Jeudi 27 janvier 2011 4 27 /01 /Jan /2011 07:00

Comme si cette merveilleuse odeur de café me tirait vers le haut en me soulevant par les narines, je me redressai avec délectation alors que le grand chat tigré noir et gris qui faisait ma toilette avec une vigueur de bon aloi reculait en protestant sous ses moustaches, moustaches qu'il portait d'ailleurs fort longues.

Je m'étirai lentement, baîllant sans retenue, sentant une force neuve couler en moi, j'avais la sensation aïgue que mon esprit était partout à l'intérieur de mon corps et imprégnait la moindre de mes particules, se glissant, fluide électrique, entre mes organes, sous ma peau, derrière mon regard. Je me sentais tendu comme la corde d'un arc, plein et entier.


Je me trouvais dans une vaste pièce claire, presque vide, meublée à la manière japonaise tradionnelle : tatamis aux bordures de tissu brodé, portes coulissantes,  tokonoma décoré par un  ikebana sobre et élégant, une branche anguleuse et une boule de coton, le tout dans un vase de céramique brute, panneaux peints de paysages de montagne, de longues cascades, d'étangs calmes, vastes et sereins qui s'ouvraient sur un jardin carré ordonné de façon précise et maniaque, superbe et, au fond, violent à la fois.

Je portais un magnifique costume Calvin Klein gris perle, mes doigts ne m'avaient  donc pas trompé et de fort belles  chaussettes roses en fil d'écosse assorties à ma cravate et à ma pochette. En réajustant instinctivement mon noeud, un double windsor, je pris brutalement conscience que j'étais, chose inhabituelle, très, mais alors très barbu. J'occultais ce fait depuis bientôt plusieurs minutes, ce n'était pas bon signe.    

 

Je m'accroupis pour caresser le petit fauve qui m'avait réveillé. Aussitôt, il se mit à ronronner avec conviction en fermant les yeux. Son poil était très doux, très apaisant à toucher. Tout en le gratouillant avec vigueur sur la tête et sur le museau, j'adore tripoter les bestioles poilues  sans défense, je constatai que celle-la était quand même grande pour un felix domesticus classique, on aurait presque dit un lynx. Il frotta sa truffe contre mon genou, me regarda de ses étonnants yeux bleus, me fit comme un clin d'oeil et s'éloigna d'un pas auguste en lent, sa queue toute droite dressée désignant son petit trou du cul bien rose.

Des mains, sans que je n'aie rien entendu ni senti venir, se posèrent alors sur mes épaules puis des bras se serrèrent tendrement autour de ma poitrine.


- Alors, mon bel amour, mon beau guerrier, on revient tranquillement parmi les vivants ?

Tania posa ses lèvres sur la cicatrice qui s'ouvrait dans ma nuque et introduisit sa langue chaude dans l'étroit canal qui, en fait, conduisait je ne sais trop où.

- Allez, mon homme à moi, viens prendre ton café, il est chaud, c'est ton ami agent secret qui l'a apporté ce matin, entre autres choses d'ailleurs, tu verras.


Elle tira légèrement ma barbe, me donna une tape sur les fesses et se redressa vivement en lâchant un petit rire.

Par Solal Aronowicz - Publié dans : journal d'un con - Communauté : Sagitairesfousdudeuxièmedécan
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