Jeudi 29 septembre 2011 4 29 /09 /Sep /2011 08:44

Alors que mon cerveau s'élève encore un peu plus haut au-dessus de mon crâne ouvert en émettant une puissante lumière flamboyante, dans un geste direct et précis, le poignet souple, à une vitesse fulgurante, tel le mamba noir, je plante mon cigare au niveau du sixième chakra de mon ennemi, au milieu du front, là où se trouve Ajna, le troisième oeil... Un coup qui ne pardonne pas, jamais.

D'une torsion à la fois brève et franche, malgré ses yeux écarquillés de surprise et de douleur, malgré ses petites mains ridicules qui se tendent dans un inutile geste de supplique, je visse ma vitole dans son os frontal qui cède aussitôt dans un craquement doux à mes oreilles. Son front se désagrège, se désintègre en milliers de particules noirâtres qui montent vers le ciel pour se fondre dans le bleu du matin.

Le corps du séide de Pénélope, désormais sans tête, après quelques mouvements réflexes désordonnés s'affaisse, tout raide sur le ring. Le gyogi dans une fantastique et sonore mélopée annonce ma victoire et, de son bras tendu, il me désigne de son éventail richement décoré. Modestement, je m'incline devant la dépouille tronquée de mon ennemi qui pourrit à vue d'oeil. Sans lui, jamais je ne serais arrivé à ce degré de connaissance, je dois au moins ça à cette sale petite merde. Nos adversaires sont les marches qui permettent de nous hisser vers plus de force et plus de maîtrise, et plus de temps libre pour boire et fumer après. Je m'incline donc brièvement sur le cadavre, puis, avec le respect qui lui est dû, j'urine sur son torse étroit.

Derrière moi, je n'ai pas besoin de la regarder, telle est désormais la force de mon troisième oeil, derrière moi, je sens, puis j'entends celle qui me traque comme une chienne depuis les brouillards du Rhône, ma vieille ennemie Pénélope, je la sens annulée, anéantie, à partir de ce jour, de ce moment, inexistante pour définitivement.

J'entends son long cri rauque rempli de désespoir et de haine inassouvie. Je la sens se ratatiner sur elle-même, puis grandir pour éclater, exploser à son tour dans un dernier rayonnement de lumière noire. Je la sens disparaître, avalée par les mondes derrière notre monde, engloutie par d'autres dimensions, connues de peu d'entre nous, noires et maudites. Elle rejoint en hurlant de peur Cthulhu, Nyarlathotep et leurs sbires dans le vide glacial au-delà de la courbe de notre espace, seule, complètement seule.

Et soudain, l'univers semble plus pur, plus lumineux, comme libéré d'un poids immense qui nuisait aux mouvement régulier des sphères, comme débarrassé de scories très anciennes. Sur la terrasse, illuminée par cette lueur nouvelle et fraîche, tout le monde se regarde, comme étonné de respirer plus facilement, la poitrine aussitôt légère, on se sourit, on se ressert un verre, puis deux, certains se dévouent avec plaisir pour préparer le café.

Dans un élan spontané, Hank monte le ring et lève mon bras, cigare tendu vers le ciel, volutes victorieuses montantes, en signe de triomphe et mes spectateurs me gratifient d'une ola digne du championnat japonais, le Nihon pro soccer league (...), tandis que mes deux médecins attitrés, Dr. N et Dr. D, examinent mes blessures avec l'air à la fois concerné et détaché qui les caractérise.

- Ouais, bon pour la nuque, ça devrait aller, quelques points de suture, un peu de physio et tu es bon, mais la tête, là... je vois pas trop...

Dr. N a une moue perplexe et jette un oeil dubitatif à son collègue, le Dr. D.

- En ce qui me concerne, je ne vois pas de raison d'opérer. Si le coup a bel et bien ouvert la bregmatique, le cerveau, eh bien, le cerveau, est sorti de lui-même. Comme je me vois mal le repousser à l'intérieur du crâne, je suppose que le mieux est d'attendre, et de boire un coup en attendant. Voilà, clope, merci.

