Vendredi 8 août 2008
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17:25
Je vis dans la honte, une honte lourde, poisseuse, sournoise aussi, qui s'appuie sur ma nuque que
je ne parviens pas à garder droite et peu à peu, je me plie. Mon visage s'approche du sol, un sol sale, jonché de papiers, de crottes plus ou moins sèches et de journaux lus à la va-vite.
Lorsque je serai face contre terre, passerai-je de l'autre côté, sous la surface ? Ou alors, dans une sorte d'explosion mouillée, je me répandrai, ne laissant que ma peau blanche et vide comme un
petit paquet sale au coin du bassin qui perce la place en bas de chez moi ?
Le bassin joue son rôle.
La place également, j'y reviendrai.
Je vis dans la honte, car je fuis. Je fuis la seule chose vraiment importante dans une vie, ce qui articule sans doute tout le reste. Je fuis mon fils, mon petit garçon, mon bonhomme qui a bientôt
4 ans.
Je ne vis pas avec lui.
Je l'aime, oui je t'aime. Je suis fier de toi, je te trouve gentil, drôle et magnifique. Oui je t'aime. Je l'aime.
Je ne vis pas avec lui.
(Trois "je" de suite, voilà une anaphore claire quant au sujet central de préoccupation de l'auteur de ces lignes : moi, moi, moi. Jusqu'à que je me vomisse ?)
Je viens de réserver un grand château gonflable pour son anniversaire. Pour la première fois, ce sera chez moi.
Cette grande structure bleue et rouge pleine de vent qui va remplir tout mon salon reflète assez bien ce que je vis.
L'immense bonheur d'être père.
La sourde tristesse d'être fautif, coupable, défectueux exactement dans le même mouvement.
Ce fort de plastique occupe tout l'espace disponible, mais il est creux dedans.
Papa n'est pas là.
Il faudra un jour lui expliquer que j'ai choisi de ne pas être avec lui.
Le soir pour lui lire une histoire, je ne suis pas là. La nuit pour chasser ses cauchemars, je ne suis pas là. Le matin pour lui préparer son petit-déjeuner, je ne suis pas là.
Maman est là, toute seule.
Elle attend que papa vienne, elle attend que papa se décide.
Papa vous aime tous les deux, mais pas assez pour rester et renoncer à ses passe-temps ineptes : chaussures, cigares, lectures, séries, indolents rêves d'écriture... En tout cas, dépenser tout son
argent avec le plus grand soin, voilà ce qu'il fait.
Papa dit qu'il manque d'amour pour maman. Papa dit qu'il ne se sent pas assez réalisé pour s'occuper d'un enfant, même si c'est le sien, même s'il l'a fait.
Peut-on être papa à 20, 25 % ?
Pourtant papa a bientôt 34 ans. Alors, quand sera-t-il prêt à faire ce qu'il doit et ce qu'une grande partie de lui veut, tout fond, sous cette couche de vernis brillant de loin, mais couverte de
craquelures à y regarder de plus près ?
La question de l'amour a-t-elle du sens quand la question de l'éducation d'un enfant est en jeu ?
Un homme qui fait froidement le choix de ne pas être là est-il encore un homme ? Suis-je un homme ?
Par Solal Aronowicz
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Publié dans : journal d'un con
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