roi des Juifs, un bouquin au montage assez hallucinant, un excellent choix, peut-être mauvais pour le karma, à voir, quoiqu'à mon avis un bon texte ne soit jamais mauvais pour le karma, mais enfin, il y a sans doute karma et karma...


Bref, dans ce petit matin sanglant, végétal et spongieux, mais matin de grande victoire aussi, pas définitive sans doute, mais victoire tout de même, bref, dans ce petit-grand matin là, c'était, disons-le franchement, le bordel, un sacré bordel, oui.

 

De guerre lasse, mais un sentiment d'euphorie libérateur durablement épanoui dans ma poitrine, encore moite et collant du pus étrange que mon ex-plante d'appartement m'avait craché à la gueule, je m'assis au fond d'un large fauteuil de cuir aux teintes fauves patinées par des culs visiblement plus vastes que le mien et, tendant la main vers la boîte de cèdre, à l'humidité tendrement et quotidiennement contrôlée, qui trônait à ma droite sur une petite table de casuarina, je pris un superbe siglo 1 que je caressai avec douceur avant de l'ouvrir d'un geste précis à l'aide d'une petite lame damassée que je cachais entre les coussins du fauteuil.

 

Tout en tirant une délicate première bouffée, je lançai un de mes tentacules psychiques indigo en direction de la vieille cafetière italienne que Carver m'avait offerte. Fronçant les sourcils avec application, je tentai alors d'ouvrir la boîte de café que l'homme en bleu m'avait ramené de Jamaïque, du Blue Montain, tout en me demandant ce qu'il avait bien pu aller foutre là-bas.

 

Certes, ce n'était pas gagné d'avance, mais le moins qu'on puisse dire, c'est que la journée s'annonçait bien.

 

Rester con...avec plaisir !

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Utopia
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Mardi 15 septembre 2009 2 15 /09 /2009 07:00

le gommier carnivore... hors de son pot !


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : Reg' Arts Photos
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Vendredi 11 septembre 2009 5 11 /09 /2009 07:00

Alors que j'étais sur le point de sombrer, de renoncer, de me laisser couler dans mes draps trempés par la sueur de cette nuit dont les rêves avaient été inquiétants et tourmentés, cette étrange boule d'énergie rouge montée de mon premier chakra, Mûlâdhrâra, le chakra de base qui nous relie tous à notre Mère la Terre, après un lent trajet le long de ma colonne vertébrale, parvint à la hauteur de mon front, juste entre les deux yeux, à la racine du nez où elle explosa comme au ralenti, dans un immense silence, émettant une puissante vibration qui tordit la surface de la réalité, mon sixième chakra, Ajnâ, le troisième oeil, celui qui commande aux forces psychiques de l'esprit, venait d'éclore, enfin...


La boule montée de mes reins s'ouvrit devant mon regard comme une fleur de feu intense, soudain violet, et aussitôt, lança ses pétales allongés et multiples à l'assaut des branches de mon gommier autour desquelles ils s'enroulèrent souplement, mais inexorablement.
Je sentis alors mon corps se libérer de la pesanteur, du poids des draps et de l'emprise de cette plante maudite, pour s'élever de lui-même et se dresser, flottant à quelques centimètres au-dessus du lit.

L'étreinte végétale faiblit rapidement, mollit, puis me lâcha tout-à-fait.

La fleur qui émergeait de mon front, devenue immense, se déployait à présent dans toute la pièce, semblant même en repousser les parois de brique rouge et de béton rongé d'humidité. Un mur se fendit soudain avec un craquement violent, les vitres explosèrent et des morceaux de verre tombèrent dans la rue alors que le jour finissait de se lever.


La statue de Pénélope, devant cette contre-attaque brusque et inattendue recula, comme glissant sur le sol, en direction de la porte. Le gommier, surpris, repoussé, mais loin d'être vaincu, se tenait à présent devant elle, dressant un épais rempart de feuilles lourdes et grasses agitées d'un mouvement lent et inquiétant, comme une vague venue de très loin.


Flottant, nu et serein au beau milieu de ma chambre berlinoise, je pris conscience avec une acuité étonnante de l'espace qui m'entourait et du pouvoir que j'avais sur lui. Il me suffisait de vouloir sincèrement pour obtenir ce que je désirais. L'univers lui-même paraissait à ma disposition.

Il me sembla soudain que je voyais la scène de différents points de vue à la fois, je l'appréhendais dans sa globalité.

Il sembla ensuite, de manière fugace, certes, saisir soudain la brutale, mais évidente réalité des choses et apercevoir les interstices à la surface du théâtre de la réalité, comme des échappées menant directement au coeur du cosmos.


Tout est illusion.

Nous ne sommes que des cercles à la surface de l'eau, heurtant d'autres cercles, aussitôt évanouis, aussitôt effacés, aussitôt remplacés.

Nous ne sommes que des personnages à la programmation limitée prisonniers d'un jeu vidéo dont les règles essentielles, dont le code nous échappe.

Rien n'existe et fondamentalement, tout est souffrance.


Bien, tout est souffrance, c'est clair, je commence à comprendre, depuis le temps qu'on me l'explique,("mais tu es incapable de penser à autre chose qu'au plaisir, c'est tellement vide de sens ! "), mais avant d'emprunter l'Octuple Sentier sur les pas de Bouddha, celui qui doit être notre maître à tous, le grand Illuminé (mais faut-il être con, mais con, pour quitter un palais de rêve où tout, je dis bien tout, est à disposition, les meilleurs cuirs, les cachemires les plus fins...), une tâche me tenait particulièrement à coeur.