Rester con, c'est choisir des médecins ayant une connaissance vague, voire relative du serment d'Hippocrate.


Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 26 septembre 2011 1 26 /09 /Sep /2011 10:56

DSCN2651.JPG

Trois puissants luminaires fixes, des perspectives bien définies.

Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : Le Chemin des orties
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Jeudi 22 septembre 2011 4 22 /09 /Sep /2011 09:52

Tout le monde se tait, personne ne parle, pas un mot, pas un bruit, si ce n'est le son d'une douce brise matinale qui nous vient de l'océan pacifique et radioactif. Même la petite merde qui m'a abattu ne vocifère plus. On ne me lance plus rien, sauf, soudain, comme par réflexe moteur, un dernier maki saumon grillé graines de sésame, j'adore, qui vole puis tombe assez misérablement dans la piscine avec un tout petit "plouf" à la fois triste et rigolo.

Hank finit même par se tourner et tire une bouffée circonspecte devant ce spectacle étonnant, mais au fond assez facilement explicable. C'est, en gros, sans rentrer dans les détails, une question d'alignement et d'ouverture des chakra. Il suffit d'être prêt, je l'étais visiblement depuis longtemps, il ne me manquait que le coup d'un ennemi sincère et dévoué pour me révéler enfin à moi-même.

Puisqu'on ne me frappe plus et qu'on ne me jette plus rien, j'en profite pour respirer un bon coup et reprendre mes esprits, ce qui est une jolie façon de parler étant donné que mon cerveau est à l'extérieur de ma tête. Puis, comme si j'étais tiré vers le haut par les nerfs spinaux qui relient encore mon cerveau à ma colonne vertébrale, je me redresse lentement et je toise avec une hauteur retrouvée tous ceux qui m'entourent, et me regardent avec dégoût, voire un certain étonnement.

On continue à se taire, on continue à ne plus bouger, exceptés pour ceux qui décident finalement de s'évanouir, par commodité ou manque de sens de la répartie, et de s'écrouler sur place mollement, dans un bac à bonsaï ou tendrement appuyé contre un bagel encore chaud. Tout ceux-là ne sauront pas et c'est tant pis pour eux. Le chemin qui mène à la vérité, à la victoire et à l'extériorisation de ses organes ne tolère pas les tièdes ni les mous du bide.

J'éponge le sang qui cache mon visage avec ma pochette de soie, une Etro particulièrement chère à mon coeur, un cadeau de Tania, ma belle adorée, mon amoureuse porteuse de bébé à moi, et je pivote lentement vers mon ennemi. Ce dernier, s'il n'a pas été mentionné depuis quelques lignes, c'est parce qu'il n'en mène pas large. On peut même dire qu'il ne fait plus trop son malin, la sale petite merde en costume trop grand. Ses mains crispées, tremblantes lèvent son porte-documents comme un ridicule rempart entre lui et moi, alors que son regard, toujours torve, même dans la peur, il n'y a visiblement rien à faire contre ça, c'est dans sa nature intime, c'est en lui, fondamentalement, se tourne vers sa mère, vers la chose immonde et visqueuse dont il est issu, Pénélope, la chienne maudite, et ses consoeurs dans la haine, la médiocrité et la tristesse.

L'ignoble agrégat, s'il flotte toujours au-dessus de la piscine, à présent colorée d'un joli nuage de sang qui s'étend de plus en plus, semble maintenant plus petit, moins puissant. La vibration sourde, chargée de ressentiment qui en jaillissait n'est plus désormais qu'un murmure, un filet, certes, toujours chargé de hurlements de colère, même s'il faut à présent tendre l'oreille pour les entendre.

