épisode 57 : sous la douche avec Tania

Publié le 19 Février 2010

- Alors, mon beau chéri, qu'est ce qui me vaut ce dos tout contracté et ces yeux noirs et fermés? Encore perdu dans de funestes pensées, mon beau ténébreux inaccessible ?
Tania caressait doucement les épaules de Solal qui gardait obstinément son regard fixé sur la baie vitrée transparente qui fermait l'immense salle d'eau dont son bureau était, tout bien considéré, une sorte d'annexe. L'eau bouillante créait une buée si épaisse que les deux amoureux s'en remettaient plutôt au toucher qu'à la vue pour se retrouver et palper leurs jeunes corps pleins d'énergie sans cesse renouvelée par leur amour toujours naissant, la pratique assidue de la méditation et des exercices fréquents de sexe tantrique.

Avant d'aller plus loin, il faut dire que la réputation du Watergate et de son nouveau propriétaire était telle que chaque soir, de nombreux Allemands, (et de plus en plus de touristes) étudiants, journalistes, anthropologues, espions ou spécialistes de la théorie du chaos se réunissaient sur l'Oberbaum Brücke pour essayer d'attraper, profitant justement de la transparence du quatrième mur de cette fameuse salle d'eau, au vol des bribes d'images, forcément fugaces, parfois tendres ou coquines, d'autrefois franchement érotiques, mais toujours riches d'enseignements variés, alors que les désormais mythiques Tania et Solal se douchaient en toute tranquillité d'âme.

En effet, la rumeur ne cessait d'enfler autour du corps merveilleux de la sex-göttin et de "  la taille effarante" du membre viril de son futur mari. D'ailleurs, il ne faut pas se le cacher, cette attention soutenue à leur endroit n'était pas pour déplaire, loin de là, aux deux objets de toute cette agitation régulièrement dispersée par la police berlinoise, refroidie serait un mot plus juste, à grands renforts de karcher, fluidité de la circulation et intransigeance germanique obligent...
Cette fameuse rumeur disait même que la chancelière Angela Merkel s'était fendue d'une petite note prudente portant sur des notions, élémentaires selon elle, de bienséance et de pudeur. Ladite rumeur précisait en outre, certes selon des sources peu fiables, que la note sus-mentionnée s'agrémentait même, en post-scriptum, d'une invitation à prendre le thé dans sa résidence secondaire dans le Brandebourg, une invitation, adressée uniquement à Solal, qui, connaissant Tania et ses réactions parfois vives, avait  rapidement éliminé la curieuse invitation qui avait fini au fond d'une corbeille en acier brossé, sous des cendres encore chaudes.
Toutefois, assez étrangement, la semaine qui suivit, la chancelière allemande chuta brutalement dans les sondages, causant bien du souci, des heures supplémentaires et en tout cas un ulcère à ses conseillers en communication.

Solal donc, au travers de la buée qui s'accumulait sur la vitre, gardait les yeux fixés sur cette foule qui bougeait telle une masse organique, comme vaguement agitée d'une sorte de vie primaire, tout en se grattant distraitement la base du sexe alors que sa belle Tania, son ventre porteur de belles promesses d'avenir collé contre ses reins, lui caressait tendrement les épaules et le haut du dos avec un savon doux au cèdre et à la cannelle.
- Allons mon beau ténébreux, c'est ce mystérieux entretien avec cet étrange moustachu d'un autre âge qui te tourmente les méninges ?
- Eh bien oui, bougonna Solal, il me casse un peu les pieds, je dois le reconnaître, ce n'est pas le moment...
- Chuuut, mon gros chat, explique moi tranquillement toutes ces vilaines choses qui te tracassent tant.
- Si j'étais un chat, ma chérie, gros ou pas, voilà un bon moment que je ne serais plus sous cette douche avec toi, malheureusement, ma belle, sourit Solal.
- Allons, mon sauvage à moi, raconte, feula gravement Tania en caressant tendrement les bourses flapies par la chaleur de son homme contrarié par ses soucis.
- Eh bien, bon, il s'agirait d'Agammemnon, tu sais, le roi grec de l'Iliade, il serait de retour pour 2012, en décembre, avec une puissante armée. Francis Blake m'a parlé de conquête, de destruction, de fin du monde, enfin tu vois le tableau.
- Oui, mon chéri, je vois plus ou moins le tableau, mais de retour comment ?
- Sur la planète Nibiru, ou la planète X ou Perséphone... Enfin quelque chose dans ce goût là. Tu vois, moi, reprit Solal après un profond soupir, moi, ce qui me dérange vraiment au fond, c'est que toute cette histoire tombe mal. J'étais justement sur le point de me remettre à mon travail de post-doctorat sur les superhéros, tu te souviens, non ?
- Non, mon amour, je suis toute contrite, je ne me souviens pas très bien, mais je suis sûre que tu vas tout m'expliquer de nouveau, fit la jeune femme d'un ton mutin en resserrant légèrement son étreinte sur les bourses de son homme.
- Mais enfin, Tania ! De Daredevil à Superman, du local au mondial, de Hell's Kitchen à Krypton, les modalités du sur-homme en question ou un itinéraire des transfigurations du Héros... Tu sais que je tiens beaucoup à ce travail et là, je sens vraiment que je tiens le bon bout.
- Non mon chéri, le bon bout, c'est moi qui le tiens.

Rester con, c'est aussi une certaine forme de procrastination.

Rédigé par Solal Aronowicz

Publié dans #journal d'un con

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Commenter cet article

Sosad 06/04/2010 21:10


...du coup les réponses se font attendre ! Merde ! Fait ch...Solal a derserté mon salon, "l'eloge de mes draps sales" moisit dans le tiroir de mon PC...


Solal Aronowicz 08/04/2010 16:23



Mais j'en suis désolé et lui aussi, il n'y a pas de doute. Pourvu que cette désertion ne soit que temporaire.



SoHot 22/02/2010 10:50


Enfin ! moi qui suggérais doucement, l'an passé des caresses à Solal au bas du dos... à l'endroit même du serpent tantrique afin qu'il s'endorme ou que ses sens s'éveillent...autrement. On y vient,
on y vient...


Solal Aronowicz 02/04/2010 11:10



Tania a en effet la bonne approche, elle y vient, elle y vient.