Vendredi 26 février 2010 5 26 /02 /Fév /2010 07:00
De manière assez étonnante, sans que qui que ce soit ne pose la moindre question, ou n'ose poser la moindre question, ce qui de toute façon revenait au même, Solal, avait exhibé, allumé et fumé quasiment en entier un excellent toscano à la puanteur étudiée alors qu'il était confortablement avachi dans la Salle Liberty du Caffe Florian à Venise.
Il tenait nonchalament un volume des Mémoires de Casanova ouvert en équilibre précaire sur une de ses cuisses tandis qu'il se laissait aller en arrière, envoyant d'épaisses volutes grises vers les voûtes du plafond, nononbstant les regards courroucés, éloquents, mais silencieux dont il était la cible.
Il caressait tendrement le vieux cuir du livre qui ne le quittait plus depuis son arrivée dans la ville de la lagune, sauf pour faire l'amour avec Tania, ce qui arrivait, rendons à César ce qui est à César, plusieurs fois par jour, ou pour, à la faveur de leur nombreuses promenades, pisser abondammnent dans les innombrables bénitiers dont la capitale de la Vénétie pouvait s'enorgueillir.

Avec un sourire doux remontant sur son visage, il pensait aussi au "oui" ému de Tania, à ses yeux bruns-verts remplis de larmes de plaisir et de surprise, à leurs gestes soudain maladroits et gauches au moment d'enfiler la bague aux trois ors dont le choix avait tant obsédé Solal, à leur longue étreinte auprès de ce petit pont qui plongeait le long d'un étonnant palazzo, certes décrépit, mais dont l'achat avait aussitôt été décidé : tout prenait une dimension nouvelle, à la fois merveilleuse et réaliste.

Solal, au fond, était un homme simple : l'amour (ce qui ,au fond, justement, n'a rien de simple), de quoi lire intelligemment, une vessie vidée à intervalles réguliers et bien sûr, quatre cigares par jour et au moins un demi-litre de whisky, de rhum à la rigueur, que demander de plus ? Une heure de méditation, voilà tout ce qu'il demandait de plus et il faut reconnaître qu'il manquait d'opiniâtreté, on ne peut pas être parfait.
Parfois, vaguement intrigué, il repensait à l'étrange mission qui lui avait été confiée et se souvenait plus ou moins qu'il était censé entrer en contact avec un certain Pr. Jones. Ce dernier, mais à dire vrai, Solal n'avait pas tout compris, tant il avait été distrait lors de son entrevue avec le capitaine Francis Blake, ce dernier devait le mettre sur la piste d'un caillou fameux, le Grang Moghol... Autant dire que toute cette histoire s'annonçait plus que fumeuse, d'autant plus qu'une certaine "clavicule de Salomon" avait également été mentionnée. Bref, fumeux, quoi.

Solal émergea soudain de ses rêveries, se redressa et commanda au vol un café à un garçon qui passait, glissant sur les parquets du XIXème.

C'est alors qu'une main large comme un plat à poisson et dure comme une  pierre tombale se posa lourdement sur son épaule qui, sous le choc, s'affaissa de dix bons centimètres.
- Espèce de sale youpin de merde, immonde petite pute de raclure juive. Cette fois, tu vas pas y couper, je vais te cogner la gueule jusqu'à que tu ressembles à un césar d'honneur, celui qu'on donne en fin de carrière.

Solal eut à peine le temps de se retourner pour voir son grossier interlocuteur qu'un poing massif  et visiblement entraîné lui écrasait la bouche, brisant une canine et une pré-molaire au passage et le projetant brutalement contre la table qui se trouvait derrière lui, renversant deux plateaux, trois cafés, un chocolat et quatre mousses au passage et surtout lui renfonçant dans le gosier la réplique qui lui était venue aussitôt à l'esprit :
- Écoutez monsieur, vous êtes très impoli et puis d'abord, et je tiens à être clair sur la question, je suis bouddhiste, alors, je ne vous permets pas.
De sages paroles que hélas, personne n'entendit et que sans doute personne n'entendrait jamais.