Tandis que mon cerveau s'élève encore un peu au-dessus de mon crâne ouvert comme une fleur à la belle saison, je profite du moment de répit que m'offre la silencieuse stupéfaction de tous pour tirer un cigare (siglo 1, cohiba)de l'étui que je garde en permanence dans la poche intérieure de mon veston et, du bout des doigts, pour ne pas tacher de sang ce bel objet, car l'humidité nuit à une bonne combustion, je l'allume dans le craquement d'une très belle allumette longue comme il se doit (ai-je déjà précisé que j'emmerde sincèrement les écologistes, comme il se doit aussi?). 

Une étincelle, puis une flamme particulièrement lumineuses jaillissent, éclairant mon visage marqué par une vie étrange et chaotique, une odeur magnifique de bois chaud se répand autour de moi dans une vague ronde,tendre et m'apporte un intense sentiment de paix et de joie.


Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Les chroniques de la meute
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 19 septembre 2011 1 19 /09 /Sep /2011 10:53

DSCN1951.JPG

Au petit matin, d'anciennes déités veillent sur eux de leur oeil unique.


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : photo passion
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 15 septembre 2011 4 15 /09 /Sep /2011 10:10

Le gyoji vient à peine de baisser son éventail que, dans un hurlement viscéral, je me précipite de toute la puissance de mes cuisses, le torse parallèle au sol, sommet du crâne en avant, pour provoquer un impact le plus violent possible. A mon grand étonnement, d'un mouvement du bassin presque gracieux, la petite merde au costume de VRP (vendeur, représentant, placier, ... eh oui, c'est donc ça, cette abréviation) esquive ma charge tout en m'assenant un coup brutal et précis sur la nuque avec la tranche de son porte-documents. Un beau geste, ma foi, qui, alors que je continue sur ma lancée, m'inspire une double remarque : soit c'est une technique habituelle chez lui, soit cette méthode, simple, mais efficace, il me faut hélas bien le reconnaître, a été minutieusement planifiée avec son coach avant la rencontre. Quoi qu'il en soit, la douleur qui explose au niveau de ma deuxième vertèbre cervicale (C2, dite l'axis, pas un endroit idéal pour se prendre un sérieux coup de mallette, vraiment pas...) m'informe que l'arme de main de mon adversaire est renforcée de métal tranchant. Bien joué, donc. Un point pour lui, aucun pour moi.

A moitié assommé, je plonge en avant, à la fois emporté par mon élan et par la force du coup qui m'a été porté, et je m'écroule entre les deux dernières cordes du ring, suspendu par la gorge, étranglé comme un goret, les bras ballants. En face de mon visage hagard la foule vocifère, du sang coule de ma nuque, derrière moi, je sens mon ennemi s'approcher d'un pas vainqueur et mécanique, le porte-documents prêt à frapper. Du coin de mon troisième oeil (l'adrénaline délivrée par le combat l'a ouvert en partie, il était temps), je le devine qui ricane avec une suffisance des plus exaspérantes. Brandissant sa mallette tout droit au-dessus de sa tête au cheveu rare, il me domine de toute sa (ridicule) hauteur, l'oeil écarquillé, la lippe baveuse et tremblante d'excitation, il s'apprête à me porter le coup de grâce, tandis qu'au premier rang des spectateurs, l'hystérie, sous le choc de la déception, peut-être, monte de plusieurs crans...

On me jette des rafales de sushi pourtant roulés de main de maître, de superbes maki, des california rolls, bien sûr, et puis des clubs sandwich avocat-saumon, des verres pas vraiment vides, on m'insulte, évidemment, on fait référence à mes attributs sexuels, taille, dureté, etc., (pourtant invisibles en ce moment précis), à ma mère ou à mes origines ethniques et religieuses (comme quoi, les bonnes habitudes, non seulement ne se perdent pas, mais encore migrent sous d'autres cieux, même s'ils sont radioactifs) on me montre aussi, avec une rage qui fait plaisir à voir, des doigts, des seins, voire des culs mal torchés. Bref, tout un cinéma au fond assez réjouissant, bon enfant, mais manquant singulièrement d'élégance, dont, de toute façon, je ne profite pas vraiment, puisque je suis à la fois assommé, étranglé sous mon propre poids et énuqué : vaincu, déjà, sans avoir porté le moindre coup.