Je sais qu'il faut savoir se défaire des attachements terrestres pour devenir pure compassion, je sais, mais là, en matière de souffrance, j'en avais trop gros sur la patate, ou le chakra, ou ce qu'on voudra. En matière de compassion, je n'étais pas prêt, loin de là. Le serais-je un jour ? Sincèrement, j'en doute, pas envie.

 

C'était la deuxième fois que cette salope de statue tentait de mettre fin à mes jours, de manière inattendue de surcroît, et il était désormais hors de question pour moi de faire profil bas. Cette salope allait morlfer dur. Point.

Un des pétales de ma fleur violette se transforma en scie égoïne géante. Je flottai aussitôt jusqu'au gommier et, ayant esquivé de justesse deux dangereux mouvements de branche que je brisai aussitôt, je m'attaquai vivement au tronc même de cette traîtresse de plante qui était passée à l'ennemie.

Tout en sciant avec acharnement, je me demandais ce que Pénélope avait bien pu promettre à ce monstre végétal pour le retourner contre moi. Ce gommier était tout de même mon cadeau de bar mitzvah. Peut-être un replantage en espace libre ? Ou alors elle était devenue antisémite avec le temps, marre que je lui pisse dedans les matins de cuite ?


Le bois était bien plus dur que je ne l'avais imaginé et je devais concentrer toute mon énergie  intérieure pour l'entamer et ne pas me laisser assourdir par le terrible hurlement de peur et de colère qui jaillissait à chaque coup de scie.

Je sentis néanmoins la statue se rapprocher de moi, glissant sur l'ancien parquet de bois gris, évitant les pétales violets de mon sixième chakra, tel un ectoplasme de sel, effrayante, épouvantable, un bras levé, cette éternelle hache se matérialisant dans son poing dur et crispé...

 

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Sagitairesfousdudeuxièmedécan
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Mardi 8 septembre 2009 2 08 /09 /2009 07:00


Un peu de tourisme
Berlin 7


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : Reg' Arts Photos
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Vendredi 4 septembre 2009 5 04 /09 /2009 07:00
Je me réveillai en sursaut, trempé de sueur, à moitié étouffé par une longue branche du gommier enroulée autour de mon cou. Les mains crispées autour du membre végétal, râlant dans le petit matin sanglant qui illuminait mon loft de friedrichhain, je réalisai tout en me tordant au milieu de mes draps de satin, que cette saloperie de plante carnivore m'avait suivi jusqu'à Berlin.

Plus gigantesque que jamais, elle se tenait au bord de mon lit king size en cèdre du Liban, ses frondaisons frôlant le plafond qui culmine pourtant à plus de quatre mètres. Ses branches, longues, souples, épaisses, poisseuses d'une sève collante et blanchâtre, s'agitaient mollement comme autant de tentacules immenses autour de moi tout en émettant un étrange sifflement à la fois rauque et aigu.

Alors que je passais lentement, douloureusement, mais inexorablement de sommeil à trépas, je distinguai soudain derrière ce démon végétal la silhouette trop connue de celle qui était devenue une statue de sel. A l'instar des pires ennemis de James Bond, cette salope commettait une dernière erreur qui compromettait tout son plan vicieux et sans doute échafaudé de longue date : se montrer tandis que j'agonisais sous ses yeux ternes et morts.

Cette vision ne pouvait être celle que j'emporterais aux côtés de Bouddha, le grand Illuminé qui nous montre la Voie à tous. Bandant tous mes muscles, raclant au fond de mes reins jusqu'à la dernière parcelle de force, je m'arquai contre mon lit pour résister aux branches qui serpentaient désormais sur mon corps encore moite de cette chaude nuit d'été, un audacieux rameau pointant même en direction de mon anus.

Peu à peu, avec une vibration profonde et sourde, je sentis comme une boule d'énergie rouge pure , très dense, monter en moi depuis mon hara...


Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Sagitairesfousdudeuxièmedécan
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Mardi 1 septembre 2009 2 01 /09 /2009 07:00


La rue où Solal émergea
Berlin 6


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : photo passion
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Vendredi 28 août 2009 5 28 /08 /2009 07:00

D'abord


Payer trop d'impôts, du moins en être convaincu et le faire savoir

Voir régulièrement un psychanalyste conseillé par un collègue qui gagne plus

Recommander son psychanalyste à un ami en pleine dépression ou en train de divorcer

Voir régulièrement un avocat compétent et sûr de lui

Confier des travaux d'aménagement intérieur au menuisier qui a fait le bureau du psychanalyste

Recommander son avocat à son menuisier et vice-versa


Ensuite

Renoncer à boire

Perdre du poids chaque jour

Se tourner vers le bouddhisme


En fin de compte / de conte

Ne plus voir son fils


. . . C'était donc cela, accéder à l'âge d'homme ?


Par Solal Aronowicz - Publié dans : aphorismes - Communauté : trop dure la vie....
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  • : Trente ans brutalement passés, malgré les nombreux serments passés avec soi-même et l'ombre de soi-même, pas la trace d'un texte publié, errance sur tous les plans depuis la fin de l'université, bref, un dilettante qui ne s'assume pas.

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