Bon, dans la vie, il y a un temps pour tout. Un temps pour se plaindre et dire que ça ne va pas, et un autre pour parler de choses
sérieuses. Or, James Bond est justement une chose sérieuse, voire très sérieuse. Après tout, je l'ai quand même invité à l'anniversaire de mon blog, ce n'est pas rien.
Et puis, de manière générale, les Suisses devraient plus se pencher son cas, le revendiquer même, puisqu'il est quasiment certain que sa
mère, Monique Delacroix, est vaudoise, et que lui même a étudié pendant une année à l'université de Genève, en 1936, 1937. Il était
certes fort jeune, 16 ans tout au plus, mais malgré son renvoi d'Eton deux ans auparavant, c'était un élève doué. Une année pendant laquelle il a été logé au quai Gusatve-Ador. Bon je n'irai
pas jusqu'à dire que James Bond est suisse, non surtout pas, je le préfère sous le drapeau britannique, of course, mais il a certaines attaches du côté du lac Léman, c'est un élément à
ne pas nier.
Aux pointilleux qui ronchonnent pour savoir quelles sont mes sources, je répondrai qu'elles sont doubles. Premièrement l'excellente
biographie de Laurent Queyssi parue aux moutons électriques en 2007, les nombreuses vies de James Bond, et deuxièmement, mon grand-père. En effet, ce vieux baroudeur a bien connu notre héros à l'époque où lui-même était employé de l'université comme assistant technique. Il
en profitait pour mettre au point ses travaux qui devaient aboutir à son fameux viseur Delta Reflex qui révolutionnerait le monde de la DCA en son temps. Son succès serait tel qu'une base
américaine de Floride serait nommée en son honneur quelques dizaines d'années plus tard. Mais je m'égare.
Quoiqu'il en soit, mon grand-père fumait régulièrement des cigarettes turques en compagnie du jeune James Bond (à cette époque, il n'avait pas encore découvert le fameux mélange que Morland
préparerait pour son usage exclusif) dans son étrange bureau où s'amoncelaient toutes sortes de souvenirs de voyages lointains et sans doute homériques.
Voilà donc en ce qui me concerne d'excellentes raisons de m'intéresser à l'espion britannique et de proposer un petit "top five" de
ses meilleurs films, classement, of course qui sera sans doute sujet à d'âpres discussions, du moins je le souhaite sincèrement (ceci étant dit, je sais que les préoccupations de bien
de gens, même si ce sont mes lecteurs, sont tristement triviales et donc loin de sujets de réflexion tels que celui que je propose maintenant...)
1. James Bond contre Dr. No
Pour la façon magnifique et nonchalante que Sean Connery prête à James bond
lorsqu'il inspecte sa chambre d'hôtel en silence pour finir par jeter le téléphone avec désinvolture sur le lit et par demander, le pied sur les couvertures et le coude sur le genou, à changer
de chambre. James Bond est là, pas dans les scènes d'action ou de séduction, mais dans cette superbe souplesse empreinte de brutalité sous-jacente.
Brutalité toute professionnelle qui ressort, et comme je l'envie, lorsqu'il exécute sans broncher le tueur venu
l'assassiner dans la maisonnette de la jolie secrétaire. Sec et sans bavures... Roger Moore en aurait pâlit.
Pour la scène où James Bond apparaît pour la première fois (pas pour la toute première, certes, mais enfin, ce qui a
précédé, est-ce la peine de le relever ?) jouant aux cartes au cercle les Ambassadeurs. Cigarette, gros gains, femme séduite,... notre héros est là.
2. Bons baisers de Russie
Pour cette incroyable scène où deux messieurs déambulent dans les sous-sols d'Istanbul en costumes gris clair et devisent en observant la
salle de réunion de l'ambassade soviétique au travers d'un périscope. James Bond est là aussi, dans ce décalage délicieusement suranné, dans ces conversations de gentlemen à l'élégance
grantienne en train d'organiser la défense du monde libre.
Pour une certaine bagarre dans un certain train également, bien sûr.
Pour ce "well" extraordinaire lorsque James Bond reconnaît que la jeune agente soviétique dont il est censé obtenir des
informations cruciales pour son gouvernement ne le laisse pas indifférent.
3. Au service secret de sa majesté
Pour son interprète unique, mélange subtil de force, de vigueur et de fragilité, qui sans doute aurait fait un James
Bond à l'enviable longévité.
Pour une Bond girl bien particulière, elle-même agente très spéciale dans un monde parallèle.
Pour l'alliance passée entre le héros et le grand banditisme et pour celle passée au doigt de la jeune femme citée
ci-dessus.
Pour l'Aston-Martin DB5 V8.
