Mardi 26 août 2008
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En général, je suis peu regardant, mais je dois reconnaître qu'il y a des spectacles que je ne supporte plus.
Les types en t-shirt qui boivent des bières en canette dans la rue, voire assis sur un banc, par exemple, voilà quelque chose que je tolère
mal.
Je sais que je manque parfois de désinvolture, mais je me soigne en me disant qu'ils sont répugnants et que je ne leur ressemble pas. J'accélère le pas et je regarde ailleurs.
En fait, je les plains, ils ne se rendent pas compte à quel point ils sont dégoûtants.
Il y a aussi ceux qui dorment dans le train (je ne parle même pas du bus). Ils me sont particulièrement odieux.
Attention, les femmes, si elles sont belles et jeunes, quoi qu'elles fassent, ne me dérangent pas.
Ce sont mes "pareils" qui me font horreur.
Hier, justement, dans le train Genève-Berlin, un jeune homme s'est installé à côté de moi et il s'est endormi les pieds sur la banquette. Il portait des chaussettes blanches ultra-basses, sales,
tachées de traces de formes et de couleurs différentes et il se laissait couler dans les bras sirupeux du sommeil avec une telle évidence, une telle facilité et, disons-le, une telle ostentation,
voire un tel mépris pour ceux qui préfèrent rester vigilants et attentifs à la surface des choses, qu'il en devenait tout entier nauséabond, ignoble et abject de suffisance.
Cet abandon total et obscène, dans l'incompréhensible et absolue confiance accordée à son entourage immédiat, a fait remonter à la frange de mon oesophage les remugles de mon café encore tiède et
les relents de mon aversion pour ceux que je me refuse à considérer comme les miens.
Cette forme molle aux pieds sales a bientôt rempli tout l'espace disponible, avalé mon champ de vision et m'a surplombé, énorme et boursouflée de quiétude satisfaite, soudain terriblement
agressive dans sa sérénité malveillante et atrocement paisible à la fois.
Un tableau difficile à supporter.
J'ai discrètement vomi dans la petite poubelle située sous les tablettes repliables et j'ai rapidement repris la lecture de mon GQ (pas le même numéro que dans gestes matinaux, j'évolue,
j'avance).
Rester con me coûte bien des cafés et une haleine difficile.
Par Solal Aronowicz
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Publié dans : journal d'un con
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