Vendredi 2 octobre 2009 5 02 /10 /Oct /2009 07:00
Cette nuit, insomnie brutale. Dans la tête, ça tourne, vite, ça s'éparpille, vite. Rien à faire, inutile de lutter, ça empire. Tourbillon, sarabande d'aiguilles et d'idées chauffées à blanc. Une sorte de tension sournoise et électrique me traverse et me tarabuste sous la peau.
La journée, je m'assomme d'activités fébriles et précises, mais le soir, ça remonte et c'est comme des épingles qu'on mélangerait dans mon crâne à coups de mortier.
Et puis faire du rangement chez moi, chez nous désormais, me rend quasiment taré d'agitation mentale. Je visualise tout ce qu'il reste à faire et derrière mon front, c'est un tetris de livres et de disques, un sabbat de fringues et de godasses qui voltigent d'étagère en étagères.


Mes yeux écarquillés, globuleux de sommeil se perdent, égarés, le long des lignes d'un Vincent Ravalec au  rythme délirant et halluciné, Nostalgie de la magie noire.
Un livre qui n'aide pas à dormir, loin de là, non, tous ces fantômes, ces morts charriés par une Loire boueuse et stagnante, ces songeries effrayantes, sanglantes, obsédantes.
Cette civilisation qui s'écroule et si je m'achetais une arme moi aussi. Après tout, il ne faut pas se leurrer, on sait comment ça va finir.
Je sens de la violence sous ma surface, prête à éclater.

J'empile les pages à la lumière de ma lampe de poche et je jette parfois un oeil de plus en plus désabusé au temps qui s'égrène inexorablement sur l'écran digital de mon nouveau réveil:
supprimer les ondes, éteindre le téléphone portable la nuit, ménager ses cellules nerveuses...
Bonne idée, la santé quoi. Résultat, je ne dors pas, je m'agite, je m'inquiète et dans ma tête, la roue tourne de plus en plus vite, les épingles sont de plus en plus nombreuses, alors que Tania la Sex-Göttin roupille de son sommeil divin et calme à mes côtés.
Peu à peu, elle se met à léviter. Calmement, elle flotte au-dessus du lit. Elle fait toujours ça quand elle rêve.
Je suis partagé entre l'admiration et un énervement brutal.

Je lâche mon livre, la lampe de poche roule entre nous deux, je fixe la lumière orangée qui sourde du palier par l'encadrement vitré de la porte d'entrée.
Ça tourne, ça crépite, je ne dors pas.

Alexandre
Je fantasme nos retrouvailles, mais quand, mais où, sous la surveillance de qui ???
Pénélope
Je fantasme l'entretien à venir, l'audience à venir, la peur de ne pas rester calme, sa manière insidieuse de susciter ma colère, ses arguments obtus et arriérés, sa main de goule crispée sur le petit poignet blanc de mon fils.

Mon fils ?...?
Notre fils, hélas, notre fils. J'ai fait un enfant à / contre / avec cette femme et on ne peut pas dire que je n'étais pas prévenu, que je ne savais pas comment on faisait les bébés, alors je demande une fois de plus, mais en silence, Tania dort, dans cette nuit où je me tords, comateux de fatigue, quel noeud j'ai ficelé à mon insu, en plein coeur de moi-même, au beau milieu des miasmes nauséabonds de l'inconscient, quel noeud impossible et inextricable j'ai manigancé à mon encontre et pourquoi me suis-je joué ce tour étrange et ambigu ?
Voilà qui ne sera pas résolu d'un coup d'épée...ou en tout cas, il ne faudrait pas.

Et puis toutes ces personnes qui se sont emparées de ce qui est désormais devenu un dossier :
monavocatsonavocatleprésidentdelapremièrechambrel'assisantesocialeduSPMI
Que va-t-on dire de moi, quels mots va-t-on mettre sur la relation que j'ai avec mon fils, que va-t-on faire de moi, de nous ? Que va-t-il rester de toutes ces heures, de toutes ces après-midi passées avec lui, de nos goûters, de nos promenades, de nos jeux à nous deux.
Quelques lignes dictées par une femme boursouflée de haine, écrites servilement par la main molle d'un avocat crétin incapable de voir les non-sens qui se glissent sous sa plume.
Cet imbécile porte le même nom que moi...
Et c'est moi qui ai besoin d'un psychiatre...

Bref. J'accumule du mauvais karma, il faut que je m'apaise.

Se lever, tituber en silence jusqu'aux chiottes et pisser à gros bouillons, c'est déjà ça et puis chercher à tâtons les ingrédients, aaaah dormir enfin, de mon cocktail de sommeil et, merde, trois fois merde, se rendre compte qu'ils ne sont plus là, ni dalmadorm, ni imovane, ni lexomil, ni aucune petite pilule qu'elle soit grise ou bleue, ronde ou ovale, il n'y a juste rien et je dois reconnaître que ça me fait chier, voilà tout, parce qu'au point où j'en suis, même moite et fallacieux, le sommeil, je n'attends que lui, mais voilà bouddhisme, méditation et tout ce fatras d'idées à la con font que je ne dors pas et que la magie chimique, cette nuit, ne viendra pas à mon secours.

Toute cette agitation intérieure, bon ou mauvais karma ? Surtout, ne prendre aucun risque. A mon avis, je ne suis pas loin de rompre le cycle des renaissances, alors pas d'écart, ce serait trop con, je suis près du but. Cette ouverture de chakra la semaine dernière, cette lévitation spontanée, ce sont des signes de progrès évidents, clairs et nets. Alors, ne pas flancher, surtout, ne pas flancher.
Savoir accepter son anxiété, ne pas lutter contre l'angoisse, pratiquer quelques respirations profondes, par le ventre, expulser l'air par les narines avec énergie, puis s'asseoir au salon au creux de mon immense divan gris, et se servir un rhum, et s'allumer un cigare, un cohiba, siglo VI. Il n'y pas de raison de se refuser quoi que ce soit, au point où j'en suis, franchement.
Après tout, si je ne dors pas, autant que ce soit pour une bonne raison. De toute façon, à l'échelle d'une existence, une nuit de sommeil en plus ou en moins, hein ?

Je glisse le dvd de la première saison de Californication dans le lecteur d'un air vicieux, je m'installe confortablement en tirant une délicate première bouffée et c'est toujours un enchantement. Dire qu'il y en a pour snober ce siglo VI...

Du coin de l'oeil, j'aperçois un grand type massif habillé en bleu et rouge qui fait des tractions  à une main dans l'entrée et un autre gars en smoking brioni qui démonte un Walter PPK dans la cuisine devant un reste de curry mouton-épinards...

Rester con et ne pas foutre à la porte des coloc' qui ne paient pas le loyer...

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con
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