Rester con, c'est aussi un problème d'identité religieuse.

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Sagitairesfousdudeuxièmedécan
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Mercredi 24 février 2010 3 24 /02 /Fév /2010 07:00
" En nous grondent des forces qui veulent croître, bondir, faire du monde proie ! Que deviennent ces forces ? Que devient notre énergie ? voilà la question qui me hante : Est-ce que nous sommes en vie ? Vous avez 15 ans, 30 ans, 50 ans, 85 ans, est-ce que vous êtes en vie ? Est-ce que vous avez seulement commencé à éprouver ? Vous ne voulez pas mourir, hein ? Mais pour avoir peur de mourir, encore faudrait-il que vous ayez vécu ! "


Alain Damasio, la Zone du Dehors, Editions la Volte 2007

Par Solal Aronowicz - Publié dans : citations
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Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 07:00
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Urbaine 11 (fenêtres floues ou un immeuble bien trouble...)
souvenirs de la place


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : photo passion
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Vendredi 19 février 2010 5 19 /02 /Fév /2010 07:00
- Alors, mon beau chéri, qu'est ce qui me vaut ce dos tout contracté et ces yeux noirs et fermés? Encore perdu dans de funestes pensées, mon beau ténébreux inaccessible ?
Tania caressait doucement les épaules de Solal qui gardait obstinément son regard fixé sur la baie vitrée transparente qui fermait l'immense salle d'eau dont son bureau était, tout bien considéré, une sorte d'annexe. L'eau bouillante créait une buée si épaisse que les deux amoureux s'en remettaient plutôt au toucher qu'à la vue pour se retrouver et palper leurs jeunes corps pleins d'énergie sans cesse renouvelée par leur amour toujours naissant, la pratique assidue de la méditation et des exercices fréquents de sexe tantrique.

Avant d'aller plus loin, il faut dire que la réputation du Watergate et de son nouveau propriétaire était telle que chaque soir, de nombreux Allemands, (et de plus en plus de touristes) étudiants, journalistes, anthropologues, espions ou spécialistes de la théorie du chaos se réunissaient sur l'Oberbaum Brücke pour essayer d'attraper, profitant justement de la transparence du quatrième mur de cette fameuse salle d'eau, au vol des bribes d'images, forcément fugaces, parfois tendres ou coquines, d'autrefois franchement érotiques, mais toujours riches d'enseignements variés, alors que les désormais mythiques Tania et Solal se douchaient en toute tranquillité d'âme.

En effet, la rumeur ne cessait d'enfler autour du corps merveilleux de la sex-göttin et de "  la taille effarante" du membre viril de son futur mari. D'ailleurs, il ne faut pas se le cacher, cette attention soutenue à leur endroit n'était pas pour déplaire, loin de là, aux deux objets de toute cette agitation régulièrement dispersée par la police berlinoise, refroidie serait un mot plus juste, à grands renforts de karcher, fluidité de la circulation et intransigeance germanique obligent...
Cette fameuse rumeur disait même que la chancelière Angela Merkel s'était fendue d'une petite note prudente portant sur des notions, élémentaires selon elle, de bienséance et de pudeur. Ladite rumeur précisait en outre, certes selon des sources peu fiables, que la note sus-mentionnée s'agrémentait même, en post-scriptum, d'une invitation à prendre le thé dans sa résidence secondaire dans le Brandebourg, une invitation, adressée uniquement à Solal, qui, connaissant Tania et ses réactions parfois vives, avait  rapidement éliminé la curieuse invitation qui avait fini au fond d'une corbeille en acier brossé, sous des cendres encore chaudes.
Toutefois, assez étrangement, la semaine qui suivit, la chancelière allemande chuta brutalement dans les sondages, causant bien du souci, des heures supplémentaires et en tout cas un ulcère à ses conseillers en communication.

