Mardi 30 septembre 2008
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Je dois reconnaître que pour un athée, ou du moins quelqu'un qui se prétend tel, la question de Dieu traverse une bonne partie de mon travail
(ce terme est un peu prétentieux, surtout appliqué à soi-même, mais il me donne l'impression de faire quelque chose d'un peu sérieux, d'occuper un certain vide, surtout le dimanche après-midi
alors que le soleil traîne avec froideur le long de cette grande rue vide et que j'hésite vraiment à aller au cinéma).
En fait, le sujet est effleuré, approché, suggéré, tout simplement, dans les peintures, puis, un peu plus tard, avec les images. Alors que je n'ai jamais écrit sur Dieu, il est venu de lui-même
sous mon pinceau, mon marqueur en fait, j'écris trop mal pour signer autrement, et sans que je le décide, sans que je me dise : je vais peindre un sujet religieux ou mettons Dieu en image.
Pour être exact, il est apparu au moment où je me suis mis à donner des titres à mes toiles. A partir de là, dans un premier temps, je suis resté très polythéiste, mettant en scène des forces
anciennes et sans doutes chthoniennes ou minérales, puis, dans un deuxième temps, une forme de conversion s'est établie et il me semble que j'approche d'un certain monothéisme (certes, celui
clairement marqué par son aspect trinitaire, c'est quand même bien plus intéressant, plus troublant).
Alors, devant ce surgissement mystique, je ne peux pas m'empêcher de me poser des questions. Qu'est-ce qu'il fait là ? Qu'est-ce qu'il m'arrive ? D'un côté, si je suis honnête, je dois
reconnaître en fait que je visite la plupart des églises que mes voyages mettent sur ma route. A un tel point que cette habitude quelque peu forcenée a autrefois été source de moqueries de la
part de mes amis un peu lassés par ces moments de déambulations dans une ombre fraîche sous le regard souvent souffrant de figures mortes il y a longtemps pour défendre quelque chose que nous ne
comprenions pas.
Car, d'un autre côté, il y a l'interrogation que suscite la foi. La foi est une idée, un sentiment, une sensation, la conscience d'une présence ou une forme de confiance pure, je ne sais pas,
pour moi, c'est impossible de la qualifier, je ne la connais pas. Je ne la connais pas et, pour aller plus loin, je ne veux pas la connaître, tant je la considère avec circonspection, voire avec
une certaine répulsion. En effet, il y a, à mon sens, une forme de non-réfléchir inhérent à la foi. C'est ce point particulier, cette étape où l'on accepte, en baissant la nuque et en joignant
les mains, cette croyance qui demande une part d'aveuglement profond qui, automatiquement, me fait reculer de quelques pas, pour m'appuyer nonchalamment dans l'ombre d'une colonne et observer,
parfois presque avec aversion, ceux qui s'inclinent.
Ceci dit, qu'on ne se trompe pas sur le sens de mes propos, ce n'est pas par fierté que je tiens à rester droit. Nous avons besoin de modèles devant lesquels nous pencher, d'exemples auxquels
puiser du courage et de l'énergie, mais surtout comme le disait Konrad Mauntz dans ses prolégomènes à une culture de la circonspection : "Dieu exige nos murmures soumis dans le froid des
églises et l'obscurité des temples, or l'effort pour la civilisation réclame nos fronts hauts et un hurlement constant pour la confiance en l'imagination". Ce n'étaient pas des mots faciles à
écrire dans l'Allemagne du XVIème siècle, encore moins à faire publier et je pense qu'ils sont toujours d'actualité, tant nous avons besoin d'imagination, tant nous manquons d'imagination en
fait.
En définitive, la question de Dieu me fascine, avec toutes les contradictions que cela implique, ses lieux de cultes m'aspirent, les textes qui gravitent autour de lui m'enthousiasment, mais au
fond, plutôt que de me consacrer au morne abandon que demande la foi, je préfère écrire quelques mots pour continuer à célébrer le culte de l'imagination dont le temple est plus difficile à
visiter, mais tellement plus vaste, tellement plus sonore, tellement plus scintillant et tellement plus dangereux.
Rester con, c'est ne pas oser regarder celui qui veille dans la lumière.
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