Mardi 15 septembre 2009 2 15 /09 /2009 07:00

le gommier carnivore... hors de son pot !


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : Reg' Arts Photos
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Vendredi 11 septembre 2009 5 11 /09 /2009 07:00

Alors que j'étais sur le point de sombrer, de renoncer, de me laisser couler dans mes draps trempés par la sueur de cette nuit dont les rêves avaient été inquiétants et tourmentés, cette étrange boule d'énergie rouge montée de mon premier chakra, Mûlâdhrâra, le chakra de base qui nous relie tous à notre Mère la Terre, après un lent trajet le long de ma colonne vertébrale, parvint à la hauteur de mon front, juste entre les deux yeux, à la racine du nez où elle explosa comme au ralenti, dans un immense silence, émettant une puissante vibration qui tordit la surface de la réalité, mon sixième chakra, Ajnâ, le troisième oeil, celui qui commande aux forces psychiques de l'esprit, venait d'éclore, enfin...


La boule montée de mes reins s'ouvrit devant mon regard comme une fleur de feu intense, soudain violet, et aussitôt, lança ses pétales allongés et multiples à l'assaut des branches de mon gommier autour desquelles ils s'enroulèrent souplement, mais inexorablement.
Je sentis alors mon corps se libérer de la pesanteur, du poids des draps et de l'emprise de cette plante maudite, pour s'élever de lui-même et se dresser, flottant à quelques centimètres au-dessus du lit.

L'étreinte végétale faiblit rapidement, mollit, puis me lâcha tout-à-fait.

La fleur qui émergeait de mon front, devenue immense, se déployait à présent dans toute la pièce, semblant même en repousser les parois de brique rouge et de béton rongé d'humidité. Un mur se fendit soudain avec un craquement violent, les vitres explosèrent et des morceaux de verre tombèrent dans la rue alors que le jour finissait de se lever.


La statue de Pénélope, devant cette contre-attaque brusque et inattendue recula, comme glissant sur le sol, en direction de la porte. Le gommier, surpris, repoussé, mais loin d'être vaincu, se tenait à présent devant elle, dressant un épais rempart de feuilles lourdes et grasses agitées d'un mouvement lent et inquiétant, comme une vague venue de très loin.


Flottant, nu et serein au beau milieu de ma chambre berlinoise, je pris conscience avec une acuité étonnante de l'espace qui m'entourait et du pouvoir que j'avais sur lui. Il me suffisait de vouloir sincèrement pour obtenir ce que je désirais. L'univers lui-même paraissait à ma disposition.

Il me sembla soudain que je voyais la scène de différents points de vue à la fois, je l'appréhendais dans sa globalité.

Il sembla ensuite, de manière fugace, certes, saisir soudain la brutale, mais évidente réalité des choses et apercevoir les interstices à la surface du théâtre de la réalité, comme des échappées menant directement au coeur du cosmos.


Tout est illusion.

Nous ne sommes que des cercles à la surface de l'eau, heurtant d'autres cercles, aussitôt évanouis, aussitôt effacés, aussitôt remplacés.

Nous ne sommes que des personnages à la programmation limitée prisonniers d'un jeu vidéo dont les règles essentielles, dont le code nous échappe.

Rien n'existe et fondamentalement, tout est souffrance.


Bien, tout est souffrance, c'est clair, je commence à comprendre, depuis le temps qu'on me l'explique,("mais tu es incapable de penser à autre chose qu'au plaisir, c'est tellement vide de sens ! "), mais avant d'emprunter l'Octuple Sentier sur les pas de Bouddha, celui qui doit être notre maître à tous, le grand Illuminé (mais faut-il être con, mais con, pour quitter un palais de rêve où tout, je dis bien tout, est à disposition, les meilleurs cuirs, les cachemires les plus fins...), une tâche me tenait particulièrement à coeur.

Je sais qu'il faut savoir se défaire des attachements terrestres pour devenir pure compassion, je sais, mais là, en matière de souffrance, j'en avais trop gros sur la patate, ou le chakra, ou ce qu'on voudra. En matière de compassion, je n'étais pas prêt, loin de là. Le serais-je un jour ? Sincèrement, j'en doute, pas envie.