Quant à Hank, eh bien, quant à lui, ce salopard, lui dont le pronostic s'avère pour l'instant malheureusement exact, il ne regarde même pas. Il tourne tout simplement le dos au ring, m'offrant l'arrière de son t-shirt noir fripé et ne daigne pas jeter un regard sur le triste spectacle qu'offre son ami, le guerrier suisse, le poing vengeur et brutal du judaïsme, bref son sujet/objet d'écriture actuel. Non, il fume en compagnie d'une jeune femme dont mon troisième oeil me dit aussitôt qu'elle est charmante, séduite, amoureuse presque, ou du moins persuadée de l'être tout bientôt, et prête à s'offrir, entière nue et fraîche, au bel écrivain ténébreux qui s'enfonce ainsi un peu plus loin encore dans la souffrance et l'auto-destruction.

Dans un sifflement qui déchire l'espace au-dessus de ma tête telle une bombe fonçant sur Londres, mon ennemi abat son arme au sommet de mon crâne de toute la force dont il est capable. Ma peau éclate, mes os se fendent et se séparent dans un craquement biblique. Mon sang jaillit brièvement puis coule à flots épais sur ma figure, masquant mes traits, peignant entièrement mon visage de rouge ; le vainqueur de ce combat inepte et foireux, encore un de plus, hurle sa gloire et sa joie de m'avoir défait dans une longue vocifération rageuse adressée au ciel qui pèse sur nous tous. Alors, alors, mon cerveau, assez étrangement, par cette ouverture nouvelle accidentellement pratiquée au sommet de ma tête, en fait, pour être précis, il s'agit la fontanelle bregmatique, mon cerveau donc, émerge lentement de mon crâne, écartant les parois osseuses sur son passage, elles forment alors un V au-delà de mes sourcils, un V comme Valhalla ou vagin. C'est comme si ce coup ultime l'avait soudain mis au monde, mon cerveau, et il se met à flotter au-dessus de moi, pareil à une énorme fleur blanchâtre et visqueuse.

Cette étrange vision, un cerveau flottant au-dessus de la tête d'un type en sang (mais vraiment, vraiment très bien habillé, costume prince de galles sur mesure et tout et tout), allongé sur un ring, à, quoi, six heures du matin, sur la terrasse, avec piscine bien bleue, d'un immeuble de Tokyo, dans le quartier de Ginza, provoque, d'un seul coup, comme si le voile du temple s'était à nouveau déchiré, un silence énorme, immense, total, écrasant.

Rester con, c'est lorsque tout s'échappe entre nos mains, même nos organes (préférés).


Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Les chroniques de la meute
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 12 septembre 2011 1 12 /09 /Sep /2011 10:47

DSCN2657.JPG

Sur le quai, un train passe trop vite devant cette fameuse lumière fixe.

Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : Le Chemin des orties
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Jeudi 8 septembre 2011 4 08 /09 /Sep /2011 11:13

Le rejeton de l'ennemi, le dernier nervi, l'ultime spadassin, se débat spasmodiquement à l'intérieur d'une sorte d'immense placenta grisâtre et pustuleux, puis émerge enfin en titubant, couvert d'un liquide glaireux, tenant une serviette de travail en carton bouilli ornée d'un autocollant à la gloire d'un dieu difficile à définir (mais au fond, ne le sont-ils tous pas ?). Aussitôt, nous nous évaluons du regard en montant à pas prudents sur le ring de boxe qui vacille à quelques mètres au-dessus de la piscine, suspendu à une immense grue de chantier qui semble dominer toute la ville de ses montants métalliques. Alors qu'il brandit sa misérable petite mallette sous mes yeux, comme si elle recelait d'obscurs écrits susceptibles de me nuire, je souris en pensant au manque flagrant de panache dont sa venue au monde avait fait preuve, je souris encore plus en pensant au ventre rond, magnifique courbe hiératique, de mon épouse, présage d'une naissance ô combien plus fabuleuse, attendue, chérie.

