Samedi 16 août 2008 6 16 /08 /Août /2008 11:20
L'été, saison délicate et atroce traversée par le spectacle de déesses à demi dénudées,
défendues avec un acharnement  distant et soyeux...

Une chaleur moite colle à ma peau tannée par un soleil violent, je respire des images de femmes magnifiques qui marchent, interdites, dures, horriblement désirables.

Assis, libidineux, vautré même, oisif au coin d'une terrasse qui domine le barrio, tirant sur un edmundo puissant, encore vert, trop jeune, je triture les images taraudantes que ces visions m'inspirent.
La pulsion, montrueuse, tentaculaire, monte en moi depuis mon ventre amolli par la fumée et l'alcool.
Je déglutis une salive épaisse et ce que je ne parviens pas à avaler, je le crache à côté de moi.
Je commande un dix-neuvième mojito d'un geste bref.

Tout entier, je suis poisseux, sale, dégoûtant et je voudrais me vomir s'il ne faisait pas trop chaud pour ça.

Ces filles, suspendues au dessus du sol de la ville dans leurs sandales à talons hauts et lanières fines qui serrent  (Araki, à l'aide !) leurs chevilles étroites et brunes, avancent, précédées par leurs "boucliers provocants" armés de pointes noires, ceux là. Elles  avancent comme des chars d'assaut au blindage de chair durcie dirigeant leur canon dans une direction qui n'est pas la mienne.

Car elles défilent sans un regard, droite et dures, embastillées dans leurs nippes de marque qui leur font comme des armures de soie et de lin.
Ces femmes sont toutes prêtes à une guerre brutale et sans pitié, si ce n'est contre le genre masculin dans son ensemble, contre moi en tout cas.
Elles lancent leurs premières attaques sans prévenir, à la dérobée mais sans pitié. Un cil aiguisé comme une lame se plante dans mon oeil, du sang coule dans mon mojito, formant un nuage foncé.

Je ne bronche pas, elles sont trop fortes. Tout cela sans un regard, sans donner l'impression d'avoir remarqué mon existence.
Je ne vois pas venir la deuxième attaque, avec un oeil crevé, aussi, ce n'est pas facile. Le creux d'une taille élastique me frappe sur le  côté du visage, me brisant arcade et pommette.
Mes vêtements de lin blanc, ce matin encore vaporeux, sont à présent lourds de sang et pèsent sur mon corps comme de vieux draps trempés.
Défiguré, je parviens quand même à finir mon mojito d'une main tremblante tandis qu'un ongle rouge et tranchant lacère mes cuisses.

Impossible de lutter, je suis trop faible.
Je laisse la somme nécessaire sur la table après avoir discrètement subtilisé un couteau à dents bien coupant, ceux qu'on sert pour les steaks.
Furtivement, je me glisse dans une ruelle qui mène dans une cour intérieure, plus ou moins secrète, où les détritus jonchent le sol, où le ciel ne tombe que voilé.
La pulsion remplit maintenant mon corps tout entier et le déforme sous la force de cette pression intérieure qui écrase tous mes organes internes.

Il me reste juste assez de libre arbitre et de courage propre pour m'ouvrir le ventre d'un geste précis et arracher à pleines mains la pulsion ignoble et visqueuse qui coule sur le sol sale et mouillé.
La pieuvre immense s'agite mollement et bat l'air vicié de ses tentacules qui cherchent à la hisser hors de la cour par le haut.
Alors que je meurs calmement, j'entends la voix du garçon qui éructe :
- Eh toi, le connard là-bas,  il manque 23 francs !
Le coup de pied rageur qu'il me lâche dans la mâchoire sera mon dernier contact avec ce monde plein de couleurs.

Plus loin, sur le haut du barrio, une belle femme tenant un petit garçon par la main semble chercher un homme.

Rester con, c'est aussi ne pas payer ses mojito.

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : bons à rien mauvais en tout
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