 

C'était la deuxième fois que cette salope de statue tentait de mettre fin à mes jours, de manière inattendue de surcroît, et il était désormais hors de question pour moi de faire profil bas. Cette salope allait morlfer dur. Point.

Un des pétales de ma fleur violette se transforma en scie égoïne géante. Je flottai aussitôt jusqu'au gommier et, ayant esquivé de justesse deux dangereux mouvements de branche que je brisai aussitôt, je m'attaquai vivement au tronc même de cette traîtresse de plante qui était passée à l'ennemie.

Tout en sciant avec acharnement, je me demandais ce que Pénélope avait bien pu promettre à ce monstre végétal pour le retourner contre moi. Ce gommier était tout de même mon cadeau de bar mitzvah. Peut-être un replantage en espace libre ? Ou alors elle était devenue antisémite avec le temps, marre que je lui pisse dedans les matins de cuite ?


Le bois était bien plus dur que je ne l'avais imaginé et je devais concentrer toute mon énergie  intérieure pour l'entamer et ne pas me laisser assourdir par le terrible hurlement de peur et de colère qui jaillissait à chaque coup de scie.

Je sentis néanmoins la statue se rapprocher de moi, glissant sur l'ancien parquet de bois gris, évitant les pétales violets de mon sixième chakra, tel un ectoplasme de sel, effrayante, épouvantable, un bras levé, cette éternelle hache se matérialisant dans son poing dur et crispé...

 

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Sagitairesfousdudeuxièmedécan
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Mardi 8 septembre 2009 2 08 /09 /2009 07:00


Un peu de tourisme
Berlin 7


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : Reg' Arts Photos
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Vendredi 4 septembre 2009 5 04 /09 /2009 07:00
Je me réveillai en sursaut, trempé de sueur, à moitié étouffé par une longue branche du gommier enroulée autour de mon cou. Les mains crispées autour du membre végétal, râlant dans le petit matin sanglant qui illuminait mon loft de friedrichhain, je réalisai tout en me tordant au milieu de mes draps de satin, que cette saloperie de plante carnivore m'avait suivi jusqu'à Berlin.

Plus gigantesque que jamais, elle se tenait au bord de mon lit king size en cèdre du Liban, ses frondaisons frôlant le plafond qui culmine pourtant à plus de quatre mètres. Ses branches, longues, souples, épaisses, poisseuses d'une sève collante et blanchâtre, s'agitaient mollement comme autant de tentacules immenses autour de moi tout en émettant un étrange sifflement à la fois rauque et aigu.

Alors que je passais lentement, douloureusement, mais inexorablement de sommeil à trépas, je distinguai soudain derrière ce démon végétal la silhouette trop connue de celle qui était devenue une statue de sel. A l'instar des pires ennemis de James Bond, cette salope commettait une dernière erreur qui compromettait tout son plan vicieux et sans doute échafaudé de longue date : se montrer tandis que j'agonisais sous ses yeux ternes et morts.

Cette vision ne pouvait être celle que j'emporterais aux côtés de Bouddha, le grand Illuminé qui nous montre la Voie à tous. Bandant tous mes muscles, raclant au fond de mes reins jusqu'à la dernière parcelle de force, je m'arquai contre mon lit pour résister aux branches qui serpentaient désormais sur mon corps encore moite de cette chaude nuit d'été, un audacieux rameau pointant même en direction de mon anus.

Peu à peu, avec une vibration profonde et sourde, je sentis comme une boule d'énergie rouge pure , très dense, monter en moi depuis mon hara...


Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Sagitairesfousdudeuxièmedécan
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Mardi 1 septembre 2009 2 01 /09 /2009 07:00


La rue où Solal émergea
Berlin 6


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : photo passion
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Vendredi 28 août 2009 5 28 /08 /2009 07:00

D'abord


Payer trop d'impôts, du moins en être convaincu et le faire savoir

Voir régulièrement un psychanalyste conseillé par un collègue qui gagne plus

Recommander son psychanalyste à un ami en pleine dépression ou en train de divorcer

Voir régulièrement un avocat compétent et sûr de lui

Confier des travaux d'aménagement intérieur au menuisier qui a fait le bureau du psychanalyste

Recommander son avocat à son menuisier et vice-versa


Ensuite

Renoncer à boire

Perdre du poids chaque jour

Se tourner vers le bouddhisme


En fin de compte / de conte

Ne plus voir son fils


. . . C'était donc cela, accéder à l'âge d'homme ?


Par Solal Aronowicz - Publié dans : aphorismes - Communauté : trop dure la vie....
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Mardi 25 août 2009 2 25 /08 /2009 07:00


Arrière-cour
friche berlinoise 2
Berlin 5


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : Reg' Arts Photos
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Jeudi 20 août 2009 4 20 /08 /2009 07:00
D'un geste sûr et précis, je bloque la hache tournoyante de la main gauche. Le bois dur claque sèchement dans ma paume. Prenant appui fermement sur la racine du cèdre, j'effectue un rétablissement et je me redresse sur le sol de l'arrière-cour tout en rayant mes Hugo Boss de façon définitive.
L'apparition, si c'en est une, s'est maintenant quasiment évanouie. Mon fils est en train de disparaître tout à fait et je ne sais pas comment le retenir à mes côtés. Il devient peu à peu transparent, je passe la main au travers de son petit corps, quinze, seize kilos au maximum, et bientôt il ne reste de lui que son regard qui ressemble tant au mien.

Le crépuscule tombe complètement, je jette la hache d'un geste négligent dans la fissure et je me frotte les paumes l'une contre l'autre de plus en plus vite jusqu'à qu'elles deviennent rouges et brûlantes et que des particules de peau se détachent.
Une poigne solide se ferme sur mon épaule et la serre paternellement.
- Tu en chies, fils ?
- Ouais, c'est le moins qu'on puisse dire, une de ces périodes difficiles...
Il met sa main aux deux phalanges manquantes sur les miennes, calmement.
- Arrête ça, fils, arrête. Te fais pas du mal pour rien. Viens boire un coup, allez.
Sa barbe blanche oscille avec sérénité.
- Boire un coup, encore, la solution à tous les problèmes, hein ?
- ... Franchement, tu en vois une autre ?
- ...
- ... Alors, tu vois. Allez, viens.

Derrière nous, là où se tenait l'image de mon fils et de sa mère, le sol est resté trouble, flou, comme s'il était en partie ailleurs ou comme si un passage était resté ouvert. Je m'accroupis au bord de cette ouverture qui émet une sorte grésillement électrique et dont une odeur froide et dure de métal se dégage. Soudain pris d'une impulsion, je pose l'étrange petite statue du vieux juif à la surface de ce trou dans lequel elle s'enfonce lentement, comme dans des sables mouvants. Au moment où elle disparaît entièrement, un coup sourd se fait entendre et une petite carte rectangulaire, toute blanche, tombe à mes pieds. Je la prends et je la glisse dans mon porte feuilles (Bally, restons suisse, restons...)

- Allez, viens fils, viens boire un coup, on discutera.
- Ouais, j'arrive.
Nous franchissons la fissure, passons sous les branches lourdes et épaisses du cèdre et nous nous dirigeons d'un pas lent, écartant les grandes herbes coupantes d'une main lasse, vers l'immense séquoia qui pousse près de l'entrée. Nous le contournons pour découvrir une longue table sur laquelle un homme très grand, massif et puissant, vêtu de bleu et de rouge, est allongé, les paumes tournées vers le ciel. Notre arrivée le surprend un peu et il se redresse vivement faisant craquer la table de façon inquiétante.