Tandis que nous nous faisons face, pendant que le gyoji, son gunbai à la main, termine le rituel précédant l'assaut, d'entrée de jeu, tout est très vite clair, du moins pour moi. En effet, deux choses, pourtant contradictoires en apparence, me sautent tout de suite aux yeux. D'un côté, de toute évidence, le type ne fait pas, mais pas du tout le poids : soixante kilos tout mouillé, le cheveu gris et terne, le regard torve et vicieux, visiblement limité intellectuellement, le teint jaunâtre, un costume (trois boutons ! En 2011 !...) trop grand et de triste qualité qui le drape comme une sorte de toge mal coupée. Une figure qui vaut ne pas un crachat, même du bout des lèvres. D'un autre côté, je comprends par une sorte de vague intuition que cet affrontement pourrait être difficile, douloureux, que je vais prendre des coups, bas, pour la plupart et que cette sale petite face de rat a des tentacules qui plongent au plus profond de mondes souterrains peuplés de créatures retorses et libidineuses, des mondes auxquels ma grandeur d'âme et ma pureté fondamentale m'interdisent l'accès.

Brutalement, je balance une dernière poignée de sel de guérande à la face de cette sale petite merde et je me prépare pour le tachi-ai sous les hurlements de la foule déchaînée.


Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 5 septembre 2011 1 05 /09 /Sep /2011 10:43

DSCN1876.JPG

Quelle image pour mieux représenter l'union nouvelle de Solal et Tania ?

Leur amour est une évidence de toujours et ici et maintenant.


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : photo passion
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 1 septembre 2011 4 01 /09 /Sep /2011 22:38

- Bon, écoute mon vieux, là, je crois que tu ne peux plus, décemment s'entend, hein, tu ne peux plus faire attendre ton public. Vraiment, c'est une question d'image, aussi, tu dois t'en rendre compte. La plupart de ces gens sont venus pour toi, pour toi uniquement, tu le sais ça, hein ? Surtout ces jeunes filles en robes courtes qui sautillent comme des petits lapins. Tu ne peux pas les décevoir. Tu es bientôt plus populaire que Hakuhô, ce yokozuna mongol, tu vois ce que je veux dire ! C'est énorme ! Allez, hop, secoue-toi et passe-moi le reste de ton cigare, debout, cesse de faire ta chochotte.

- Ecoute, Hank, mon cher, ce n'est pas si facile, ok, ce n'est pas si facile. Il faut que je suive, tu sais, il faut que je me remette, il y a eu beaucoup d'événements: le réveil dans cette ancienne villa de Nara avec Tania, Kal-El et Bond, ce café extraordinaire, ce chat mystérieux, cette..., cette horreur visqueuse qui surgit d'on ne sait où alors que je croyais cette histoire enfin réglée, cette brutale chute intérieure et ses étranges visions, ces horribles fantasmes de mort, de suicide, ce combat à mort contre un type dans des toilettes loin d'être propres (ce qui a ravivé un souvenir particulièrement pénible, tu peux me croire), cette fuite du Valais en BMW d'occasion, ça ne me ressemble pas, tu peux me croire, et maintenant ça ! ça ! Et le matin en plus ! Je ne suis plus, voilà tout, je ne suis plus, et puis laisse mon cigare, Hank, laisse mon cigare, ce n'est pas un joint! Un peu de tenue, merde, un peu de décence, puisque tu sembles y tenir, diable ! Et puis, les jeunes filles, je m'en tape, robes courtes ou pas, lapins qui sautillent ou pas, merde, je te le dis franchement, je m'en tape ! Où est Tania?