Solal donc, au travers de la buée qui s'accumulait sur la vitre, gardait les yeux fixés sur cette foule qui bougeait telle une masse organique, comme vaguement agitée d'une sorte de vie primaire, tout en se grattant distraitement la base du sexe alors que sa belle Tania, son ventre porteur de belles promesses d'avenir collé contre ses reins, lui caressait tendrement les épaules et le haut du dos avec un savon doux au cèdre et à la cannelle.
- Allons mon beau ténébreux, c'est ce mystérieux entretien avec cet étrange moustachu d'un autre âge qui te tourmente les méninges ?
- Eh bien oui, bougonna Solal, il me casse un peu les pieds, je dois le reconnaître, ce n'est pas le moment...
- Chuuut, mon gros chat, explique moi tranquillement toutes ces vilaines choses qui te tracassent tant.
- Si j'étais un chat, ma chérie, gros ou pas, voilà un bon moment que je ne serais plus sous cette douche avec toi, malheureusement, ma belle, sourit Solal.
- Allons, mon sauvage à moi, raconte, feula gravement Tania en caressant tendrement les bourses flapies par la chaleur de son homme contrarié par ses soucis.
- Eh bien, bon, il s'agirait d'Agammemnon, tu sais, le roi grec de l'Iliade, il serait de retour pour 2012, en décembre, avec une puissante armée. Francis Blake m'a parlé de conquête, de destruction, de fin du monde, enfin tu vois le tableau.
- Oui, mon chéri, je vois plus ou moins le tableau, mais de retour comment ?
- Sur la planète Nibiru, ou la planète X ou Perséphone... Enfin quelque chose dans ce goût là. Tu vois, moi, reprit Solal après un profond soupir, moi, ce qui me dérange vraiment au fond, c'est que toute cette histoire tombe mal. J'étais justement sur le point de me remettre à mon travail de post-doctorat sur les superhéros, tu te souviens, non ?
- Non, mon amour, je suis toute contrite, je ne me souviens pas très bien, mais je suis sûre que tu vas tout m'expliquer de nouveau, fit la jeune femme d'un ton mutin en resserrant légèrement son étreinte sur les bourses de son homme.
- Mais enfin, Tania ! De Daredevil à Superman, du local au mondial, de Hell's Kitchen à Krypton, les modalités du sur-homme en question ou un itinéraire des transfigurations du Héros... Tu sais que je tiens beaucoup à ce travail et là, je sens vraiment que je tiens le bon bout.
- Non mon chéri, le bon bout, c'est moi qui le tiens.

Rester con, c'est aussi une certaine forme de procrastination.

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Mercredi 17 février 2010 3 17 /02 /Fév /2010 07:00
"C'est (...) devenu une loi dans nos sociétés : plus un pouvoir se veut efficace, moins il se manifeste comme un pouvoir. Non seulement il a renoncé depuis un siècle aux contraintes physiques, mais il évite désormais toute espèce d'injonction, d'ordre impératif ou d'interdiction formelle. Les pouvoirs modernes, je vous l'ai assez répété, se déploient dans l'intangible, l'invisible et l'interstitiel."


Alain Damasio, la Zone du Dehors, Editions la Volte, 2007

Par Solal Aronowicz - Publié dans : citations - Communauté : Utopia
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Lundi 15 février 2010 1 15 /02 /Fév /2010 07:00

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Urbaine 10 (inscriptions sur un mur écaillé)
Berlin 18


