Jeudi 30 juillet 2009
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11:00
- Vous pourriez cesser de tous parler en même temps ? ! Franchement, c'est insupportable. Déjà que vous tenez tous les
deux des propos à la limite du cohérent, ou de l'incohérent, c'est à voir, hein, c'est selon, ok. Alors, je vous le dis tout net, vous êtes carrément difficiles à suivre, voilà.
Merde.
Je touille mon cinquième kaffee normal d'un mouvement qui se voudrait mesuré, mais qui laisse sans doute
transpirer une quantité notable d'exaspération.
- Merde ? Merde, ça, mon vieux, c'est le moins qu'on puisse dire...
Une vague de rire gras couche mes deux interlocuteurs de bâbord à tribord le long du banc qui me fait face.
C'est vraiment très énervant, mais en ce qui me concerne, je reste calme et serein, un vrai bodhisattva, du moins, j'aime à le penser.
Je remue d'un air distant mon café qui refroidit, je chasse une abeille qui s'intéresse d'un peu trop près aux reliquats de mon petit-déjeuner et je braque enfin un regard dur (et surtout
bi-oculaire) sur ces deux cons qui se gondolent sans vergogne alors que je suis dans une précarité à laquelle mon train de vie ne m'avait pas habitué.
- Bon, écoutez moi bien, si vous êtes capables un, de vous taire et deux, de vous concentrer, ce dont je suis loin d'être sûr, autant vous le dire tout
de suite.
- Ouais, hé ho hein, fais pas ton prof avec nous, hein. Si on avait pas été là, tu serais encore à poil dans le Tiergarten.
- Oui, je remercie en effet le hasard de vous avoir mis sur ma route, c'est inespéré, voilà, merci aussi pour le petit-déjeuner et les cafés, je vais
d'ailleurs en prendre un sixième avec un petit rhum, histoire d'aborder la suite des événements en toute détente. Ceci étant dit, chers amis, silence, écoute, voici la suite de mon
programme...
- Ouais, on se tait, plus un mot, attention totale, respect le plus profond. Un homme qui a
passé la nuit à chier dans son froc, faut l'écouter avec la déférence qu'il mérite, pas vrai Herman ?
- C'est pas faux Carver, c'est pas faux. On t'écoute Solal, on est attentifs et tout et tout.
Les deux se calent sur leur banc, repoussent leurs tasses et joignent les mains avec onctuosité tout en posant un regard concentré et passablement
crétin sur moi.
Je ne peux m'empêcher de rendre un sourire à ces deux personnages jusque là un peu secondaires, il est vrai, mais qui n'ont pas hésité à sacrifier leur quotidien, l'un était enseignant, collègue
pour être plus précis, l'autre comédien, pour me précéder à Berlin.
Au fond, avaient-ils vraiment le choix ? Ce n'est pas si sûr. Quoi qu'il en soit, ils ont tous les deux, après avoir rapidement fait connaissance dans le train Genève-Berlin, trouvé assez vite
leur place dans la capitale allemande et travaillent désormais pour le zoologischer garten en tant que
gardiens de fauves. Herman s'occupe des tigres, Carver des lions.
- Bien, donc voilà le programme : me trouver des vêtements qui me vont, ne te fâche pas Carver, mais là, j'ai l'air d'un sac et,...
- Non, eh bien moi, ça me vexe, ça me froisse, je te prête ma veste, une des plus belles, et tu fais le difficile. Franchement, tu n'as aucun tact. Et puis je te rappelle qu'à poil, tu ne
ressembles pas à grand chose, avec ta cicatrice et ton torse tout étriqué. Moi, je dis, un joli tatouage et quelques pompes ne te feraient pas de mal, mon vieux.
- Et puis écoute, rajoute Herman, moi je trouve qu'elle te va bien, la veste de Carver. Elle te donne un petit côté Batman, tu vois...
- Bref, merci les gars, merci. Je continue, je continue. Des vêtements donc, une UBS pour essayer d'expliquer mon cas et retirer de l'argent...
- Un exercice intéressant, sans aucun doute, coupe Herman.
- Je sais, on verra. De l'argent donc et, et un médecin spécialiste des pertes de mémoire pour m'aider à me souvenir comment, voire pourquoi j'ai atterri ici. Je n'ai rien contre Berlin, mais je
ne vois pas le lien avec ce qui précède. Moi, j'étais dans la salle des maîtres, en train de parler à une collègue qui était limite désagréable avec moi.
- Un autre exercice intéressant, coupe Carver, mais tu ne dis pas tout, mon cher Solal, tu ne dis pas tout. Dans la voiture, tu nous as soulevé un point qu'il faut, du moins à mon avis, hein,
mettre en tête de liste sur ton petit programme berlinois. Pas vrai, Herman ?
- Tout à fait mon cher Carver, tout à fait : Tania, la Sex-Göttin...
- Eh oui mon cher Herman, Tania la Sex-Göttin me semble être un piste indispensable à suivre pour, si je puis dire, mettre en lumière les tenants et aboutissants de tout ce bordel.
En effet, Tania la Sex-Göttin va jouer désormais un rôle central dans cette histoire et il faut reconnaître qu'il était plus que temps qu'un personnage féminin s'installe dans ce
monde peut-être un peu trop masculin.
Faire une liste et s'y tenir pour ne plus rester con.