épisode 84 : se battre toujours, renaître, encore, final

Publié le 29 Septembre 2011

Alors que mon cerveau s'élève encore un peu plus haut au-dessus de mon crâne ouvert en émettant une puissante lumière flamboyante, dans un geste direct et précis, le poignet souple, à une vitesse fulgurante, tel le mamba noir, je plante mon cigare au niveau du sixième chakra de mon ennemi, au milieu du front, là où se trouve Ajna, le troisième oeil... Un coup qui ne pardonne pas, jamais.

D'une torsion à la fois brève et franche, malgré ses yeux écarquillés de surprise et de douleur, malgré ses petites mains ridicules qui se tendent dans un inutile geste de supplique, je visse ma vitole dans son os frontal qui cède aussitôt dans un craquement doux à mes oreilles. Son front se désagrège, se désintègre en milliers de particules noirâtres qui montent vers le ciel pour se fondre dans le bleu du matin.

Le corps du séide de Pénélope, désormais sans tête, après quelques mouvements réflexes désordonnés s'affaisse, tout raide sur le ring. Le gyogi dans une fantastique et sonore mélopée annonce ma victoire et, de son bras tendu, il me désigne de son éventail richement décoré. Modestement, je m'incline devant la dépouille tronquée de mon ennemi qui pourrit à vue d'oeil. Sans lui, jamais je ne serais arrivé à ce degré de connaissance, je dois au moins ça à cette sale petite merde. Nos adversaires sont les marches qui permettent de nous hisser vers plus de force et plus de maîtrise, et plus de temps libre pour boire et fumer après. Je m'incline donc brièvement sur le cadavre, puis, avec le respect qui lui est dû, j'urine sur son torse étroit.

Derrière moi, je n'ai pas besoin de la regarder, telle est désormais la force de mon troisième oeil, derrière moi, je sens, puis j'entends celle qui me traque comme une chienne depuis les brouillards du Rhône, ma vieille ennemie Pénélope, je la sens annulée, anéantie, à partir de ce jour, de ce moment, inexistante pour définitivement.

J'entends son long cri rauque rempli de désespoir et de haine inassouvie. Je la sens se ratatiner sur elle-même, puis grandir pour éclater, exploser à son tour dans un dernier rayonnement de lumière noire. Je la sens disparaître, avalée par les mondes derrière notre monde, engloutie par d'autres dimensions, connues de peu d'entre nous, noires et maudites. Elle rejoint en hurlant de peur Cthulhu, Nyarlathotep et leurs sbires dans le vide glacial au-delà de la courbe de notre espace, seule, complètement seule.

Et soudain, l'univers semble plus pur, plus lumineux, comme libéré d'un poids immense qui nuisait aux mouvement régulier des sphères, comme débarrassé de scories très anciennes. Sur la terrasse, illuminée par cette lueur nouvelle et fraîche, tout le monde se regarde, comme étonné de respirer plus facilement, la poitrine aussitôt légère, on se sourit, on se ressert un verre, puis deux, certains se dévouent avec plaisir pour préparer le café.

Dans un élan spontané, Hank monte le ring et lève mon bras, cigare tendu vers le ciel, volutes victorieuses montantes, en signe de triomphe et mes spectateurs me gratifient d'une ola digne du championnat japonais, le Nihon pro soccer league (...), tandis que mes deux médecins attitrés, Dr. N et Dr. D, examinent mes blessures avec l'air à la fois concerné et détaché qui les caractérise.

- Ouais, bon pour la nuque, ça devrait aller, quelques points de suture, un peu de physio et tu es bon, mais la tête, là... je vois pas trop...

Dr. N a une moue perplexe et jette un oeil dubitatif à son collègue, le Dr. D.

- En ce qui me concerne, je ne vois pas de raison d'opérer. Si le coup a bel et bien ouvert la bregmatique, le cerveau, eh bien, le cerveau, est sorti de lui-même. Comme je me vois mal le repousser à l'intérieur du crâne, je suppose que le mieux est d'attendre, et de boire un coup en attendant. Voilà, clope, merci.

Rester con, c'est choisir des médecins ayant une connaissance vague, voire relative du serment d'Hippocrate.


Rédigé par Solal Aronowicz

Publié dans #journal d'un con

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