Dimanche 5 octobre 2008
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15:01
L'appartement est désormais rangé, ne restent que quelques ballons, reliquats colorés de l'anniversaire de mon fils, et
une tache rougeâtre contre un mur autrefois blanc, reliquat de la petite fête organisée pour le premier mois de mon blog.
Tout est calme, tout est propre, rien d'autre ne traîne, mais je ne vais pas vraiment mieux pour autant.
Je passe souvent une main prudente sur ma poitrine qu'un ami chirurgien descendu en catastrophe de Londres a raccommodée au mieux. Vu l'étendue des dégâts, le peu de précautions prises au moment
de l'opération et son état lorsqu'il me recousait dans la cuisine, la benson au coin de la bouche, un oeil sur le dernier épisode de californication.
- Putain, impossible à télécharger cette merde, heureusement que t'es encore assez con pour acheter des coffrets.
Vu, enfin, qu'il met un point d'honneur à effectuer tous ses trajets en vespa et, à grands renforts de claques, à opérer sans anesthésie.
- Putain, bois un verre d'eau et arrête de gueuler, j'entends plus rien !
Vu, donc, tout ce que je viens de préciser, je suis rafistolé certes, mais pas vraiment présentable.
Toutefois, je suis vivant, c'est sans doute ce qui compte le plus.
Je passe donc souvent une main prudente sur ma poitrine traversée par cette incroyable cicatrice, trace sans doute ineffaçable du coeur qu'on m'a arraché, puis remis.
Trace d'une faute,
Trace d'un amour non partagé
Trace de chair boursouflée.
Je ne suis pas encore retourné au travail, et même si mon ami londonien me refuse par principe tout certificat médical,
la complaisance n'étant pas son fort, ni d'ailleurs d'un quelconque intérêt pour lui, il m'a tout de même, en échange de quelques kilos de films, orienté vers un des ses collègues, le fameux
docteur N., qui lui saurait peut-être aborder mon cas avec le regard et l'écoute nécessaires et m'accorder, le cas échéant, les papiers dont j'ai besoin pour me remettre et me reposer un peu.
- Tu verras, il est bien, bon c'est un psy. Cliniquement, la psy est morte depuis la fin des années 90, tu le sais, mais je pense qu'il saura s'y prendre avec toi. Ne lui dis pas que c'est moi
qui t'envoie, il est resté sur une défaite assez nette au tennis, je crois qu'il l'a mal digérée. Bon, il joue pas trop mal, mais il est en-dessous, tout simplement.
- Aronowicz, ouais, qui vous envoie chez moi ? Comment ça, vous pouvez pas me le dire ? ! Vous êtes complètement con ou quoi, vous savez à qui vous parlez ? Je suis le plus jeune prof
ordinaire de toute l'Europe, sans doute du monde. Alors un gars qui m'appelle chez moi à une heure pas possible pendant que je suis en train de me faire sucer sans dire quel sac à merde lui a
filé ce numéro privé, un gars comme ça peut aller se faire foutre. C'est pas parce que vous avez un nom de juif que je vais vous prendre. Le docteur D. vous dites ? Je vois parfaitement qui
c'est, je l'ai écrasé au tennis il y deux ou trois mois à Londres, j'étais en congrès. Il joue pas mal, mais trop de fautes, aucune condition physique, une partie intéressante au demeurant.
Écoutez, je m'occupe de votre certificat et je vous attends à ma clinique en fin de semaine, disons vendredi prochain, à 11 heures. Prenez vos affaires de tennis et quelques cigares au cas
où.
Je passe donc souvent la main sur ma poitrine le long de cette étrange cicatrice et, alors que ce dimanche commence déjà à finir, j'allume un superbe Arturo Fuente, un double corona gran
reserva. Je ne vais pas très bien, mais ce n'est pas une raison pour se laisser aller.
C'est plutôt une vitole pour le soir, à fumer après un bon repas, plutôt copieux pour avoir l'estomac bien calé. Ceci dit, ces modules impressionnants sont moins puissants qu'on l'imagine et puis
celui-là a la particularité d'avoir bénéficié d'un vieillissement attentif, voire amoureux de 10 ans, grâce aux soins élaborés et méticuleux d'amis plus spécialistes que moi. Il sera idéal pour
une dégusation tranquille de fin de journée.
Le tirage est parfait, lent mais facile, ample et généreux. Je crois que c'est ce qui compte le plus pour moi. Je déteste devoir m'époumoner sur un cigare trop serré. Ceux-là finissent par la
fenêtre, dans le Rhône au mieux.
Je fume, les chasses du comte Zaroff commencent. Finalement, cette convalescence va être magnifique.
Rester con, c'est aussi obtenir des certificats médicaux foireux.
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