Jeudi 20 janvier 2011 4 20 /01 /Jan /2011 08:00

Comment recommencer après une si longue absence, après un si long silence. Tant de choses ont changé. Au début, il y a  sans doute eu cet espèce d'étrange miaulement qui n'en finissait plus. Et puis, il a bien fallu que je me mette à sentir le poids de mon corps à nouveau. J'étais alllongé sur une surface dure qui dégageait une odeur légère, fraîche et naturelle, comme de la paille. Sur mon visage, je sentais la chaleur d'un soleil matinal, l'air qui m'entourait était pourtant froid. Peu à peu, des sensations montaient le long de mes membres, sous ma peau, comme un courant, des petites particules picotaient, puis affluèrent en direction de mes chakras.

Je n'ouvris pas les yeux tout de suite, je me suis palpé, lentement, avec circonspection, comme si j'avançais en terrain miné. Assez vite, je me rendis compte que pour une fois, je n'étais pas gravement blessé, aucune main ne semblait me manquer, je n'avais pas chié dans mon froc et il me semblait même être correctement, voire élegamment vêtu, mes doigts passaient en effet avec plaisir le long d'un tissu de grande qualité, souple et soyeux, glissant, chatoyant, pétillant comme une soirée au champagne avec Tania. Un sourire se dessina tranquillement sur mes lèvres encore closes.

 

Pourtant, les images brusques et floues de notre étonnante escapade vénitienne se superposaient  dans ma mémoire, heurtées : une très belle soirée arrosée par  une excellente bouteille de Mission Haut-Brion 89, une bombe à la cible incertaine, des gardes trop zélés et des chiens agressifs, une cavalcade folle le long d'une fondamenta vénitienne, une balle dans la tête, mais oui, la mienne, une splendide paire de richelieu Anthony Delos vues de tout près, allongé sur le ventre contre les pavés froids, la nuit... Corto, Solal, moi ?

Gardant les yeux fermés, je me mis à me tâter le visage, je parvins rapidement à une balafre qui tranchait ma joue gauche, une nouveauté. Ensuite, mes doigts, avec précaution, arrivèrent à petits sur la nuque, inspectant ma peau millimètre par millimètres, lentement, avec une certaine crainte, il faut bien le reconnaître. Je sentis assez vite une espèce de cicatrice ronde, dure et épaisse, étrangement creuse, je pouvais presque enfiler mon doigt tout entier dans le trou.

Bref, une fois de plus, je n'étais pas vraiment indemne, je revenais à moi je ne sais où, fort bien mis, certes, mais garni d'un nouvel orifice et d'une assez jolie coupure au visage. Je retirai mon doigt, il était légèrement mouillé et gluant. Posant une paume à plat sur mon front, je me rendis compte qu'il dégageait une certaine chaleur qui semblait pulser au rythme de mon coeur.

Quelque part, je distinguais un paysage calme et immense : un lac de montagne ensoleillé, bordé de forêts denses et anciennes. Parfois, une gigantesque carpe fendait doucement la surface de l'eau.

 

Me ramenant à mon corps et sa réalité, le miaulement se fit alors entendre à nouveau, insistant, rauque et une truffe humide se posa sur ma joue droite, puis une langue râpeuse et déterminée entreprit d'en effectuer une toilette rigoureuse et précise.

Alors que je me décidais à ouvrir les yeux et à me lever, une puissante odeur de café, sans doute préparé à la turque, vint me donner l'énergie qui me manquait encore.

- Alors, tu traînes... ? Viens donc me goûter ce café, dépêche-toi, il vient directement d'Istanbul par DHL, un petit cadeau d'un des nombreux fils de Kerim Bey, allons, debout, will you ?

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con
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Commentaires

Il m'avait pourtant semblé laisser un commentaire...
ne jamais faire confiance à la machine.
Bon retour à Solal... un réveil heureux ? est il sur d'être réveillé ?
Commentaire n°1 posté par La lectrice le 21/01/2011 à 09h36

Il se réveille doucement en tout cas, mais il n'est jamais sûr de rien.

Réponse de Solal Aronowicz le 23/01/2011 à 10h21

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