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : Reg' Arts Photos
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Vendredi 12 février 2010 5 12 /02 /Fév /2010 07:00
Solal regardait le grand personnage moustachu avec circonspection tandis qu'il pliait son long trench-coat burberry avec soin et le posait, après un instant d'hésitation, sur le dossier du fauteuil en cuir dans lequel il s'assit avec un plaisir évident.
Solal, qui lui même avait pris place en face de lui, décontracté, mais, il fallait bien le reconnaître, assez intrigué, lui désigna une vieille boîte à cigares en cèdre posée sur une petite table en acajou tout en posant dans un cendrier en bois de rose le churchill de Roméo et Juliette qu'il venait de terminer.
Francis Blake refusa avec politesse tout en sortant lui-même sa fameuse pipe de la poche interne de son veston en tweed et une blague à tabac marquée par un sceau à la forme étrange et inhabituelle : un cercle traversé par une ligne verticale légèrement ondulée avec deux points, l'un intérieur, l'autre extérieur au rond, qui la bordaient.

les deux hommes sacrifièrent alors à leurs rituels de préparation dans un silence recueilli que seul le son assourdi qui montait du dancefloor venait nimber d'une sorte de transe méditative qui ne faisait que souligner, voire renforcer l'atmosphère sacrée qui se dégageait de leurs gestes précis et méthodiques.
Rouler entre les doigts, sentir, couper, tasser, mettre en bouche, goûer à froid, allumer lentement sans brûler.
Rapidement, un épais nuage de fumée monta dans la pièce, cachant peu à peu la vue qui donnait sur la Spree. Les volutes denses et crémeuses du D4 de Partagas, un superbe cigare à bague rouge, se mariaient harmonieusement avec celles plus légères, légèrement bleutées, de latakia, un excellent tabac chypriote aux feuilles plus noires que de coutume.
De concert, comme si quelque chose avait été programmé ou prévu de longue date, ils s'enfoncèrent plus profondément encore dans leurs fauteuils, croisèrent les jambes et se regardèrent enfin.

- Intéressant ce tabac, une couleur assez étonnante, remarqua Solal à mi-voix.
- Oui, merci, old fellow, je le fais venir par valise diplomatique de Kyrenia, c'est plus sûr, il est d'ailleurs de plus en plus rare, fit Francis Blake en lissant délicatement sa fine moustache.
Il eut soudain un geste désolé et laissa retomber sa main mollement sur l'accoudoir de son fauteuil.
- La grandissante hégémonie américaine s'étend même jusqu'à l'univers du tabac, que voulez-vous old chap...
- C'est inévitable, comme bien des choses d'ailleurs, comme peut-être ce qui vous amène  ici, de manière assez inattendue à dire vrai... La fin du monde, dites-vous finit Solal en tirant une longue bouffée sur son D4.
- Oui, plus ou moins. Nos informations viennent de sources diverses, pas toujours fiables, hélas. Ceci dit, sans vouloir peindre le diable sur la muraille, l'image d'ensemble, tout en étant  étrangement déconcertante, demeure assez inquiétante. Bref, nous nous devions de vous contacter. Votre traitement de l'affaire Pénélope a été assez exemplaire et puis, pour être tout à fait clair,  on vous a recommandé.
- Je vois, fit Solal dans un sourire. Je ne sais pas si je mérite  de tels lauriers, pour le cas que vous mentionnez, je n'y suis pour rien, ou pour peu de choses. Elle a juste définitivement disparu de mon horizon. Elle n'est simplement plus, ce qui d'ailleurs est bien agréable.
- Non, je ne vois pas vraiment, mais j'apprécie, by Jove, j'apprécie. "Elle a juste disparu !" Très bien, problème réglé ! Si tout pouvait se résoudre de la sorte en politique internationale, mon métier serait une vraie sinécure, croyez-moi. Et puis vous avez le don de vous entourer de personnages, disons, étonnants, mais souvent assez efficaces.
- Vous me prêtez bien des talents, sourit Solal. Vous savez, moi, Tania, et puis mes cigares, les chaussures, enfin vous voyez. Bref, de quoi s'agit-il ? Qu'est ce qui peut amener le chef du MI6 jusqu'au Watergate à Berlin en janvier 2010 ?
- Ecoutez bon, à première vue, old chap, ça peut sembler difficile à croire, mais on ne risque rien à vérifier, n'est-ce pas : au pire, on voyage, on se cultive, on se change les idées, non?  Bref : Agamemnon, vous qui avez fait des études classiques, ça vous dit quelque chose, je présume ?

