Dimanche 19 octobre 2008
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Je voulais un petit peu de changement, je voulais aussi une image plus évidente, qui se laisse plus facilement regarder
et puis, je dois reconnaître que j'aime bien cette photo de moi. On peut m'y regarder sans détourner les yeux. Il y a une certaine forme de calme, également.
Je ne suis pas vaniteux, mais j'ai la nostalgie de cette époque, pas forcément lointaine, ça dépend du point de vue, où mon visage et mon corps étaient normaux. J'éprouvais aussi une certaine
confiance en l'avenir, des choses positives allaient m'arriver, c'était indubitable. On le voit bien, l'océan devant mon visage barré de lunettes noires est un terrain immense à conquérir. Plus
tard, je fumerais un cigare inoubliable, un short de partagas, devant ce paysage sans limites.
La banniètre précédente était aussi une photo de moi, plus récente, prise à un moment différent. D'ailleurs, mon oeil unique est bien reconnaissable, étrangement détaché de la ligne ténue qui
délimite le contour de ma tête.
Moi et quelques amis, nous étions arrivés au bord d'une zone étrange, celle à laquelle on accède en allant au bout de ma cuisine et en ouvrant la porte du placard à 47 degrés. Il faut alors
rester au même endroit pendant 4 minutes au moins et, si les autres exigences sont respectées (elles ne seront pas dites ici), alors une nouvelle surface émerge et la zone étrange se laisse
approcher. Nous en étions là lorsque la photo a été prise, d'où son étrange apparence, peut-être certains diront de cette image qu'elle est ratée, mais ce n'est pas le cas, loin de là, elle
est au contraire le fruit d'une importante préparation.
On ne le voit pas, bien sûr, mais à ce moment là, je suis presque au plus mal, juste quelques jours avant l'anniversaire du blog.
Sur cette nouvelle image, je suis plus jeune de sept ans. Au moment où le cliché a été pris, par une charmante jeune fille de dix-sept ans, je venais tout juste de franchir le cap de la trentaine
et ce voyage à Los Angeles était un véritable aboutissement pour moi.
J'y voyais même un tremplin, une allée bien droite vers un futur, pas forcément glorieux, non, pas à ce point là, mais vers un futur où mon nom, Solal Aronowicz, serait inscrit dans un endroit
relativement visible, où mon nom serait suffisamment reconnu pour me permettre de vivre en toute liberté de mes écrits.
Mon premier recueil de poèmes, nuits sans issue, était sur le point d'être publié par une maison française plutôt confidentielle, mais d'excellente réputation, et j'étais en Californie
pour donner une conférence assez attendue par un public averti sur Konrad Mauntz, la période viennoise ou les prémices de la psychanalyse. J'étais un de ces universitaires de seconde zone, un écrivain d'arrière-plan, surfant entre deux eaux et ça suffisait à ma modeste
soif de réussite.
Mais il y avait cette charmante photographe de dix-sept ans et, on l'oublie trop souvent, les Américains ne plaisantent pas avec certaines transgressions...
Ceci est sans doute une autre histoire, c'est en tout cas la première étape de mon démembrement.
Rester con, c'est aussi vouloir donner des leçons d'éducation sexuelle après avoir fumé un cigare magnifique.
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