Le blog de Solal Aronowicz
Dans un cri de victoire final, je parvins enfin à trancher le tronc d'un coup de scie définitif juste au moment où la
hache qui avait servi à l'arrachement de mon coeur, ô l'inoubliable anniversaire, vins capiteux et cotillons, s'abattait une nouvelle fois sur moi.
Les pétales de l'immense fleur indigo qui émergeait de mon front bondirent aussitôt et réussirent à enlacer, dévier, puis bloquer la lourde lame d'acier vulcanisé qui s'arrêta pile sur ma clavicule droite.
Un mince filet de sang perla à la surface de ma peau, scintillant, soyeux dans la lumière rouge de cette longue et inhabituelle matinée.
Un tremblement saccadé agita alors le bras de cette statue maudite, immonde image figée des étranges errances sentimentales de mon passé terne inepte et stérile. Alors que ce tremblement atteignait son paroxysme, le sel grisâtre dont Pénélope était désormais faite se fissura soudain. Des morceaux tombèrent lourdement sur le parquet de mon loft de friedrichshain et la hache se ficha brutalement entre deux lattes, à présent inoffensive.
Au même moment, le tronc de ce gommier, autrefois symbole de mon entrée au sein de la communauté des Juifs, désormais devenu mon mortel ennemi, céda enfin. Il se brisa avec un terrifiant hurlement tandis qu'une longue giclée de pus blanchâtre, épaisse, poisseuse, fétide jaillissait de cette blessure fatale que je lui avait faite au flanc, aspergeant mon torse, mon ventre et mes bras qui aussitôt se mirent à me démanger violemment.
La statue, à présent traversée de longues crevasses, défigurée, laissant un bras derrière elle, battit rapidement en retraite, comme portée par un souffle nauséabond et disparut dans les ténèbres du couloir dans un grincement sinistre et ricanant.
Le calme et le silence s'installèrent à petits pas dans la pièce, enfin. Exténué par ce long combat, je me redressai
lentement, tenant les mains prudemment éloignées de mon corps et, après un passage conséquent à la salle de bains, j'entrepris de faire mon lit.
Alors que je réunissais les oreillers froissés et le duvet chiffonné que la bataille avait dispersés, je me rendis compte
que la fleur indigo, fruit de mon sixième chakra, siège des forces psychiques et de l'intuition, Ajnâ, ne s'était pas dissipée et que ses immenses pétales émergeaient toujours de mon front, un
peu comme une algue énorme, immense, molle.
Les émanations indigo traînaient un peu partout, en hauteur et sur le sol, fouillant dans les placards de la cuisine ou
feuilletant des livres au hasard, l'une d'elles semblait même avoir commencé un Nick Toshes, le Roi des Juifs, un bouquin au montage assez hallucinant, un excellent choix, peut-être
mauvais pour le karma, à voir, quoiqu'à mon avis un bon texte ne soit jamais mauvais pour le karma, mais enfin, il y a sans doute karma et karma...
Bref, dans ce petit matin sanglant, végétal et spongieux, mais matin de grande victoire aussi, pas définitive sans doute, mais victoire tout de même, bref, dans ce petit-grand matin là, c'était, disons-le franchement, le bordel, un sacré bordel, oui.
De guerre lasse, mais un sentiment d'euphorie libérateur durablement épanoui dans ma poitrine, encore moite et collant du pus étrange que mon ex-plante d'appartement m'avait craché à la gueule, je m'assis au fond d'un large fauteuil de cuir aux teintes fauves patinées par des culs visiblement plus vastes que le mien et, tendant la main vers la boîte de cèdre, à l'humidité tendrement et quotidiennement contrôlée, qui trônait à ma droite sur une petite table de casuarina, je pris un superbe siglo 1 que je caressai avec douceur avant de l'ouvrir d'un geste précis à l'aide d'une petite lame damassée que je cachais entre les coussins du fauteuil.
Tout en tirant une délicate première bouffée, je lançai un de mes tentacules psychiques indigo en direction de la vieille cafetière italienne que Carver m'avait offerte. Fronçant les sourcils avec application, je tentai alors d'ouvrir la boîte de café que l'homme en bleu m'avait ramené de Jamaïque, du Blue Montain, tout en me demandant ce qu'il avait bien pu aller foutre là-bas.
Certes, ce n'était pas gagné d'avance, mais le moins qu'on puisse dire, c'est que la journée s'annonçait bien.
Rester con...avec plaisir !
Merci pour tes nombreux commentaires !
Hécate
Hécate
Je vais déléguer une de mes trois têtes à vous lire...
La Triple Hékate
Attention à ne pas s'emmêler les cous !
j'aime ce ton désenchanté-déjanté
con ! tinue !