épisode 68 : courir vite 4 et fin...?

Publié le 7 Mai 2010

Il faut bien terminer, les choses doivent finir, prendre fin. De toute façon, c'est pas comme si on nous avait pas prévenu : tout s'achève de la même manière pour tout le monde, alors, autant faire face le plus vite possible. Inutile de tergiverser, la conclusion est inéluctable. Voilà donc trois épisodes, et le quatrième commence, que nous sommes suspendus comme d'étranges marionnettes en pleine course à l'entrée d'une fondamenta vénitienne, à la merci de balles à têtes explosives et ça ne peut plus durer longtemps, non, vraiment pas. Même une nouvelle série de flash-back ne pourrait pas indéfiniment nous tirer d'affaire. C'est donc le moment de revenir dans le temps présent, ici et maintenant, comme je le conseillais à Solal un peu auparavant et d'affronter ce qui nous poursuit, voire d'assumer les conséquences de nos actions, aussi réfléchies aient-elles pu être.


Disons-le d'emblée, et certains d'entre vous seront sans aucun doute rassurés, le sort de Corto Maltese n'est pas en jeu, loin de là. Nous pouvons le faire boire, un café au Florian par exemple, ou du Mission Haut Brion 89, oui, mais son destin n'est pas entre nos mains, il appartient à d'autres que nous. Partant, forcément, avec souplesse, agilité, et surtout, grâce à sa chance légendaire, il évite les trois balles qui lui étaient destinées (ou admettons qu'elles le ratent, ce qui, malgré l'entraînement de haut vol de la milice McDonald's,  au vu de l'heure tardive, est tout de même compréhensible) et, arrivé au bout de la fondamenta, il saute avec  une élégance de chat sauvage dans un vieux hors-bord en bois clair qu'il met en marche facilement en triturant quelques fils alors que gardes et chiens aboient encore sur la place, l'écume aux babines, le regard assoiffé de sang.


En ce qui nous concerne, Solal et moi, les choses sont un peu plus corsées, la situation est  plus complexe, demande une attention plus soutenue. Nous ne pouvons en effet nous en remettre qu'à nous-mêmes, ce qui, d'un certain point de vue, est déjà ça. Oui, c'est déjà quelque chose je pense.

Solal, qui maîtrise en partie les flux de ses énergies internes, on le sait, on en a déjà vu d'impressionnantes démonstrations, parvient in extremis à faire entrer son sixième chakra, Ajna, autrement dit son troisième oeil en vibration profonde, après avoir, malgré notre longue course désespérée, calmé le rythme de sa respiration. Il crée ainsi une sorte de champ magnétique qui forme une espèce de treillis, de réseau tressé de filaments rouges entrelacés flottant autour de lui  comme les tentacules d'une méduse géante. L'air grésille soudain comme s'il était brusquement chargé d'une énorme quantité d'électricité. Les balles qui voulaient sa mort, à l'exception de l'une d'entre elle qui lui balafre profondément la joue gauche, s'écrasent contre les murs des maisons qui bordent le canal et Solal, de sa foulée à la fois souple et nerveuse mais encore claudiquante (certaines aventures laissent des traces) rejoindrait Corto Maltese dans son hors-bord,  sa belle pochette gris perle négligemment pressée contre son  estafilade toute neuve, si je ne restais pas derrière...


En effet, ne maîtrisant pas la méditation et les puissants pouvoirs qu'elle confère, la balle qui m'est destinée atteint son but : elle traverse ma nuque, juste sous l'occiput, de part en part, brisant mes cervicales, répandant ma moëlle épinière à généreuses giclées et ouvrant complètement, ce qui ne sera pas sans conséquences, on le verra, mon alta major, le chakra occipital qui contient, entre autres, d'anciens souvenirs de vies antérieures. En attendant, étant donné la force de l'impact et l'étendue des dégâts occasionnés par cette, il faut bien le dire, après tout, terrible blessure, je perds connaissance et je m'écroule comme une masse aux pieds de Solal (richelieu deux oeillets one-cut tabac foncé Anthony Delos, des bijoux à glacer au champagne une nuit de pleine lune, des beautés sauvages à chérir tendrement le soir au lit, à mourir devant quoi, tout simplement), alors que sur la place derrière nous, la meute, lippes retroussées, hurle, bave vocifère et exulte. Il y a un mort, la soirée est réussie, les gratifications et autres montées  en grade vont tomber !

 

Rester con, c'est aussi ne pas méditer tous les jours.

Rédigé par Solal Aronowicz

Publié dans #journal d'un con

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

La lectrice 17/06/2010 11:48


oufff... ce n'est que toi qui est mort... cela me rassure, Solal ou Corto m'aurait manqués