- Ok, ok, pas de souci, j'essaie juste de te soutenir, d'être agréable, c'est tout, voilà. Tania est dans son temple, c'est l'heure de son culte. Depuis qu'elle est enceinte, le nombre de fidèles a doublé, elle a un succès incroyable, donc, donc, elle ne pourra pas, hélas, assister au combat.

Il se retourne pour laisser son regard protégé par ses éternelles lunettes de soleil glisser le long des toits de Ginza jusqu'à l'océan Pacifique, les mains fourrées dans les poches de son jeans noir.

- Et puis, j'ai aussi mes problèmes, figure-toi. Ce petit saut au Japon n'était vraiment pas au programme, tu peux me croire. Entre Karen, Becca et mon livre sur toi qui n'avance pas, j'ai de la peine à suivre, moi aussi, alors, s'il te plaît, si tu veux bien, je t'en prie, fais un effort, merci, ça ne sera pas ta première raclée, après tout.

- Ah ! Pas la première raclée ! Joli gage de confiance, merci.

Hank Moody s'affale comme une serpillère à côté de moi, apathique, désolé, et je suis bien forcé de reconnaître qu'il a plutôt mauvaise mine, c'est le moins qu'on puisse dire. Son visage ressemble à un torchon qui aurait passé la nuit à éponger des litres de scotch renversés au fond d'une cuisine ou dans la coin d'un immense salon. Puisque je ne lâche pas mon short, il s'allume une cigarette avec une évidente difficulté, mais pas sans une sorte de panache décalé.

Quant à moi, est-ce le goût légèrement fumé de ce délicieux petit nikka, ou la brutalité âcre de mon partagas, ou encore, à force, la méditation qui agit enfin ? Je ne sais pas, mais très clairement, une confiance et un calme nouveaux montent en moi. Gorgée après gorgée, bouffée après bouffée, respiration après respiration, je me sens de plus en plus fort et prêt à en découdre, enfin, définitivement.

Je me redresse sous les acclamations des spectateurs désormais nombreux. Ils scandent mon nom à la japonaise : "So-la-lou, So-la-lou". Parmi eux, je vois un bon nombre de types habillés à ma façon: costume Dunhill, voire Hackett, près du corps, souliers Corthay ou Santoni aux pieds, ce qui est déjà ça, voire Branchini, ce qui, en revanche, est une grossière erreur, à la limite de l'insulte même. De toute manière, ils sont si jeunes, leurs visages sont si frais, sans taches, sans balafres, sans histoires...

La masse de viande avariée émet soudain un hurlement primal en expulsant une forme peu définie par l'un des nombreux orifices, ce qui met brutalement fin aux acclamations de mon public et à mes cogitations. Je finis donc mon whisky d'une longue gorgée qui laisse une traînée chaude et dorée le long de mon oesophage, je tire une dernière bouffée de mon cigare que je pose délicatement, avec respect, devant un petit autel shintô laqué de rouge. Je claque dans mes mains deux fois pour attirer la bienveillance des dieux locaux et je pars au combat sous les ovations de la foule.

Rester con, c'est croire que tous les combats méritent d'être menés.

 

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Le Chemin des orties
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 10:39

DSCN2644.JPG

Attendre un nouveau train, ensemble.

Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : Le Chemin des orties
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Jeudi 25 août 2011 4 25 /08 /Août /2011 10:50

Mais par quel bout se prendre, le prendre ?

Je, il, où se situer, comment se positionner par rapport à moi, à lui, alors que le soleil, neuf, puissant, rougeoyant, et radioactif, c'est hélas désormais le cas, se lève sur cette immense terrasse au beau milieu d'une des villes les plus polluées au monde ? Tokyo. La capitale de l'est, la mégapole en sursis. Edo, théâtre, à la fois kabuki, Nô et d'ombres, bien sûr, surtout, de la vie nouvelle et féconde d'un personnage perpétuellement sur le fil du rasoir (manche en écaille, lame damassée, Alfred Dunhill, un objet unique...): Solal Aronowicz. Personnage dont on ne sait, à ce stade, plus vraiment comment le con-juguer, à la première ou à la troisième personne... Va-t-il falloir se résoudre à l'apostropher, à lui dire "tu" ? Va-t-il falloir le faire taire pour de bon ?