- Oui, je... eh bien je faisais un peu de relaxation, histoire de me réunir un peu, de me retrouver. Je dors tellement peu. Un truc que je viens d'apprendre auprès d'un yogi indien.
- Des vacances dans le Rajasthan ?
Il me regarde comme si j'étais le dernier de ces connards d'occidentaux bourrés de pognon et d'anxiolytiques convaincus que leurs problèmes sont les plus importants du monde.
Alors que je me dis que ce n'est pas rien, de faire tenir tout ça dans un regard, même pour un super-héros de cette envergure, il me lâche d'un ton las :
- Non, inondation et famine dans le Kerala, au Sud.
- Ah ?... Tu as pu faire quelque chose ?
- Construit cinq digues, dévié un fleuve plus large que le Danube, évacué trente-cinq villages, distribué plusieurs tonnes de vivres. 150 000 morts. J'ose croire que le pire a été évité.
- ... Ah ? Bon. Eh bien..., j'imagine que c'est sans doute déjà ça.
C'est parfois difficile de ne vraiment rien dire quand il ne faudrait sans doute surtout rien dire, vraiment.
Il est tellement désabusé qu'il relève à peine.
- Ouais, c'est sans doute déjà ça, je pense.

Il s'étire péniblement, gonflant son énorme poitrine barrée de ce fameux "S" qui a pris une teinte jaunâtre avec le temps, se prend un instant la tête entre les mains, laissant sa respiration siffler comme une locomotive qui arrive en gare, puis détache sa cape, la secoue et se met à la plier avec minutie.
Ce qui se révèle plus compliqué qu'il n'y paraît puisqu'en fait la dite cape n'est pas rectangulaire, mais légèrement triangulaire et terminée par deux espèces de lambeaux qui permettent de la fixer sous le costume. Une vraie merde, un cauchemar de femme de chambre.
Soudain passablement énervé, il me tend un pan d'un geste sec et, dans le crépuscule berlinois, tandis que le vieux personnage à la barbe blanche et aux doigts tronqués prépare un curry mouton épinards, je plie avec précautions la cape de Superman alors qu'il garde le regard fixé sur ses chaussons rouges tachés de boue indienne, l'air absent, le visage marqué, paraissant soudain presque son âge.

- Au fait, me glisse-t-il soudain d'un ton plus serein, d'un air de confidence, tu n'aurais pas des billets pour cette soirée spéciale Sex-Göttin au Berghain ? Je crois qu'un peu d'insouciance me ferait du bien, un peu de légèreté, tu vois... même à mon âge... et puis tu sais, la solitude...peut-être que Diana sera là....enfin, bon, merci pour la cape.

Soyons désinvoltes, restons légers ! Quelqu'un voit une autre solution ?

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : trop dure la vie....
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Mardi 18 août 2009 2 18 /08 /2009 11:00

Un passage si évident
Berlin 4


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : photo passion
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Vendredi 14 août 2009 5 14 /08 /2009 07:00
J'avais assez vite pris l'habitude de traîner le long de l'August Strasse, une jolie rue semée de petites galeries et de cafés. Souvent seul, parfois accompagné d'Herman, rarement de Carver, trop occupé qu'il était à tatouer le lion nu de Gir, un spécimen quasi unique de félin dépourvu de pilosité, je déambulais sans but précis, pour finir la plupart du temps, au bout de la rue, à moitié saoul et heureux propriétaire d'une sorte d'oeuvre d'art plus ou moins improbable, tableau cherchant à briser la frontière entre l'abstrait et le figuratif ou photo niant la notion de représentation.

Ce jour là, alors que je tenais d'un air circonspect une petite sculpture de métal poli que je venais d'acheter à un vieux juif à la mine étrange, je remarquai pour la première fois, entre un café et une librairie de livres anciens, un petit passage étroit qui semblait mener à une arrière-cour comme il y en tant dans cette rue.
Irrésistiblement attiré, je m'engouffrai aussitôt dans l'ouverture peu éclairée. Le couloir, couvert de graffitis inquiétants, était plus long, bien plus long que je m'y attendais.
Il me fallut plus d'une minute de marche pour parvenir de l'autre côté.

Je débouchai sur une arrière-cour étonnement vaste dans une lumière de fin d'après-midi très douce, reposante, orangée, presque tendre. Le sol était fait de gros pavés de pierre et de bois largement disjoints entre lesquels poussaient de hautes herbes sauvages, coupantes et de grosses fleurs rouges.
Adossé à un arbre au tronc puissant, visiblement un séquoia déjà âgé de plusieurs centaines d'années, un vieux bonhomme hochait la tête en silence, calmement, sur le rythme d'une musique intérieur. Sa longue barbe blanche qui oscillait en cadence sur son t-shirt sale et troué, dissimulant en partie un ancien logo difficile à déchiffrer, me fascina pendant un long moment.

Semblant soudain revenir à une certaine réalité, il me considéra gravement de son regard gris et dur, puis, d'un doigt raccourci de deux phalanges, me fit signe de me diriger vers le fond de la cour.
Intrigué, je me mis en route vers une paroi lointaine ornée de tags et de graffitis aux couleurs violentes, écartant les hautes herbes d'une main prudente et plus vraiment sûr des raisons qui m'avaient conduit dans cette étrange arrière-cour. La petite statue de métal du vieux juif palpitait contre ma paume. Une angoisse pronfonde montait en moi.

Ployant la nuque sous les branches basses et lourdes d'un cèdre du Liban dont les frondaisons dépassaient de haut le toit des immeubles encadrant la cour, je parvins au bord d'un espace vierge de végétation.
C'est là que dans cette lumière douce et calme de fin d'après-midi, un souvenir, une évocation,  avec cette longue paroi couverte de couleurs brutales et d'inscriptions difficilement déchiffrables pour toile de fond, prit forme peu à peu.

Une statue de sel au traits froids et coupants, très grande, représentant Pénélope, ou plutôt ce qui en restait, tenait dans sa main cette fameuse hache toujours sanguinolente, instrument de ma mort et de ma renaissance.
A ses pieds, un petit garçon de cinq ans à peu près, au regard doux et gentil, au visage ouvert et rieur, à la peau blanche, trop blanche, classait des cartes marquées de chiffres tracés d'une écriture spasmodique, la mienne.
Mon fils. Sa mère.

Je dus rester immobile un long moment devant ce spectacle inattendu qui me serrait le coeur. Je revins à la réalité au crépuscule, alors que la fraîcheur du soir commençait à picoter ma peau. De cette image surgie de mon passé genevois, ne restaient que quelques reflets moirés qui pâlissaient peu à peu, sur le point de disparaître.
Je fis alors franchement un pas en avant vers d'Alexandre pour le prendre avec moi, dans mes bras un instant, et jouer avec lui, ne serait-ce que trois minutes dans cette étrange arrière-cour.

Au moment où je m'avançais, dans un craquement sinistre, le sol se déroba soudain largement sous mes pieds et je m'enfonçai brutalement dans une faille profonde, me rattrapant in extremis à une des racines du cèdre qui reliait encore les deux bords de la crevasse.
Alors que je tentais, rayant de façon irrémédiable mes Hugo Boss, de me hisser sur le sol, Pénélope eut un geste unique.
D'un mouvement très vif du bras, elle me jeta au visage la hache qu'elle tenait depuis ce fameux anniversaire. Le glissement du métal froid et sanglant le long de l'air du crépuscule émit un cri strident...

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Agora
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Mardi 11 août 2009 2 11 /08 /2009 11:00


Un dieu ancien, mais tellement indispensable

Berlin 3


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : Reg' Arts Photos
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Vendredi 7 août 2009 5 07 /08 /2009 11:00
- Écoutez, bon, c'est assez complexe. Il est clair que vous êtes loin d'être en forme et je bon...comment dire ? Par où commencer ?... Un whisky peut-être, un rhum ? Non ? Allons, c'est à peine dix heures.

Le docteur qui me recevait pour m'aider à faire le clair sur mon arrivée à Berlin, un psychanalyste réputé pour son approche à la fois radicale et décalée, carrément iconoclaste selon certains, surtout selon Carver en fait, quitta son large fauteuil de cuir brun avec difficultés, et se dirigea lentement vers une haute armoire de bois visiblement précieux, sans doute une essence rare africaine. Il ouvrit cérémonieusement les deux battants et d'un geste bref de la main, m'invita à me laisser tenter par son contenu.
Le soleil, traversant l'immense baie vitrée, le quatrième mur du cabinet, qui s'ouvrait sur la Spree, rebondissait sur les quelques deux cents à trois cents bouteilles qui se trouvaient là, en désordre total, rhums,  liqueurs, whisky, bourbons, etc., sur les quatre étagères de ce que, dans mon for intérieur, je baptisais aussitôt le reliquaire des alcools.
Le docteur se servit généreusement un rhum martiniquais, en toussotant "un délice, du sucre, idéal pour préparer l'apéritif en douceur..." et me tendit avec autorité un verre rempli d'un liquide brun, presque bordeaux, d'aspect lourd, presque huileux, "vous verrez, c'est assez exceptionnel, encore un peu tôt, mais exceptionnel, vraiment, si vous deviez n'en goûter qu'un..."


- Bon, concernant votre cas, hein, c'est un cas, d'école, de congrès même ! Je n'hésiterai pas à être direct et, ...mais où avais-je donc la tête ? ! Un cigare peut-être ? J'ai des petits macanudo tout à fait délicieux, idéaux pour cette magnifique fin de matinée, vraiment...

Quant à moi, après deux gorgées de cet alcool étonnant, je me calai confortablement au fond de mon fauteuil et, au travers de la baie vitrée, je laissai mon regard partir le long de la Spree tout en tirant de tendres petites bouffées sur ce délicat corona que le bon docteur m'avait offert avec tant de professionnalisme.
A dire vrai, les raisons de mon arrivée à Berlin, désormais, je m'en foutais.
Genève était devenue nauséabonde depuis longtemps déjà et l'enseignement ne m'intéressait plus.
Je me trouvais bien dans cette ville immense et tranquille et j'avais l'intention d'y rester.
Une sorte de remugle de souvenir émergea soudain à la surface de ma mémoire le temps d'une respiration: je m'étais fait renvoyer, assez sèchement, après avoir refusé de mettre à mort un élève comme les nouvelles priorités du Département de l'Instruction Publique l'exigeaient à présent. Renvoyé pour faute grave, manque de réalisme, refus d'appliquer mon cahier des charges ou quelque chose de cet acabit.

Mon regard glissait au fil de l'eau. Le monde tel que je le connaissais était devenu flottant, sur des eaux qui étaient loin d'être calmes.
Il me sembla soudain, alors que le docteur, d'un geste compétent, "je pense que l'hypnose, dans votre cas, étant donné la situation qui est la vôtre...étonnant ce rhum, non ? " me servait pour la troisième ou la quatrième fois, il me sembla soudain que j'avais brûlé tout le contenu de mon appartement, peut-être même l'immeuble tout entier.
Je me revoyais, je croyais me revoir debout dans le bassin entre les deux bâtiments tandis que la place même était en flamme et que l'air du soir hurlait dans la chaleur.
Saoul, une fois de plus, passé à tabac, une fois de plus, seul, égaré, une fois de plus.

Des pensées confuses se croisaient sans forcément se saluer dans ma tête, mon fils, Alexandre, qui avait mis ses petits mains autour de son cou blanc et fait mine de serrer, un grand chien noir qui transporte mon coeur dans son estomac, Pénélope, dont la peau prend de plus en plus l'aspect de la pierre, sa hache encore maculée de mon sang à la main, figée.
Un autre geste, flou, mais toujours compétent, un autre verre, je ne les comptais plus, un autre cigare aussi, "santa damiana, très inattendu, vous verrez, un sur-moi écrasant, prendre place, se défaire des idoles que vous même avez mises sur pied..."
La Spree, la sensation de la voir entière, toute, surplomber le courant et être extirpé de moi, enfin.
Dernières pensées, Siddhartha, quel con, mais quel con, et Tania, la Sex-Göttin... Un surnom un peu léger pour celle que je sais être un nouvel avatar de Shiva.
La lumière, comme si je n'avais pas vraiment vu la lumière jusqu'à présent.
La lumière.

Rester con et fréquenter un médecin compétent.

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : trop dure la vie....
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