Dimanche 17 août 2008 7 17 /08 /2008 20:20
Un homme (soyons large) qui a passé sa journée à courir en vue d'un marathon,
à faire des pompes pour durcir ses pectoraux et des tractions pour muscler ses bras,
à regarder l'épisode 22 de la saison 3 de desperate houswives pour savoir si les mariages respectifs de Gabby et de Susan auront bien lieu,
à ranger son salon parce que, franchement, le canapé à droite ça n'allait plus, et puis comme ça, il y a plus de place,
à jeter des notes dispersées en vue de trois romans (dont la mise au net de ce journal) et une pièce de théâtre,
à errer, avec un air très décidé et un t-shirt soigneusement choisi, dans un magasin de musique ouvert le dimanche pour trouver un film à regarder ce soir (ce sera a history of violence)...

Est-ce que l'homme qui a fait ces choses en toute connaissance de cause, sans vraiment hésiter, il en avait prévu certaines à l'avance, et qui se retrouve maintenant devant son ordinateur portable après avoir bu sa bière rituelle (sapporo), est-ce que cet homme a fait ce qu'il y avait sincèrement à faire pendant cette journée de dimanche ?

En fait, il s'est conduit comme s'il était seul, mais ce n'est pas le cas, il n'est pas seul.

Ce que je n'ai pas fait ce dimanche :
aller jouer au parc avec mon fils
lui passer la main dans les cheveux
l'embrasser, au coin du nez et de la joue
lui dire que je l'aime
lui faire répéter les noms des animaux
le balancer
me bagarrer avec lui
me promener avec lui
l'écraser dans mes bras

Là où une certaine forme de solitude devient un peu effrayante, c'est quand, à mon sens, on se demande honnêtement ce que vont faire les personnages de séries télévisées (voire se demander comment ça va tourner, à voix haute, seul dans le salon) et qu'on les prend comme exemples de réflexion.
C'est pourtant mon cas.
Dans desperate housewives saison 3, épisode 22, Carlos, l'ex-mari de Gabby Solis, fréquente Edie depuis quelques temps. Lorsqu'elle lui apprend qu'elle est peut-être enceinte et qu'ils regardent les résultats du test de grossesse ensemble, il s'emballe soudain et se met à imaginer tout ce qu'il et ce qu'ils pourraient faire avec cet enfant qui s'annonce. Ce, malgré son manque d'amour pour Edie. Il vient en effet de lui dire qu'il l'aimait bien, mais qu'il n'était pas amoureux d'elle.
Cependant, il se sent soudain prêt à avoir un enfant (un garçon de préférence) et à l'élever avec une femme qu'il apprécie sans l'aimer.

Cette place immense dans sa vie qu'il est prêt à faire pour un enfant, cette chambre de pirate qu'il a en vue, me renvoient immanquablement à tout ce que je n'ai pas fait pour mon fils et avec mon fils aujourd'hui et à la place que je ne lui donne pas dans ma vie.
Bien sûr, je le verrai demain.
Mais aujourd'hui, il ne m'a pas vu et je ne l'ai pas vu, nous n'avons rien fait ensemble.

Est-ce que je ne passe pas mon temps à combler du vide par des choses qui n'ont absolument aucun sens pour éviter de faire ce qui compte : m'occuper de mon fils ?
Est-ce que quelque chose d'autre recèle le moindre sens face à ça : l'éducation de mon fils ?
Je suis enseignant, je suis payé pour savoir que nous vivons dans un monde répugnant à bien des titres.
Et je ne serais pas là pour lui montrer le chemin et le protéger ?

Je participe à ce monde sale et égoïste en écrivant des bribes de romans qui ne seront ni lus ni édités, en préparant des marathons tout en sachant que je ne passerai sans doute jamais en dessous de la barre des 3 h 15, en regardant des séries télévisées qui ne font que ressasser la superficialité et la monstruosité du monde que je construits moi aussi à chaque instant où je ne suis pas auprès de lui.
Cet obstacle du prétendu manque d'amour me taraude car qui est cet homme qui ne parvient pas à faire ce sacrifice ?
Qui est cet homme qui n'est pas capable de dire : mon fils, je te donne tout mon temps et tout mon espace pour faire de toi un homme, à mon tour, à ton tour ?

J'ai tout reçu, pourquoi ne puis-je pas donner ?

Je suis en train de me préparer un acte d'accusation qui sera prononcé dans 10, 12 ans au plus tard.

Je répondrai : tu vois mon fils, c'était important de rester con.



 

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Agora
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Commentaires

et bien l'avantage de ce week-end , c'est que je n'ai pas à me torturer l'esprist avec le bisou que je n'ai pas fait à mes enfants.... ils sont partis chez leur père....
Commentaire n°1 posté par véro le 04/10/2008 à 21h21

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  • Trente ans brutalement passés, malgré les nombreux serments passés avec soi-même et l'ombre de soi-même, pas la trace d'un texte publié, errance sur tous les plans depuis la fin de l'université, bref, un dilettante qui ne s'assume pas.

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