Cigare, pipe, volutes. La densité de la fumée s'accroît encore dans le bureau de Solal, elle prend des formes étranges, la lumière filtrant depuis l'autre rive de la Spree, rouge, bleue, dessine d'étonnantes arabesques corinthiennes sur le contour insaisissable des volutes grises.
Les deux hommes, le chef du fameux service de contre-espionnage britannique, le capitaine Francis Blake et Solal Aronowicz, dilettante et écrivain malheureusement velléitaire, candidat au démembrement mais à l'amour fou aussi, enfin, Européen convaincu, Suisse sans remords cependant, les deux hommes donc semblent se recueillir et goûter soit la saveur de leurs objets sources de fumée onctueuse, baume à leurs esprits, hélas, loins d'être aussi sereins qu'on aurait pu le croire, soit, et c'est à dire vrai sans doute bien plus probable, soit ils goûtent une autre saveur, plus surprenante et plus inattendue celle-la, la saveur de ce nom au goût de sang et d'ambition, terrible et ne présageant rien de bon : Agamemnon.

Agamemnon, l'immuable, l'obstiné, fils d'Atrée et de Merope, frère de Ménélas.
Agamemnon, roi de Mycènes et chef de l'armada grecque contre Troie au cours de la légendaire guerre pour Hélène, plus belle femme du monde d'alors.
Agamemnon, enfin, mort, piteusement assassiné dans son bain par Clytemnestre sa tendre épouse, ivre de vengeance pour la mort d'une enfant chérie...

Rester con, c'est affronter des ennemis improbables et puissants et puis allumer un autre cigare...encore et encore...

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con
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Mercredi 10 février 2010 3 10 /02 /Fév /2010 07:00
"(...) il ne faut pas être dupe : le corps de l'homme est déchéant. Il s'est affaibli au cours des siècles. L'espérance de vie est passée de 40 à 95 ans. N'est-ce pas la preuve que l'on vit à moindre régime, pour durer, qu'il n'y a plus de débauche d'énergie ni d'excès de force, tout simplement parce qu'on a plus cette force des excès ? "


Alain Damasio, la Zone de Dehors, Editions la Volte, 2007

Par Solal Aronowicz - Publié dans : citations
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Lundi 8 février 2010 1 08 /02 /Fév /2010 07:00

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Urbaine 9, un escalier au Tacheles
Berlin 17

Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : photo passion
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Vendredi 5 février 2010 5 05 /02 /Fév /2010 07:00
Solal posa délicatement son cigare, un churchill de Roméo et Juliette à la bague dorée, comme toujours un délice de crème et de velours, au creux du cendrier métallique qui était juché, en équilibre précaire, sur la pile branlante de GQ qui se trouvait dans les chiottes de son bureau et, à la faveur d'une dernière poussée ferme et décidée, le front crispé par l'effort, il se mit à réfléchir calmement.
Le chili con carne de l'Ancien, c'était désormais évident, ne passait pas. Trop d'oignons, trop de tabasco, trop d'haricots rouges. Il fallait maintenant agir avec la plus grande circonspection. Choisir avec précaution le matériel adéquat.

Solal avait en effet un mystérieux rendez-vous dans quelques minutes. "Une affaire d'état de la plus haute importance" lui avait-on écrit en anglais dans un étrange télégramme dont le papier semblait dater des années cinquante. "Vous êtes le plus qualifié pour cette mission dont le sort du monde dépend".
Très clairement, il ne pouvait pas recevoir son rendez-vous la merde aux doigts.

Son regard se porta alors naturellement sur le dernier Amélie Nothomb qui traînait, oublié, sur la même pile de GQ. Voilà qui conviendrait parfaitement, Albin Michel, un éditeur au demeurant de grande qualité, utilisant un papier qui absorbait bien.
Solal tira donc une longue bouffée sur son cigare, déchira une généreuse poignée de pages de l'immondice littéraire qu'il avait abandonné aux lieux d'aisance et se torcha avec application, attentif à bien racler, sans irriter toutefois, le long des bords de l'anus, une zone à la fois délicate et cruciale.

