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Tout le monde se tait, personne ne parle, pas un mot, pas un bruit, si ce n'est le son d'une douce brise matinale qui nous vient de l'océan pacifique et radioactif. Même la petite merde qui m'a abattu ne vocifère plus. On ne me lance plus rien, sauf, soudain, comme par réflexe moteur, un dernier maki saumon grillé graines de sésame, j'adore, qui vole puis tombe assez misérablement dans la piscine avec un tout petit "plouf" à la fois triste et rigolo.
Hank finit même par se tourner et tire une bouffée circonspecte devant ce spectacle étonnant, mais au fond assez facilement explicable. C'est, en gros, sans rentrer dans les détails, une question d'alignement et d'ouverture des chakra. Il suffit d'être prêt, je l'étais visiblement depuis longtemps, il ne me manquait que le coup d'un ennemi sincère et dévoué pour me révéler enfin à moi-même.
Puisqu'on ne me frappe plus et qu'on ne me jette plus rien, j'en profite pour respirer un bon coup et reprendre mes esprits, ce qui est une jolie façon de parler étant donné que mon cerveau est à l'extérieur de ma tête. Puis, comme si j'étais tiré vers le haut par les nerfs spinaux qui relient encore mon cerveau à ma colonne vertébrale, je me redresse lentement et je toise avec une hauteur retrouvée tous ceux qui m'entourent, et me regardent avec dégoût, voire un certain étonnement.
On continue à se taire, on continue à ne plus bouger, exceptés pour ceux qui décident finalement de s'évanouir, par commodité ou manque de sens de la répartie, et de s'écrouler sur place mollement, dans un bac à bonsaï ou tendrement appuyé contre un bagel encore chaud. Tout ceux-là ne sauront pas et c'est tant pis pour eux. Le chemin qui mène à la vérité, à la victoire et à l'extériorisation de ses organes ne tolère pas les tièdes ni les mous du bide.
J'éponge le sang qui cache mon visage avec ma pochette de soie, une Etro particulièrement chère à mon coeur, un cadeau de Tania, ma belle adorée, mon amoureuse porteuse de bébé à moi, et je pivote lentement vers mon ennemi. Ce dernier, s'il n'a pas été mentionné depuis quelques lignes, c'est parce qu'il n'en mène pas large. On peut même dire qu'il ne fait plus trop son malin, la sale petite merde en costume trop grand. Ses mains crispées, tremblantes lèvent son porte-documents comme un ridicule rempart entre lui et moi, alors que son regard, toujours torve, même dans la peur, il n'y a visiblement rien à faire contre ça, c'est dans sa nature intime, c'est en lui, fondamentalement, se tourne vers sa mère, vers la chose immonde et visqueuse dont il est issu, Pénélope, la chienne maudite, et ses consoeurs dans la haine, la médiocrité et la tristesse.
L'ignoble agrégat, s'il flotte toujours au-dessus de la piscine, à présent colorée d'un joli nuage de sang qui s'étend de plus en plus, semble maintenant plus petit, moins puissant. La vibration sourde, chargée de ressentiment qui en jaillissait n'est plus désormais qu'un murmure, un filet, certes, toujours chargé de hurlements de colère, même s'il faut à présent tendre l'oreille pour les entendre.
Tandis que mon cerveau s'élève encore un peu au-dessus de mon crâne ouvert comme une fleur à la belle saison, je profite du moment de répit que m'offre la silencieuse stupéfaction de tous pour tirer un cigare (siglo 1, cohiba)de l'étui que je garde en permanence dans la poche intérieure de mon veston et, du bout des doigts, pour ne pas tacher de sang ce bel objet, car l'humidité nuit à une bonne combustion, je l'allume dans le craquement d'une très belle allumette longue comme il se doit (ai-je déjà précisé que j'emmerde sincèrement les écologistes, comme il se doit aussi?).
Une étincelle, puis une flamme particulièrement lumineuses jaillissent, éclairant mon visage marqué par une vie étrange et chaotique, une odeur magnifique de bois chaud se répand autour de moi dans une vague ronde,tendre et m'apporte un intense sentiment de paix et de joie.
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