Pour ces étonnantes scènes d'action passées en mode accéléré et cette incroyable bagarre où les protagonistes se
retrouvent en trois coups de poing de l'eau jusqu'à mi-cuisses alors qu'ils étaient au moins à une dizaine de mètres du rivage.
Pour toutes les autres bagarres aussi, en fait, délicieusement démodées et dynamiques.
Pour la chanson de Louis Armstrong, we have all the time in the world.
Pour voir James Bond en kilt et l'entendre confesser une veritable aversion pour le sport.
Pour de très belles scènes à ski.
Pour un excellent Blofeld, flic de haut vol à la sempiternelle sucette dans un monde tout aussi parallèle que le
précédent.
Pour une incohérence interne à l'univers des films (clin d'oeil peut-être à l'ordre des livres...). En effet, Blofeld devrait reconnaître James Bond, et donc ne pas se laisser abuser par
son identité de membre du collège d'héraldique de Londres, puisqu'il l'a déjà rencontré dans On ne vit que deux fois. Ceci dit, ils étaint tous deux autres... S'agit-il alors d'un
accès de cohérence méta-filmique ? Ce serait superbe !
Mon Dieu, quelle avalanche d'arguments, mais est-ce mon James Bond préféré ? !
4. Casino Royale
Pour cette nouvelle énergie, pour ce retour au réalisme et aux origines de Bond : la brutalité et les cartes.
Pour la scène d'ouverture et la façon intelligente dont le gun barrel, passage absolument obligé, est amené et incrusté à l'écran.
Pour le générique, son graphisme et sa chanson.
Pour l'extraordinaire dimension physique des scènes des poursuites et de très, très belles bagarres (merci Jason...).
Pour cette fameuse scène de poker (celle aux Bahamas) où Bond gagne aux cartes l'Aston Martin DB5 qu'il utilisera par la suite (...eh oui) dans Goldfinger, un très joli clin
d'oeil.
Pour la scène où James Bond, couverts de sang, reprend son souffle après la bagarre des escaliers, souffre, lâche même une petite grimace devant son miroir et s'envoie au bas mot un
demi-verre de whisky (sans doute) pour se requinquer, un geste très bondien, très fidèle au personnage des livres.
5. Goldfinger / Rien que pour vos yeux
Pour Sean Connery une fois de plus : charme, force féline et élégance.
Pour la première pré-mission qui condense bien des aspects caractéristiques de l'univers bondien.
Pour une réplique d'anthologie : "You expect me to talk ?" "No, Mister Bond, I expect you to die !".
Pour la partie de golf contre Goldfinger, James Bond étant en effet un excellent joueur, il fallait le montrer à l'écran. Une passion qu'il a
d'ailleurs transmise à Sean Connery qui avait dû apprendre à jouer pour le film et qui n'a plus lâché les clubs depuis.
Pour, enfin, une ambiance générale, un équilibre qui lance vraiment le style James Bond.
Pour une pré-mission qui commence par une scène mélancolique bienvenue dans l'univers de James Bond. L'agent secret
se recueille en effet sur la tombe de sa femme.
Pour ce qui suit juste après en hélicoptère, ces acrobaties tournées en 1981 au-dessus de la Tamise tiennent encore
la route, du moins à mon sens, aujourd'hui.
Pour la fin cocasse d'un méchant qui a tenu bien des films : jeté au fond d'une immense cheminée
d'usine.
Pour un rythme général plutôt enlevé.
Pour un objectif de mission, un sytème de lancement de missiles de la taille d'une machine à écrire, étrangement
réaliste pour un James Bond (cf. Moonraker...).
Pour un Roger Moore qui ne ridiculise pas trop le personnage, pour une fois...
Voilà.
Bon tout tout ceci n'est pas gravé dans le marbre, au fur et à mesure de mes relectures de ces films, de subtiles modifications se font, mais que les choses soient claires, on ne verra
jamais, vraiment jamais, l'homme au pistolet d'or ou le monde ne suffit pas en tête de liste.
Restent à venir un classement des acteurs (on peut facilement se livrer à certaines déductions sur la base de celui-ci) et un classement des méchants (à ce niveau là, la question du critère
est absolument cruciale. Le plus réaliste ou le plus mégalo, par exemple).
Au contraire, les films des années quatre-vingts, eux, je trouve ont vraiment vieillis. Ils sont tellement marqués par leur époque. Et puis il y a le problème Roger Moore...
Il y a tout de même une approche de retour aux sources avec le dernier. Certes, on reste loin du personnage des livres qui souffre beaucoup plus, fume beaucoup, beaucoup plus et a un régime alimentaire bien moins gastro...