Ayant réglé son affaire au mieux et jeté le reste du misérable opuscule à la poubelle, le cigare au coin de la bouche, il se lava les mains méticuleusement quatre ou cinq fois au savon d'Alep, ce qui, il fallait bien le reconnaître, était aux limites du toc, et enfin, se regarda dans la glace. Il n'était pas encore habitué à se voir avec deux yeux, même si l'un d'entre eux, celui qu'il avait récupéré à la faveur de l'étrange retournement de situation de l'épisode 54, était beaucoup moins mobile que son voisin.
Il tapota d'un geste tendre sa poitrine habillée d'un magnifique costume prince de galles gris clair de chez Gieves and Hawkes, sans doute un des meilleurs tailleurs de la place londonienne, lissa sa cravate noire (reflets bleutés) et secoua, par habitude, son poignet gauche pour faire tourner le mouvement de son omega speedmaster broken arrow. Il était prêt à sauver le monde, du moins dans la mesure de ses modestes moyens.

Une fois la porte des toilettes fermée, il se rapprocha aussitôt de l'immense baie vitrée de son bureau qui donnait sur la Spree.
Il souriait calmement. Depuis une petite semaine, il était le nouveau propriétaire du Watergate à Kreuzberg, un des meilleurs clubs de Berlin. Une étrange transaction avait en effet eu lieu dans l'arrière-salle d'un café de Prenzlauer berg au cours d'une partie de poker fermé qui avait duré trois jours entiers. Un marathon à l'issue duquel Solal s'était retrouvé épuisé, sans doute cuit, comme jamais il ne l'avait été auparavant, mais heureux et inattendu propriétaire de cette boîte réputée dans toute la ville et bien au delà.
Les yeux dans le vague, il rêvassait encore à cet étonnant coup du sort tout en tirant de lentes bouffées de son Roméo et Juliette. C'est alors que la porte s'ouvrit pour laisser à la fois passer une vague puissante de cette musique électro sobre et minimaliste dont les Allemands ont le secret et un nouveau personnage de haute taille à la fine moustache blonde sanglé dans un trench-coat burberry
à la coupe un peu datée.

- Monsieur Aronowicz, Solal Aronowicz ?
- Oui, c'est bien moi.
- Ah, je suis heureux de faire votre connaissance, sport, mon nom est Blake, Francis Blake.
- Eh bien le moins qu'on puisse dire, c'est que l'un chasse l'autre.
- ...Oui, comme vous dites, old chap, comme vous dites, fit Blake avec un sourire fin. Je suis l'auteur de ce télégramme qui vous a peut-être interloqué et j'aimerais m'entretenir avec vous de la fin du monde, si vous n'y voyez pas d'inconvénient.

 
Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Sagitairesfousdudeuxièmedécan
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Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /Fév /2010 07:00
"- Ils ne peuvent rien contre nous, de toute façon. Ce qu'on fait n'est pas illégal.
 - Illégal, non. Simplement anormal, ce qui est bien pire."

Alain Damasio, la Zone du Dehors, éditions la Volte, 2007

Par Solal Aronowicz - Publié dans : citations
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Lundi 1 février 2010 1 01 /02 /Fév /2010 07:00

CSC_1388.JPG
Urbaine 8 (hôtel du dieu des voyages, du commerce, des voleurs et d'une certaine forme de magie)
Berlin 16


Par Solal Aronowicz - Publié dans : images - Communauté : Reg' Arts Photos
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  • Je tiens le coup, j'aime, je résiste, une nouvelle vie, une croix (la seule que je tolère) sur l'ancienne, le départ, enfin, Tania, nous deux, et puis fumer, boire et écrire encore et encore, se battre toujours un peu quand même.

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