En attendant de déterminer ce point à la fois crucial et pédant d'expression française, le soleil grimpe encore un peu le long du ciel dur et mat de la capitale japonaise et les premiers spectateurs du combat de ce jour arrivent, gueules défraîchies et ravinées par une nuit dont ils ne se souviennent sans doute pas vraiment. Cocktails hasardeux et tièdes à la main, ils s'affaissent mollement, vidés de toute énergie, dans de profonds transats de tek pour assister à la curée matinale qui va opposer notre héros aux blessures nombreuses, mais aux vies multiples (il n'est pas immortel pour autant, attention), et le dernier séide de l'entité difforme, malfaisante et ô combien nauséabonde née de l'inévitable agglomération entre Pénélope, la chienne maudite, et d'autres femmes aigries, immondes, rendues haineuses par une existence terne, plate et, en fin de compte, complètement, absolument stérile. Il s'agit bien évidemment de cette sous-directrice d'un institut spécialisé, l'araignée putride et de deux espèces de psychanalystes demeurées et hommasses, freudiennes bornées sans imagination, sans déontologie, les blattes teigneuses. Il va sans dire, c'est une évidence, que toutes ces femmes sont folles de désir pour Solal et qu'elles auraient tué pour avoir l'incroyable privilège de passer une soirée avec lui au Watergate de Berlin (dont Solal et Tania sont les heureux propriétaires, personne ne l'aura oublié).

Et donc, cette répugnante masse de chair avariée et d'émotions poisseuses flotte au-dessus de la piscine qui brille d'un bleu froid, dur, éjaculant des interjections lapidaires en allemand, émettant une sorte de vibration sourde qui met rapidement tout le monde mal à l'aise. Une ou deux jeunes femmes vomissent sans trop de retenue, il est encore tôt, derrière un paravent de papier fin ou dans le bac d'un cerisier nain, alors qu'une petite équipe de jeunes types aux faciès pourtant brutaux file en vitesse, l'oeil hagard, la gerbe aux dents. 

- Tu es prêt, ça va aller ?

- Ouais, ouais, ça va, je me sens bien, je peux le faire, je pense que je peux le faire, ça va aller.

- Tu es sûr ? Tu n'as pas l'air au top, tu sais, je m'excuse de te dire ça, mais tu n'as pas l'air au sommet de ta forme. Tu le sais, non, je ne t'apprends rien, non ? Ecoute, tu veux quelque chose, un cigare, un whisky, les deux ?

- ... Oui, écoute, c'est gentil, les deux, je veux bien les deux, merci. Un petit short de partagas et un trois doigts de nikka, hein, vraiment, ça me ferait plaisir, ça me mettrait en jambes, tu vois. Tu crois que tu peux me trouver ça ?

Rester con, c'est se battre, encore et toujours, sans la préparation physique adéquate.


Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Les chroniques de la meute
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Lundi 22 août 2011 1 22 /08 /Août /2011 10:36

DSCN1994.JPG

Cette ville intérieure flotte en eaux parfois troubles.

Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : photo passion
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

le profil d'un con

  • Solal Aronowicz
  • Le blog de Solal Aronowicz
  • Homme
  • Genève Berlin Venise Kyoto
  • photographe marié!!! père whisky fumeur
  • Je tiens le coup, j'aime, je résiste, une nouvelle vie, une croix (la seule que je tolère) sur l'ancienne, le départ, enfin, Tania, nous deux, et puis fumer, boire et écrire encore et encore, se battre toujours un peu quand même.

une vraie vie de con

réactions choquées

le temps, salaud inexorable

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

visions aléatoires

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés