Vendredi 23 avril 2010 5 23 /04 /Avr /2010 06:40

C'était comme si nous étions bloqués en plein vol à l'entrée de la fondamenta, figés en pleine course, alors que les balles 9 millimètres se rapprochaient de nos nuques au double de la vitesse du son. Ces demeurés avaient d'entrée de jeu tiré pour tuer, ils ne plaisantaient pas. Une prime, voire un grade supérieur, chef de groupe ou responsable d'escouade, étaient sans doute à la clé pour eux. Des types sérieux, comme je le disais. Il ne fallait pas rigoler et prendre nos jambes à notre cou.


Je me voyais encore, dans la garçonnière de l'Ancien, en train d'essayer de calmer Solal, de l'apaiser un tant soit peu, de le faire revenir à la raison, ne serait-ce que pour goûter ce Mission Haut-Brion 89 que Corto était en train d'ouvrir avec un infini respect.

- Écoute, tu ne devrais pas prendre tout cela tellement à coeur, à quoi bon ? Tu médites toujours, tu tiens le rythme, ça va ?

- Pas vraiment non, ces temps-ci, j'ai beaucoup de peine à m'asseoir et à calmer mes pensées, ça part un peu dans tous les sens.

- C'est parce que tu veux trop en faire, tu n'es pas obligé de t'infliger des séances de marathonien à chaque fois, tu veux que tout soit toujours parfait, mais tu sais parfaitement que quelques minutes suffisent, même cinq ou dix, non ? Tu dois juste te recentrer un peu, te focaliser sur ce qui est essentiel et, crois-moi, se venger n'a rien d'essentiel, loin de là.

- Je n'ai fait que prendre des coups cette année, je n'ai pas contre-attaqué, rien, c'était impossible, ça aurait ralenti de dossier, alourdi l'affaire, nui à mes intérêts, mais du coup j'ai accumulé une telle amertume...  J'ai envie de faire du mal en retour, c'est tout.

- Mais ce sont des sentiments inutiles, tu le sais aussi bien que moi, voire mieux d'un certain point de vue. Ils te pèsent, ils t'encrassent et te tirent vers le bas. C'est un peu bête à dire mon cher Solal, mais tu es la première, et peut-être la seule victime de tes pensées négatives. Tu ne fais du mal qu'à toi. Tu devrais vraiment te remettre à méditer et essayer de cultiver des pensées positives tous les jours. Ne te disperse pas, tu tenais le bon bout il y a peu, non ? Juste t'asseoir le matin, tranquillement, après un bon verre d'eau, ta cuillère d'aloe vera, chercher le calme, le trouver, même un court instant, non ?

- Oui, je tenais quelque chose de solide, c'est clair, cet hiver, il y avait quelque chose de bien, qui me posait vraiment, mais je ne parviens pas à retrouver l'énergie, le calme et la sérénité de cette période. Ça me semble soudain insurmontable, le simple geste de s'asseoir le matin me semble hors de portée.

- Bon, mais il y a quelque chose, non ? Des traces sont restées, il y a encore un fil à tirer, même ténu, non ? Tu le sais, tellement de choses se jouent là.

Je tenais mes deux mains fermement posées sur ses épaules et je fixais intensément son regard gris acier.

- Oui, une graine a été plantée, je le sens bien et il ne tient sans doute qu'à moi de la faire pousser, de la faire prospérer, je le sais parfaitement, inutile de m'assommer de sermons bien-pensants, mais ce soir, que tu le veuilles ou non, ce putain de McDonald's pète, point final. J'espère que je suis tout-à-fait clair à ce sujet et que tu me comprends bien, car je ne reviendrai pas là-dessus, j'y tiens. La bombe est faite, et bien faite, tu peux compter sur moi, et j'ai l'intention de m'en servir, quelles que soient les conséquences. Le meilleur vin du monde n'y changera rien.

Un magnifique bruit de bouchon qui émerge de son goulot de verre eut le dernier mot pour l'instant. Corto Maltese se tournait vers nous, radieux, léger et confiant.

- Chers amis, je ne le dirai qu'une fois, vos récipients s'il vous plaît !

Alors que nous nous dirigions vers lui, nos verres à la main, je tentai une dernière recommandation, la plus simple, la plus essentielle, mais sans doute la plus difficile à mettre en application, surtout pour un personnage comme Solal, soucieux, tourmenté, écrasé par toute une série de peurs et de devoirs dont il était l'hériter malgré lui, malgré sa désinvolture proverbiale et les années de psychanalyse (et les milliers de francs qu'il y avait consacrés).

- Tu devrais lâcher prise, laisser aller, être juste ici et maintenant, rien de plus.

Il me jeta un bref regard désemparé et tendit brusquement son verre à Corto sans rien me répondre.

 

A présent, alors que des balles, peut-être à têtes explosives, on pouvait s'attendre à tout de la  part de types aussi zélés, volaient vers nos nuques sans protection et que nous étions figés dans une inutile pantomime de course le long d'une étroite fondamenta vénitienne, comme cette conversation me semblait alors futile et lointaine, comme je regrettais de ne pas avoir été plus convainquant la veille tandis que nous partagions ce fabuleux Mission Haut-Brion 89 et comme je regrettais de ne pas avoir couru plus assidûment étant jeune ou bu plus régulièrement mon concentré de Spirulina algae. Mais, je le disais moi-même à Solal  il y a peu: "ici et maintenant"... Ici et maintenant, l'expérience de la mort consciente peut-être. Sommes-nous prêts ? Suis-je prêt et surtout, Solal est-il prêt ?

 

Rester con, c'est aussi donner des conseils qui se révèlent difficiles à suivre sur le moment.


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Mercredi 21 avril 2010 3 21 /04 /Avr /2010 07:00

"Christophe Colomb a tort de vouloir explorer les confins de la planète. Il existe des contrées inconnues bien plus vastes, sauvages et suprenantes que pourra jamais en apercevoir un marin scorbutique perché sur la grande hune de son navire, à l'affût de la terre derrière sa longue-vue. Le monde de l'esprit réside en chacun de nous, mais rares sont ceux qui le connaissent."


Paul J. McAuley, Les conjurés de Florence, Editions Denoël, 1999

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Lundi 19 avril 2010 1 19 /04 /Avr /2010 07:00

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La mauvaise mémoire : ombre et transparence

le mémorial de l'autodafé

Berlin 26

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Vendredi 16 avril 2010 5 16 /04 /Avr /2010 07:00

Solal et Corto Maltese couraient le plus vite possible dans les petites rues de Venise. Autant dire tout de suite que le plus vite possible, après tout ce qu'ils avaient bu et fumé n'était pas bien rapide, loin de là. Mais ils avançaient, c'était déjà ça et vu ce qu'ils avaient aux trousses, avancer, au plus loin, pour tenter de se mettre en sécurité, hors d'atteinte, ce n'était pas chose aisée, mais c'était clairement dans leur plus strict intérêt, du moins à mon avis et dans le mien, ce qui était aussi mon avis.


Moi, je n'avais rien bu, je n'avais rien fumé. Bien sûr, ça les avait fait marrer au début, ils rigolaient doucement autour de leurs verres pleins et du plateau de  fromages de la région et puis Solal, pendant un moment, n'avait pas arrêté de me demander si j'allais bien, si me sentais normal, parce que franchement, cette lubie de se la jouer sobre et tout le tremblement, ça lui semblait louche et plutôt déplacé.

Il était l'heure de faire la fête et je devais le comprendre clairement. Les choses avaient désormais bien avancé, on pouvait se laisser aller et puis lui et Corto avaient de grands projets révolutionnaires pour ce soir, de quoi bien s'amuser et franchement, se coltiner un gars silencieux et sérieux comme un moine ou quelque chose d'approchant, ça n'avait rien de réjouissant, et inutile de se faire la moindre illusion, c'était bien de moi qu'on parlait.

J'avais tenu bon, je savais ce que je me voulais et surtout, je savais ce que je ne voulais pas. Corto, lui n'avait pas insisté, il se contentait de sourire et de hocher la tête d'un air entendu comme depuis le début de cette histoire. Pour l'instant, il se contentait d'un rôle d'arrière-plan.

 

Quoiqu'il en soit, là, plus personne ne souriait, non, on courait comme des dératés, avec les gars de la milice privée de McDonald's à nos trousses, et quand je parle de milice privée, je ne parle pas de deux ou trois flics ratés ventripotents et fatigués, non, je parle d'une petite escouade de types triés sur le volet et entraînés au niveau des soldats d'élite des forces spéciales américaines ou israéliennes, au minimum, équipés du dernier cri en matière d'armes de guerre (Glock 17, Jéricho 941 F et Sig P226, tous ayant au bas mot une capacité de quinze balles dans le chargeur) et secondés par une meute d'énormes bergers allemands visiblement croisés avec une race du type molosse, genre mâtins de Naples.

Bref, une petite armée était sur nos talons et en voulait personnellement à notre peau, voilà ce qui arrivait quand on s'attaquait sans trop réfléchir à un symbole respecté de la mondialisation (31 600 restaurants franchisés dans le monde, plus de 21 milliards de dollars de chiffres d'affaire et près d'un demi-million d'employés). Ils étaient sur le point de nous rejoindre, ça ne devait plus tarder maintenant. De toute façon, depuis le début, malgré l'effet de surprise (en fait plus ou moins gâché par les hurlements avinés de Solal), nous ne faisions pas le poids, cette mascarade de poursuite en devenait presque inutile. Elle aurait été presque cocasse si nous n'avions pas l'étrange impression que quelque part nos vies étaient sans doute en jeu.


Nous déboulions sur la petite place qui faisait face à l'église Madonna dell'Orto, tout en haut du quartier de Cannaregio, juste après le campo dei Mori et nous allions nous jeter  désespérément dans la fondamenta qui plongeait vers la Sacca della Misericordia (un petit port), quand nous entendîmes très distinctement le son de pistolets qu'on charge d'un  geste précis et mille fois répété, c'était comme si on voyait soudain par une sorte d'artifice cubiste les balles remonter comme au ralenti dans leurs petites chambres d'acier ou de matériau composite. Puis l'aboiement bref d'un chef trancha la douceur de la nuit (il faisait bon pour la saison) et le sifflement caractéristique du métal dans l'air se rapprocha de nous à une vitesse grandissante, inexorable. Ces connards nous tiraient dessus !

 

Il était très clair que le déroulement de la soirée nous avait franchement échappé au moment où Solal avait commencé à fabriquer la bombe qui, sans mauvais jeu de mots, avait mis le feu aux poudres. Il braillait des lieux communs ineptes sur les dangers de la société de consommation et sur les aspects immoraux de la mondialisation tout en réunissant le matériel dont il avait besoin.

Il faut dire que l'Ancien nous avait confié les clés de sa garçonnière du quartier de l'Arsenal et qu'on y trouvait un peu de tout, du cheval blanc 82, un saint-émilion particulièrement fabuleux dont il disposait en doubles-magnums au désherbant industriel en passant par de gros clous de cercueil rouillés.

Corto et moi, allongés dans de profonds canapés, nous dégustions tranquillement le divin nectar, goût de cuir et de cassis, très long en bouche,  alors que Solal remplissait un gros tonnelet d'un mélange fait d'un herbicide particulièrement agressif, de sucre (en gros, cinquante-cinquante) et des clous susmentionnés. Il semblait en très grande forme, cette entrevue avec son fils et la séance de legos qui avaient suivi l'avaient requinqué, il semblait très clairement au top et, selon ses dires, il tenait désormais à montrer l'exemple, il fallait que les choses se sachent, il ne se laisserait plus faire.

Alors que Corto, presque par inadvertance, mettait la main sur un jéroboam de Mission Haut-Brion 89, je me rendis compte que Solal était toujours animé par ce terrible besoin de vengeance qui lui rongeait les entrailles et que rien ne semblait pouvoir apaiser. Un besoin d'action incontrôlable et désordonné le traversait littéralement et lui menait la vie dure. En ce moment précis, cette fameuse bombe et son stupide projet de faire sauter le McDonald's de Venise était simplement toute sa vie et ni les meilleurs conseils, ni les meilleurs vins et ni l'amour merveilleux de Tania ne pourraient y faire quoi que ce soit, hélas.

Il était décidément plus que temps qu'il retourne chez son psychanalyste, les vacances avaient assez duré !

 

Rester con, c'est construire soi-même des bombes qui n'exploseront pas au bon endroit.


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Mercredi 14 avril 2010 3 14 /04 /Avr /2010 07:00
"Plus tard, en été, un autre jeune peintre vint le voir pour lui poser des questions et lui demander conseil.
- Comment dois-je m'y prendre pour développer mon propre style ? s'enquit le jeune peintre.
- L'originalité ! rit Bada. Je suis comme je suis, je peins comme je peins. Je n'ai pas de méthode, je ne songe pas à être original, je ne suis que moi-même.
- Mais il faut pourtant que je me décide entre le style de l'école du nord et celle du sud.
- Tu ne viens d'aucune école et tu ne vas à aucune école. De même, l'école ne viendra pas à toi et de toi ne viendra pas l'école. Prends un pinceau et de l'encre et peins dans ton propre style."


Richard Weihe, Mer d'encre, Editions Jacqueline Chambon, Nîmes, 2004

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Lundi 12 avril 2010 1 12 /04 /Avr /2010 07:00
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Immeubles berlinois vus depuis la Spree
Berlin 25


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Vendredi 9 avril 2010 5 09 /04 /Avr /2010 09:47

- Papa, c'est toi papa ?

- Oui, c'est moi mon garçon.

- Où étais-tu, papa ? Je ne t'ai pas vu depuis tellement longtemps. Tu as juste disparu après le tour qu'on a fait dans la grande roue, tu te souviens ? J'ai regardé le petit train et après tu n'étais plus là.

- Oui mon garçon, je me souviens très bien, c'était au mois d'août l'année dernière. Le 7 août, la dernière fois que je t'ai vu dans des conditions normales.

- Et pourquoi tu as disparu ?

-... Je n'avais pas le choix, je voulais vraiment te voir, rester avec toi, mais j'en ai été empêché, je ne pouvais pas faire autrement, je suis désolé mon garçon. On m'a enlevé ce droit, on t'a enlevé ce droit.

- Mais tu es un super-héros papa? Tu peux te défendre.

- Oui, enfin plus ou moins, ça dépend, c'est assez compliqué...

- Tu as des pouvoirs ?

- Oui, quelques uns.

- Lesquels ?

- Eh bien, crachat empoisonné par exemple, ou chance inexplicable, mais pas toujours celui-la.

- ...C'est un peu dégueulasse, non, le coup du crachat ? C'est pas comme voler ou devenir invisible. Et puis ça sert à quoi ?

- Oui, je sais, c'est un peu décevant, on ne peut pas tous être Kal-El que veux-tu. Attends, j'ai aussi : trouver le meilleur tailleur de la ville et ouverture des chakras. Ils sont bien ceux-la.

- C'est déjà ça, j'imagine. C'est mieux que rien.

- Oui, comme tu dis mon garçon, c'est déjà ça. Ouverture des chakras, c'est très bien, très bon pour le corps et l'esprit, ça m'a tiré d'affaire assez sérieusement une fois.

- Mais pas de super-force, pas de super-vitesse ou de pouvoir de régénération ?

- Eh bien écoute, en fait, maintenant que tu le dis, je dois reconnaître que je récupère plutôt bien, vu tout ce qui m'est arrivé, tout ce qu'on m'a fait subir. Alors tu vois, je sais pas si c'est un super-pouvoir, mais je suis plutôt solide, j'encaisse bien, je résiste, je tiens le coup et je me relève. Par exemple, avant, j'avais un oeil en moins, plein de cicatrices, je boitais, mais tu vois, je vais mieux, non ?

-...

-... Et puis le coup des chakras, c'est pas mal, non ?

- C'est quelque chose sans doute.

- Tu veux que je t'apprenne à les ouvrir, ça pourrait te donner un coup de pouce pour l'école, non, qu'est ce que tu en dis ? Peu de gens savent le faire, c'est mieux que de jouer à la playstation.

- Je ne joue pas à la playstation, papa.

- ... Tu as raison, c'est une activité inepte.

- ... Pourquoi tu es parti, papa ? J'avais besoin de toi. J'avais besoin de toi, le soir, le matin, la nuit. J'avais besoin de sentir ta présence, mais tu n'étais plus là pour moi, tu étais loin.

- Je ne pouvais pas rester et puis de toute façon, je n'ai jamais été là le soir, la nuit ou le matin quand tu te réveillais. J'étais là l'après-midi, le lundi, le mercredi et puis le samedi, on allait nager. C'était peu de choses, mais c'était ce que nous avions.

- Mais pourquoi tout ça s'est terminé ?

- Je voulais te voir plus, j'aurais voulu que tu viennes dormir à la maison et qu'on fasse plus de choses ensemble, mais ta maman ne voulait pas que tu rencontres Tania.

- Qui est Tania ?

- C'est mon amoureuse, elle me rend très heureux et j'aimerais bien que tu fasses sa connaissance. En tout cas, elle, elle aimerait bien te rencontrer. Elle trouve bizarre de savoir que j'ai un fils et de ne l'avoir jamais vu en vrai.

- Elle vit avec toi, dans l'appartement où je venais jouer ?

- Oui, elle vit là avec moi. Tes jouets sont toujours là, tu sais, dans le coffre en bois et en cuir, les voitures, nos fiches...

- Mais alors tu n'aimes plus maman ?

- Non, mon garçon, je n'aime pas ta maman. Elle a vraiment cherché à me faire du mal et je pense qu'en faisant ça, elle t'a beaucoup fait souffrir aussi. Cette année a été très difficile pour moi, et pour toi aussi je pense.

- Mais alors pour maman aussi ?

- Oui, pour ta maman aussi, mais elle en est l'unique responsable. Elle est la cause de tout ce qui est arrivé, du moins à mon avis.

- Tu veux dire que ce n'est pas de ta faute tout ça alors, si tu es parti, maman t'a forcé, c'est ça? A moi, elle a dit autre chose, et puis je sais qu'elle est très triste, parfois elle pleure. Elle m'a dit que tout est arrivé à cause de toi et que tu ne voulais plus me voir.

- C'est un mensonge, c'est un mensonge honteux !... Ecoute, en tout cas, oui, nous sommes sans doute tous les trois très tristes, mais le plus important, c'est toi et tu peux être sûr d'une chose, c'est que nous t'aimons et que nous voulons le meilleur pour toi. C'est toi qui compte le plus. Le reste, c'est une histoire de grandes personnes qui, au fond, n'a plus la moindre importance.

- Le meilleur, c'est quoi d'abord?

- Selon moi, c'est l'autonomie, c'est ce que je voudrais te donner, la liberté, et la capacité d'en jouir, l'indépendance. C'est l'amour qui te donnera la confiance nécessaire. Le reste vient ensuite.

- Mais tu ne t'entendras plus avec maman ?

- Non mon fils, plus jamais, ta mère me dégoûte.

- Tu ne devrais pas me dire ça.

- Non, je ne devrais pas, on m'a prévenu : "ne pas souiller l'autre, ne pas prendre l'enfant dans un conflit de loyauté" etc. Mais je suis désolé, ta mère me dégoûte, je pense que c'est une mauvaise personne, voilà tout. Donc non, je ne m'entendrai plus jamais avec elle, mais je ferai tout mon possible pour que ça ne te pèse pas et pour entretenir avec elle un rapport de surface, disons, de convenance, cosmétique, quel qu'en soit le prix. Mais ma vie est désormais avec Tania et nous sommes prêts à t'accueillir durant le temps qui nous sera accordé, avec plaisir, nous nous réjouissons beaucoup de te voir chez nous.

- ...Si tu étais vraiment un super-héros, tu pourrais tout remettre ensemble, non ? Tous les morceaux brisés.

- Je n'ai pas l'intention de remettre tous les morceaux brisés ensemble mon garçon, ce n'est pas indispensable. C'est dur pour toi, mais ce serait un mensonge. De toute façon, ces morceaux la n'ont jamais été ensemble, pas un seul instant, juste nous deux.

- Ne pas mentir, c'est plus important que moi ? Tu es plus important que moi ?

- Non, je pense que me sacrifier n'est pas bon pour toi. Ça te rendrait aussi malheureux que moi. On ne construit pas un couple sur le sens du devoir ou la culpabilité. La relation doit être amoureuse avant tout, sinon elle est fausse.

- C'est ce que tu dis.

- Oui, c'est ce que je dis, c'est ma parole.

- Des fois tu me parles comme à un adulte et des fois comme à un enfant.

- Oui, parfois, tu es mon adulte, tu me contrains à chercher l'adulte en moi et c'est une bonne chose.

-...

-...

-... On va faire quoi maintenant ?

- On peut jouer aux lego si tu veux bien. Je peux faire une tour et tu l'as détruit. Comme d'habitude ? Après on lira une histoire

- Ok, fais une statue alors, un grand totem magique avec les bras pas pareils.

 

Rester con, c'est donner des explications d'adulte aux enfants et ne pas savoir renoncer à la sourde colère qui nous dévore le coeur et les entrailles.


Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Sagitairesfousdudeuxièmedécan
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Mercredi 7 avril 2010 3 07 /04 /Avr /2010 07:00
" La télévision est l'Antéchrist, mon cher Daniel, et je vous dis, moi, qu'il suffira de trois ou quatre générations pour que les gens ne sachent même plus lâcher un pet pour leur compte et que l'être humain retourne à la caverne, à la barbarie médiévale et à l'état d'imbécilité que la limace avait déjà dépassé au Pléistocène. Ce monde ne mourra pas d'une bombe atomique, comme le disent les journaux, il mourra de rire, de banalité, en transformant tout en farce et, de plus, en mauvaise farce."

Carlos Ruiz Zafon, L'Ombre du vent, Editions Grasset et Fasquelle, 2004

Par Solal Aronowicz - Publié dans : citations
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Lundi 5 avril 2010 1 05 /04 /Avr /2010 07:00

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Morceaux du Mur à l'abandon
Berlin 24

Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : photo passion
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Vendredi 2 avril 2010 5 02 /04 /Avr /2010 07:00
Sa respiration devient ample, profonde et calme. Ses chakras, puissants, lumineux,  ouverts comme d'énormes fleurs de feu chamarré, rayonnent d'une énergie douce, mais inexorable. Leur pulsation se répand par ondes dans la plaine dont peu à peu le paysage se modifie. Il se sent d'une immense tranquillité, la carpe qui remonte perpétuellement le long de son flanc luit et dégage un bel éclat orangé, devant ses yeux fermés : un grand lac de montagne aux eaux froides et sereines surmonté par un château blanc dans la cour duquel mille guerriers méditent, prêts au combat. Leur mélopée s'élève très haut sous les ciels.

Les couloirs voûtés, les parquets prestigieux, les carcasses étranges et les bannières aux inscriptions déroutantes se fondent et se mélangent pour former, étrange amalgame, une pierre de tourmaline noire pas plus grosse que le poing qui se pose avec  légèreté sur le  portail du funeste saint des saints qui gît tout au fond de cette plaine immense, immense comme tout ce qui s'étend en secret derrière le regard de Solal, ce regard fameux aux yeux gris traversé de nuances brunes et dorées. 

Au fond du puits atroce et terrible qui mène à cette terrifiante cité sous la plaine, on entend le hurlement de dépit et de rage noire poussé par l'ancienne déité qui reste, malgré l'obstacle,  qui semble tout de même fragile, prête à lancer ses tentacules sournois au coeur du dédale imprévisible que forme parfois l'esprit de Solal.

Dans une dernière respiration, profonde et parfaitement contrôlée, un cercle laqué de rouge se brise en silence et de vieux fantômes disparaissent enfin dans un ultime sifflement furieux.
Pour l'instant, Solal demeure le maître incontesté de son conscient et de son inconscient.

- Alors, tu es là, tu rêves ou quoi ? Bois donc ce café, qu'on en finisse et qu'on file faire un tour sur la lagune pendant qu'il fait encore beau, tu vois bien que le temps se couvre.

Corto assène une claque franche et amicale sur l'épaule (toujours la même, ils n'ont pas changé de position)
de Solal qui écarquille longuement les yeux devant son café devenu une fois de plus froid. Il jette un regard circonspect vers le vieux miroir qui lui fait face. Rien. Juste une image brillante, un peu déformée et ternie sur les bords, pas de tentacule étrange et imaginaire, pas de seuil indistinct qui luit dans le fond, la surface des choses semble calme et ordinaire, voire normale, mais Solal sait bien que ce mot n'a aucun sens. Peu à peu le bruit des conversations remonte jusqu'à lui, il discerne ce qui l'entoure plus clairement et il en vient à sourire du bout des lèvres.
Le combat a été rude, il y a eu de la casse, une fois de plus, (le rangement , le nettoyage et la réparation des dégâts ont pris un bon moment, ce n'était pas un verre tout simple), il pensait avoir franchi ce stade définitivement, mais certaines étapes sont dures à passer, malgré l'amour, malgré les nombreuses séances de psychanalyse, malgré un tatouage magnifique. Quoiqu'il en soit, il n'a aucun doute, il continue.
Il se passe la main sur le visage, sa barbe est plus longue que d'habitude, il pense qu'il doit se raser.
Il frappe dans les mains, heureux de cette victoire, lisse son pantalon et se lève pour partir, renonçant pour aujourd'hui à son café.

C'est alors qu'on entend un bruissement de tissu qui se termine sur un claquement sonore, suivi d'un bruit de dalles brisées, comme si quelque chose de très lourd était tombé à un endroit précis, au beau milieu de la piazza. Les deux hommes ont à peine le temps de risquer un coup d'oeil par les fenêtres et d'apercevoir une immense silhouette rouge et bleue  au milieu d'un attroupement frénétique de touristes qu'une voix de petit garçon fait doucement derrière eux :

- Papa, c'est toi papa ?

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con
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Mercredi 31 mars 2010 3 31 /03 /Mars /2010 07:00
"Il avait rangé ses tableaux et toutes ses affaires de peinture dans des coffrets en bois de santal, que ses disciples lui avaient offerts en guise de cadeau d'adieu. Il avait trouvé dans chacun d'eux des feuilles couvertes de salutations et de voeux qui l'émurent beaucoup.
Un soir, en traversant un fleuve, des pillards l'asaillirent. Le poids des coffrets leur fit croire qu'ils recelaient de l'or et du jade. Ils les dérobèrent tous sans les avoir ouverts.
Cet incident le déprima pendant des semaines durant lesquelles il évita les gens et ne parla à personne."

Richard Weihe, Mer d'encre, Editions Jacqueline Chambon, Nîmes 2004

Par Solal Aronowicz - Publié dans : citations
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Lundi 29 mars 2010 1 29 /03 /Mars /2010 07:00

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Crâne ricanant devant le vide et se protégeant néanmoins du soleil
Berlin 23


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